Ailleurs en Folie à Mons 2015 : la québécoise Annick Lefebvre prouve que l'écriture vaut bien un peu de risque

Annick Lefebvre
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Annick Lefebvre - © Copyright Julie Artacho

Annick Lefebvre incarne une des écritures québécoises actuelles les plus incisives. L’auteure énervée, miroir du Québec et de sa complexité, invente une langue " je t’aime moi non plus ", mi-sociale, mi-punk. Avant Ailleurs en Folie Montréal/Québec dans le cadre de Mons 2015, passionnément pour. Elle crée des liens.

 

Intérieur nuit/ Foyer / Rideau de Bruxelles / Fenêtre ouverte sur le Québec /RRRR Festival.

Dimanche 13 septembre 2015 - 21 :00, Isabelle Jonniaux met en lecture brillamment J’accuse de l’auteure québécoise Annick Lefebvre. Elle la fait resplendir. Ici, la femme se décline à l’envi. Là, la fille qui encaisse (Morena Prats), vendeuse de bas-nylons dans le métro Bonaventure. Là encore, la femme qui agresse (Isabelle Jonniaux), patronne d’une PME. Ici, la femme qui adule (Muriel Legrand), fan définitivement d’Isabelle Boulay. Là-bas, la femme qui intègre (Janie Follet), technicienne en garderie. Et là-bas encore la femme qui aime (Émilie Maquest), absolument, trop ou pas assez, travailleuse autonome. J’accuse est une plongée sensitive et curieusement documentée dans une solitude participative. Les cinq femmes se regardent, un peu freaks sur les bords mais elles n’en sont que plus touchantes ; tour à tour, combatives et résignées dans un monde vrai-faussement doucereux. Femmes de personne ? L’ambivalence culmine jusqu’à la fin.

La beauté naît moins dans l’esthétique que dans la coexistence. On décèle dans J’accuse un univers trouble où l’intime embrasse les questions du travail et de la cité et griffe la surface de la mélodie du bonheur pour produire une image, autre, intranquille, inquiétée. De là vient sans doute la mélancolie définitive de l’œuvre, dans l’expérience des passages à vide. La génération pleine d’ardeur juvénile n’est pas si enchantée, elle a ses propres clichés à dompter.

Pourtant devant elle, l’émotion est joie pure offrant à tous, le remède contre la pesanteur insufflant vie et mouvement. Annick Lefebvre est aimablement teigneuse dans une sincère frontalité qui ne lâche rien, y compris dans son autocritique arrachée (politique, sociologique) dans le monologue de la femme qui adule. L’impression immédiate est de revenir à la source de la simplicité, éloignée de toutes les sophistications formelles ou du vouloir-dire esthétisant. La surabondance des phrases (franglaises, ultra-référencées) entrave le lyrisme et se révèle d’une inattendue ultra-modernité inscrite dans le réel, ouverte à différentes strates de perception et à l’invention d’une virée identitaire singulière. Une œuvre est en marche. Nous en sommes certains. Elle a l’art de faire naître. " Parce que oui, Annick Lefebvre, t’en as, déjà des amis fans à Bruxelles ! " Mais il est tard. Demain/Aujourd’hui, Montréal et Québec ne manqueront pas de nous ré-éclairer à Mons. " Où seras-tu Annick Lefebvre ? Seras-tu dans la salle ? "

Sylvia Botella

 

Ailleurs en Folie Montréal/Québec – Seconde nature, du 17 au 27 septembre 2015 / Mons 2015

RRR Festival du 12 au 20 septembre au Rideau de Bruxelles www.rideaudebruxelles.be