Jean-Claude Kaufmann nourrit une passion pour le lit, et ça fait trente ans que le couple le préoccupe

Jean-Claude Kaufmann
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Jean-Claude Kaufmann - © Hanoteau

"ça fait trente ans que je travaille sur le couple, et j'ai fait toutes les pièce de la maison. Il fallait bien que j'arrive au lit et j'aurais dû y arriver plus tôt."

Rencontre avec Jean-Claude Kaufmann pour "Un lit pour deux", la tendre guerre, chez JC Lattès.

 

Qu'est-ce qui vous captive dans le lit ?

C'est un lieu stratégique, c'est le plus intéressant parce que le couple d'aujourd'hui est compliqué. Il veut tout et son contraire. La présence de l'autre, la proximité, l'échange... Et en même temps on veut son espace à soi et sa respiration. Et je voulais savoir comment se passe la confrontation dans ce lieu intime qu'est le lit; oui je voulais savoir.

 

Faire chambre à part, ça reste tabou, parce qu'il y a deux générations c'était chose courante ?

C'est très compliqué si on remonte dans l'histoire, il fallait avoir de grands espaces. Chez les Rois de France, moi qui suis Français, ce n'était pas toujours dans le lit conjugal qu'il se passait le plus de choses. Le Roi ou le Seigneur avait sa chambre à lui, pour recevoir ses maîtresses. A partir des années 50, le lit matrimonial est le symbole absolu du couple, et il y a cette idée qui s'ancre dans les mentalités; s'il n'y a pas lit commun du début à la fin de la nuit, le couple ne marche qu'à moitié, et aujourd'hui encore c'est dans les mentalités. Même s'il y a un problème de sommeil, parce que l'un ronfle, bouge... Le lit reste un symbole fort du couple et on a beaucoup de mal à passer à la chambre séparée.

Et c'est tout un univers de découvertes, notamment toutes les petites positions de chacun, l'utilisation de l'oreiller entre les genoux, la tête entre deux oreillers... Mon enquête a été un incroyable voyage dans les manières de faire à l'intérieur du lit, dans notre société occidentale.

 

Il y a des témoignages touchants, comme celui de cette maman dont le mari déserte la chambre conjugale, parce qu'il ne supporte pas la présence du bébé ?

Il y a beaucoup d'humour dans l'enquête mais il y a aussi de la souffrance, liée à des incompréhensions, surtout quand le sommeil se fragilise et qu'on n'arrive plus à dormir. Là il n'y a plus que cela qui compte, dormir dormir. Et on peut même être jaloux du sommeil de l'autre.

Christine Pinchart

"Un lit pour deux", de Jean-Claude Kaufmann, chez JC Lattès. Un ouvrage savoureux

 

 

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