"Toni Erdmann", la vraie Palme d'Or

Toni Erdmann, l'affiche
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Toni Erdmann, l'affiche - © DR

Troisième long-métrage de la réalisatrice allemande Maren Ade, "Toni Erdmann", sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes, a suscité un engouement unanime de la presse et du public… Mais a été inexplicablement boudé par le jury présidé par George Miller. "Toni Erdmann" sort ce mercredi dans nos salles.

La critique dans Matin Première

Inès est une "workaholic" : cadre dans une grosse société basée à Bucarest, elle ne vit que pour son travail ; elle est en permanence sous pression, cadenassée dans ses petits tailleurs chics. Sans crier gare, voilà Winfried, son sympathique vieux papa qui débarque un week-end pour fêter son anniversaire… Hélas, il est accueilli comme un va-nu-pieds : Inès lui fait bien comprendre qu’il la dérange dans son agenda surbooké, et le fait attendre des heures entre deux réunions. A la fin du week-end, Winfried fait mine de retourner chez lui en Allemagne, mais il n’en fait rien : coiffé d’une perruque improbable et d’un dentier ridicule, il s’invente un personnage, Toni Erdmann, qui va pourrir la vie bien réglée de sa fille. Son but ? Briser la carapace de la jeune femme pour enfin renouer le contact…

"Toni Erdmann" fut un choc sur la Croisette. D’abord parce que le cinéma allemand ne nous a pas habitué à un humour aussi corrosif. Ensuite parce que la réalisatrice Maren Ade réussit à tenir le spectateur en haleine pendant deux heures quarante – durée inhabituelle pour une comédie intimiste aigre-douce – en multipliant les surprises et les idées fulgurantes. A l’heure où la plupart des scénarios sont ultra-prévisibles, "Toni Erdmann" est un film qui semble se réinventer en permanence, en multipliant les ruptures de ton et les scènes d’anthologie. A travers cette cocasse relation père-fille, Maren Ade stigmatise l’absurde frénésie du monde des affaires aujourd’hui, et l’importance de retrouver les valeurs essentielles. Elle est aidée par un duo d’acteurs exceptionnels, Peter Simonischek et Sandra Hüller.

Que ce bijou de cinéma ait été ignoré par le jury de Cannes n’est pas seulement un mystère, c’est surtout un scandale qui affaiblit la crédibilité du Festival. Heureusement pour Maren Ade, le film a obtenu le Prix de la critique internationale et a été vendu dans le monde entier… Avec, à la clé, l’Oscar du meilleur film étranger l’an prochain ? Les paris sont ouverts.