Les critiques d'Hugues Dayez : "Mother !", le thriller métaphysique de Darren Aronofsky

Mother !
Mother ! - © DR

Présenté il y a une semaine à la Mostra de Venise, "Mother !" a été autant sifflé qu’applaudi, et le film de Darren Aronofsky est reparti bredouille du Lido… Dans la foulée, il sort aujourd’hui en salles.

Mother !

Une grande et vieille demeure isolée. Elle - Jennifer Lawrence – termine les travaux de rénovation par amour pour Lui – Javier Bardem – écrivain en panne d’inspiration… Lui veut tellement éviter de se retrouver devant la page blanche que lorsqu’un de ses admirateurs (Ed Harris) sonne à sa porte, il l’accueille à bras ouverts et lui propose de rester loger – au grand dam de sa jeune épouse qui se méfie de ce parfait inconnu. Or, quelques heures plus tard, la femme (Michelle Pfeiffer) de ce mystérieux invité débarque à son tour…

Dans la première partie de "Mother !", Aronofsky parvient à créer un climat de malaise intéressant, qui rappelle un peu ce dont Polanski était capable dans "Rosemary’s baby" ou dans "Le locataire". Hélas, lorsque le film va crescendo vers un paroxysme, le cinéaste s’emballe et verse dans un symbolisme aux accents christiques particulièrement indigeste. "Mother !", dans un grand hochepot, brasse une foultitude de thèmes en vrac : le sacrifice de la mère, la suprématie de l’art sur la vie, la soif de reconnaissance de l’artiste… Et même l’avenir de notre monde ! Car à la conférence de presse vénitienne, Darren Aronofsky, très engagé dans le combat pour l’environnement, expliquait aussi combien les agressions faites par l’homme à notre planète l’avaient inspiré pour l’écriture de "Mother !" Dommage que, emberlificoté dans toutes ces thématiques, le cinéaste livre un film de plus en plus lourdingue… Dommage, car son talent de metteur en scène est réel, quelques séquences réussies du film le prouvent. En réalité, le cinéaste devrait avoir l’humilité de s’adjoindre les services d’un scénariste, mais il veut hélas rester l’Auteur complet de ses films.

American Made (Barry Seal)

On le sait, le cinéma américain raffole des histoires vraies. En 1978, Barry Seal, pilote de ligne un peu combinard, se fait enrôler par la CIA. Il quitte son poste chez TWA et devient pilote d’un petit biplan pour des missions secrètes en Amérique centrale. Comme le gouvernement américain veut contrôler les régimes politiques en place, voilà Barry qui se retrouve à envoyer des caisses d’armes aux révolutionnaires sandinistes au Nicaragua… Seulement voilà, ses vols fréquents ne passent pas inaperçus aux yeux de tous, et le pilote est contacté par Pablo Escobar pour participer activement à son trafic de cocaïne vers les Etats-Unis. Barry Seal se retrouve alors à jouer double jeu avec deux employeurs pas vraiment complémentaires…

On croyait Tom Cruise perdu pour le bon cinéma, trop occupé à tourner des "Momie" et autres "Jack Reacher". Mais sous la houlette de Doug Liman ( réalisateur du premier volet des aventures de Jason Bourne), il retrouve enfin un rôle convaincant. Le film, mené tambour battant, l’est tout autant : les tribulations de Barry Seal sont assez révélatrices d’une époque-charnière des USA (la fin du règne de Jimmy Carter et l’avènement de Ronald Reagan). Seul petit regret : que Liman, réalisateur efficace, n’ait pas adopté une narration encore plus ironique pour souligner la dimension "hénaurme" de cette aventure.

Le Redoutable

En 1967, Jean-Luc Godard a déjà derrière lui ses films mythiques : "A bout de souffle", "Le mépris", "Pierrot le Fou". Il termine un film plus politique, "La Chinoise" avec en vedette Anne Wiazemsky, jeune étudiante de 17 ans, petite-fille de François Mauriac. Jean-Luc tombe amoureux d’Anne, mais son bonheur est de courte durée : "La Chinoise" est un échec cinglant… Et voilà qu’arrive Mai 68, et pour beaucoup de jeunes révolutionnaires, Godard rime déjà avec ringard. Secoué par tous ces évènements, le cinéaste emblématique de la Nouvelle Vague se remet en question, veut faire table rase du passé et prendre un tournant radical dans sa carrière. Tournant résolument le dos au style qui a fait sa gloire, il s’engage dans un collectif d’inspiration maoïste dénommé "Dziga Vertov" (référence au cinéaste russe d’avant-garde).

Michel Hazanavicius, le réalisateur de "The Artist", s’est emparé d’un récit d’Anne Wiazemsky pour dresser ce portrait de JLG à un moment crucial de sa vie. Louis Garrel effectue un joli travail pour retrouver le phrasé zézayant de Godard, sa morgue, son humour ravageur, sa méchanceté foncière. Le problème, c’est qu’Hazanavicius est un cinéaste plus attaché à la forme qu’au contenu. Il s’amuse, dans ses cadrages et dans son travail sur l’image et les couleurs, à faire ressembler "Le Redoutable" à certains films de Godard. Parce que la spécialité d’Hazanavicius, c’est le pastiche : "OSS 117" était un pastiche de film d’espionnage et "The Artist" un pastiche de l’âge d’or du muet. Mais derrière son talent de pasticheur, on se rend compte que Michel Hazanavicius n’a pas grand-chose à dire. Et c’est particulièrement flagrant dans "Le Redoutable" : Godard, personnalité complexe s’il en est, en est réduit à devenir une caricature. Quant à Stacy Martin, son principal talent réside dans son aisance à se promener régulièrement dans le plus simple appareil…

Hampstead

A Hampstead, quartier cossu du nord de Londres, Emily vit dans un splendide immeuble haut de gamme. Veuve depuis peu, elle découvre que sa situation financière est préoccupante. Alors que ses amies veulent la recaser au plus vite, Emily se prend de sympathie pour un curieux voisin, Donald, qui vit reclus dans une cabane au fond du parc qui fait face à son immeuble… Entre la grande bourgeoise américaine et cet "homme des bois" misanthrope, une complicité va naître…

S’inspirant très librement d’une histoire vraie (celle de Donald, pas celle d’Emily), Joel Hopkins livre une romance sympathique mais filmée un peu paresseusement.  Heureusement, le casting vaut le détour : la saveur de "Hampstead" réside évidemment dans le savoureux face-à-face entre Diane Keaton et Brendan Gleeson, tous deux impeccables.