Les critiques d'Hugues Dayez - mercredi 7 octobre 2015

Avec "Alien" et "Blade Runner", Ridley a signé deux classiques de la science-fiction. A 77 ans, le cinéaste britannique revient à la grande épopée spatiale avec "The Martian" ( " Seul sur Mars ") avec Matt Damon en vedette.

Le titre français est encore plus explicite que le titre original : à la suite d’une tempête de sable, l’astronaute Mark Watney est laissé pour mort sur la planète rouge, et ses coéquipiers remontent dans la navette spatiale pour éviter d’autres victimes. Las ! Mark est vivant, et dresse vite un bilan assez alarmant de sa situation : il doit trouver des vivres sur une planète où rien ne pousse et tenter de rentrer en contact avec la NASA, sur la Terre, à 225 millions de kilomètres de là.

Si Alfonso Cuaron dans "Gravity" insistait sur la dimension angoissante du thème "Seul dans l’espace", Scott choisit l’option inverse : il signe un "film de survie" qui exalte la débrouillardise, l’endurance et le sens de l’humour de son personnage principal. Parce que Scott est un "entertainer "-né, il ne se permet aucun temps mort. Son astronaute est seul ? Qu’à cela ne tienne, il soliloque en permanence face à la caméra de son PC pour enregistrer ses impressions. Son calvaire dure des mois et des mois ? Jamais Ridley Scott ne s’appesantit sur le temps qui passe : il propose, dans un montage alterné, les discussions et les essais au sein de la NASA pour tenter de venir à la rescousse de Watley. En définitive, " Seul sur Mars " est un très bon film d’aventures à grand spectacle, avec les rebondissements d’usage… Il y a du suspense et du plaisir à la clé pour le spectateur, mais assez peu de profondeur existentielle, malgré son thème.

Youth

 

Le décor : un somptueux palace au pied des Alpes suisses, havre de luxe et de volupté. Les personnages : deux très vieux copains qui s’y retrouvent pour échanger leurs impressions sur la vie et la mort. Il y a Fred (Michael Caine), chef d’orchestre réputé qui, malgré des sollicitations prestigieuses, refuse tout et passe sa retraite à ne plus rien faire. Et il y a Mick (Harvey Keitel), cinéaste en perte de vitesse qui refuse de raccrocher et qui rêve de réaliser encore un dernier film…

La vieillesse et le temps qui passe : thème inépuisable, qui plus est porté par des acteurs d’exception. Mais Paolo Sorrentino n’est pas le cinéaste de la profondeur existentielle, c’est le roi du tape-à-l’œil et de la frime. Lauréat de l’Oscar du meilleur film étranger pour " Grande Bellezza ", il accentue dans " Youth " les péchés mignons de son film précédent. Sa mise en scène témoigne d’un vrai brio formel, mais le cinéaste italien tombe amoureux de chacun de ses plans, et néglige ses personnages, réduits à n’être que des marionnettes dans ses mises en scènes visuellement sophistiquées. Voir un géant comme Michael Caine si mal utilisée par un Sorrentino qui se prend pour le Fellini du XXIème Siècle, c’est profondément agaçant.

Préjudice

 

Une réunion de famille dans une belle villa verdoyante. Le père (Arno) prépare le barbecue, la mère (Nathalie Baye) se réjouit de l’annonce faite par sa fille de sa grossesse… Tout le monde est censé se réjouir, mais le fils Cédric est perturbé par cette nouvelle, et va distiller une ambiance détestable tout au cours du repas, mettant au jour des rivalités et des frustrations enfouies. Parce que Cédric est "différent", élevé en vase clos par ses parents depuis trente ans. Coupé du monde, il rêve d’un voyage en Autriche, jamais réalisé…

Pour son premier long-métrage, le jeune réalisateur belge Antoine Cuypers n’a pas choisi la facilité. Voulant éviter les écueils du "film à thèse", il a délibérément omis de définir le handicap de Cédric, voulant surtout utiliser la différence du personnage pour révéler les dysfonctionnements d’une famille. Sa direction d’acteurs est irréprochable : Nathalie Baye trouve là un de ses meilleurs rôles, Arno est très juste dans le rôle du père démissionnaire, et Thomas Blanchard s’impose comme la révélation du film dans le rôle de Cédric. Malgré quelques petits défauts (dont un épilogue inutile), "Préjudice" impose un univers et une écriture.