Les critiques d'Hugues Dayez : Tulip Fever, Une femme fantastique et 7 jours pas plus

Alors que s'ouvre la 74e Mostra de Venise, avec tout le gratin hollywoodien, voici une semaine de cinéma assez molle avec un détour à faire par un film chilien sur "Une femme fantastique".

Tulip Fever

Avec ce film, on se replonge dans Amsterdam au 17e siècle, et figurez-vous qu’à l’époque - on sait que les Hollandais adorent les tulipes, mais à l’époque, c'était une fleur très rare qui faisait l’objet de toutes les spéculations boursières, voilà pour le titre et la toile de fond du film. Dans ce climat de fièvre spéculative, on découvre un triangle amoureux, il y a un riche négociant, incarné par Christoph Waltz, il y a sa femme incarnée par la très jolie nordique Alicia Vikander qui est beaucoup plus jeune que lui, et le riche négociant décide comme cela se faisait souvent à l’époque, de commander le portrait de lui et de sa femme à un peintre local. Le peintre s’installe, et ce qui devait arriver arriva, évidemment, le peintre tombe amoureux de la jeune femme. Simplement, le jeune peintre est fauché et n’a pas vraiment les moyens de concurrencer le riche négociant et commence alors un jeu de rivalité dans cette Amsterdam du 17e siècle.

C’est très beau, la reconstitution est tirée au cordeau, la distribution est intéressante, il y a aussi Dane DeHaan qu’on a récemment vu dans le "Valérian" de Luc Besson, bref, on est vraiment dans du haut de gamme, et pourtant, le film ne fonctionne qu’à moitié, sans doute parce qu’il est obligé d’accumuler les rebondissements au pas de charge, et à certains moments, on a le sentiment que ces rebondissements frisent l’invraisemblance, tellement ça va vite. Le film aurait mérité probablement plus d’ampleur, mais on sait qu’aujourd’hui, beaucoup de producteurs rechignent à faire de films de 2h30, 3h, estimant que ce n’est guère commercial, mais ce "Tulip Fever" aurait mérité plus qu’un rythme aussi succinct pour complètement convaincre.

Une femme fantastique - Una Mujer Fantástica

Le film démarre comme une histoire tout à fait banale, presque une histoire de démon de midi, on découvre un homme qui approche de la soixantaine, et qui est visiblement très amoureux d’une jeune femme beaucoup plus jeune que lui. Et en fait, c’est beaucoup moins banal qu’il n’y paraît parce que la jeune femme, Marina, doit accompagner son homme qui est victime d’un malaise cardiaque, elle l’accompagne à l’hôpital, et à partir de ce moment- là, on devine qu’elle doit prévenir sa première famille. Et sa première famille déteste Marina parce que Marina est en réalité une transsexuelle, et donc elle a jeté quelque part le scandale dans cette famille puisque cet homme est tombé amoureux d’elle.

Alors ce n’est pas un film militant, pour militer pour le transgenre, la transsexualité, mais c’est avant tout un très beau portrait de femme qui se bat pour tenter d’exister et de légitimer l’histoire d’amour qu’elle a avec cet homme, qui n’est pas une histoire intéressée, qui est une vraie histoire de passion, et c’est pour ça que ce film émeut. Signalons que d’ailleurs le rôle principal est joué par une authentique transsexuelle, Daniela Vega qui crève l’écran et qui a fait sensation au festival de Berlin.

7 jours pas plus

Benoît Poelvoorde incarne un quinquagénaire très maniaque, un vieux garçon qui est assez misanthrope et qui, par un concours de circonstances, va se retrouver avec dans les pattes, un immigré indien qui a débarqué et qui ne retrouve pas la trace de son oncle. Et voilà cet homme, ce quinquagénaire qui accepte de l’héberger mais pour 7 jours, pas plus, d’où le titre du film.

On voit tout de suite l’argument comique du film, c’est évidemment le choc des contraires, ces deux hommes qui n’ont rien en commun, ni la culture ni la langue, et qui vont faire un petit bout de chemin ensemble. Le thème est très généreux mais malheureusement, ça ne fonctionne jamais : c’est terriblement plat, les dialogues sont sans saveur, et on est un peu triste pour Benoît Poelvoorde qui s’époumone à qui mieux mieux, pour tenter de mettre du relief dans cette comédie mais vous savez, les meilleurs comédiens du monde, si on ne leur donne pas de bons dialogues, et un bon scénario, ne peuvent pas faire des miracles, et hélas, Benoît Poelvoorde ne peut vraiment pas relever le niveau de ce "7 jours pas plus". Signalons aussi la présence d’Alexandra Lamy en fermière normande, pourquoi pas ? c’est un peu comme si vous me voyiez en physicien à la NASA, c’est assez peu crédible, mais il faut de tout pour faire un monde !