Le pays du lieutenant Schreiber, d'Andréï Makine

Rencontre avec Andréï Makine

Vous avez rencontré Jean-Claude Servan-Schreiber par le biais de votre livre ?

Oui il m'a écrit une lettre, il m'a dit qu'il avait aimé mon livre "Cette France qu'on oublie d'aimer", mais surtout il y a reconnu deux officiers français rencontrés durant la guerre. C'est ainsi que notre amitié est née. Et c'est un personnage tellement fascinant, que j'ai voulu qu'il parle de sa guerre, de sa vie de son destin. C'est une vie particulière, dans laquelle on voit le sens de la vie. Il incarne ce sens de la vie; on se demande pourquoi on est ici-bas, et sa vie a incarné cette raison d'être.

Son parcours déjà est fantastique. A l'âge de 17 ans il est allé dans le Berlin d'Hitler, et ensuite il est passé dans la Russie de staline. En 1940 il s'est engagé dans l'armée, il a fait la bataille de France, il a été blessé, décoré, puis renvoyé puisque juif. Ensuite il a été dans la résistance, et emprisonné dans un camp de concentration en Espagne. Puis il a participé à un événement peu connu en France, qui est le débarquement en Provence. Et il termine la guerre en Bavière, pas loin de la résidence de Hitler. Et ce qui me révolte dans ce destin fabuleux, c'est que lui et ses frères d'armes sont condamnés à l'oubli.

 

Vous souhaitiez une réhabilitation, pour celui qui a été écarté parce que juif; c'est très injuste quand on combat pour un même objectif ?

C'était un déchirement terrible, mais il ne s'en est jamais fait un complexe. Il est resté courageux et digne, et c'est pour cela qu'il est devenu ce grand résistant que l'on connaît.

 

Il y a dans votre livre cette phrase qui dit : "Aujourd'hui le but de la guerre n'est plus la victoire mais la guerre". Qu'est-ce que cela veut dire ?

Cela concernait les Allemands qui se sentaient battus, et qui continuaient. Cela fait des hommes qui deviennent de véritables bêtes de la guerre. Et c'est ce qui les rend dangereux. Donc la guerre n'a jamais été une partie de plaisir et lui a très vite compris que ce n'est pas comme cela qu'on se bat. Il détestait la guerre, mais il est obligé de se battre pour la juste cause.

Aujourd'hui il a lu mon livre et il m'a parlé aussi de ses trois histoires d'amour vécues pendant la guerre, au milieu des explosions et du carnage. C'est un homme sensible, il a connu une allemande qui aurait pu le détester, mais l'amour a été plus fort.

 

"Le pays du lieutenant Schreiber" d'Andréï Makine, chez Grasset

Christine Pinchart

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