Julie's Way, le nouveau roman de Pierre Chazal

Pierre Chazal
Pierre Chazal - © Alma Editeur

Rencontre avec Pierre Chazal pour son road movie anglais, qui jette Nicolas, le héros de ce roman, sur les traces de Julie, la soeur de son meilleur ami, partie vivre à Londres sans donner de nouvelles.

 

Il va croiser des personnages très différents, certains savoureux, comme cette logeuse, qui semble appartenir à une autre époque ?

Une logeuse anglaise francophile, ce qui leur offre l'avantage de parler le Français ensemble. Méfiante au départ, prévenue des mauvaises manières des Français, et qui finit par s'attacher à son petit protégé, un peu comme si c'était un deuxième fils. Elle a des petites manies très anglaises, comme le rituel du thé, se coucher tôt, écouter la radio... C'est un personnage à part entière du roman, et ce sera la rencontre la plus importante de Nicolas dans son périple initiatique.

Ce sont deux personnages hors du temps, dixneuvièmistes, par leurs références littéraires, et leur conversation. Chacun lisant un livre sur son balcon, dans un romantisme en opposition avec le 21ème siècle. Mais c'est ce qui les rend attachants et qui les réunit, et c'est aussi une façon de résister quelque part.

 

Ca c'est un aspect du livre, mais à côté il y a l'enquête, avec les questions et le stress qu'elles suscitent ?

Oui il cherche Julie, un peu, beaucoup, puis plus du tout, avant de retrouver sa trace. Alors sans trop en dire, quand il l'a retrouve, il fallait pouvoir construire ce qui allait se passer. Et en fait le roman commence vraiment à ce moment-là. Ce n'est pas une obsession non plus pour Nicolas, mais cela en devient une, au moment où il est face à face. Et là il n'y a plus de retour en arrière possible.

Lui il est assez léger et détaché. Elle a une part d'ombre, qui le fascine, et qui fait que l'on bascule de l'univers de Nicolas, vers celui de Julie. C'est la fuite en avant, et le roman se termine comme un entonnoir.

Mais il a sa galerie de personnages secondaires, et à la fin il n'y a plus qu'eux deux.

Il y a une dimension de suspense, parce qu'on ne sait jamais quand elle va apparaître et si elle va rester. Ce qui est improbable je le dis, parce qu'à partir du moment où il ne la trouve pas dans Bornemouth, et qu'il cherche dans Londres, c'est impossible. C'est l'invention de l'auteur qui décide que c'est possible, mais non, c'est hautement improbable. C'est très romanesque.

 

Ils ont à peu près votre âge, comme eux vous n'aviez pas envie d'une vie bourgeoise et rangée trop vite; pas envie d'une maison, de se poser... ?

J'ai commencé à écrire ce livre quand ma copine était enceinte, et j'ai senti que c'était pour moi un basculement, le passage d'une vie à une autre, et j'ai écrit ce livre comme un baroud d'honneur. Un dernier souvenir, les derniers pétales de la jeunesse. Voilà, c'est à cet âge que le basculement se fait, et je ne pense pas que j'en écrirai d'autres sur ce thème. Il fallait le faire une dernière fois.

 

Yann, le frère de Julie, vous décidez de le laisser comme une parenthèse, on ne sait rien de lui ?

Vous savez dans les grands tableaux il y a les personnages principaux et puis il y a le repoussoir, qui sert à illuminer les autres. Je ne l'ai pas tellement développé parce que ce n'est pas son roman mais celui de Julie et de Nicolas.  Il s'est un peu perdu, alors que Nicolas a fait un parcours de sagesse et de découvertes. C'est quelque part une éducation sentimentale. Il sort du livre moins niais, moins bête qu'il n'y est entré. Ce qui n'est pas le cas de Yann. Il a vraiment un rôle romanesque de repoussoir, malheureusement pour lui, mais on ne peut pas être juste avec tous ses personnages.

Julie's Way, un roman écrit en Français et en Anglais. Le passage de l'un à l'autre donne un rythme aux dialogues et de l'originalité au romanesque de l'écriture.