Les critiques d'Hugues Dayez - mercredi 30 septembre

The Intern (" Le nouveau stagiaire ")

La réalisatrice hollywoodienne Nancy Meyers a trouvé son créneau : elle fait des films " carte vermeil ", autrement dit, elle met régulièrement en scène des héros de 60 ans et plus… Avec " The Intern ", elle s’intéresse au choc des générations, avec un face-à-face Robert De Niro/ Anne Hathaway.

Ben (Robert De Niro) est veuf et pensionné, et il s’ennuie. Malgré ses 70 ans, il a envie de retravailler et dégotte un poste de " stagiaire senior " dans une " start up ", une entreprise de vente de vêtements par internet. Mais la patronne de la boîte, Jules (Anne Hathaway) voit l’arrivée de ce cadre d’un autre âge avec un certain embarras : que lui confier comme boulot ?

De prime abord, on s’attend à la traditionnelle comédie basée sur le choc des contraires. Mais Nancy Meyers étoffe son film en abordant, avec une belle justesse d’observation, une foultitude de thèmes : la tyrannie du jeunisme au travail, le dialogue entre les générations rendu difficile par les progrès technologiques… Et surtout, Meyers teinte son film d’un combat féministe de bon aloi, en prenant la défense de Jules, femme débordée qui tente de garder le contrôle de la société qu’elle a créée. Ce féminisme est, hélas, rare dans le cinéma hollywoodien, il dénote avec bonheur dans " The Intern ". Et, cerise sur le gâteau, De Niro et Hathaway sont parfaitement à l’aise dans leurs rôles respectifs, tandis qu’aucun second rôle n’a été négligé.

Boomerang

 

Antoine (Laurent Lafitte) vit une quarantaine douloureuse : il souffre de son divorce, consulte son psy mais sans beaucoup de succès. Il réalise que l’origine de son malaise réside dans un secret de famille : sa mère est morte noyée dans l’île de Noirmoutier alors qu’il n’avait que dix ans. Depuis lors, une chape de plomb semble recouvrir cette disparition. Alors qu’il tente d’en savoir plus, Antoine se heurte à l’indifférence de sa sœur (Mélanie Laurent) et au mutisme de son père (Wladimir Yordanoff)… Qu’est-il donc arrivé à sa mère ?

Avec un scénario inspiré d’un roman de Tatiana de Rosnay, le réalisateur François Favrat signe un suspense familial assez classique, mais solide. Son film jouit surtout d’un excellent casting : Lafitte est très convaincant dans des rôles dramatiques comme celui-ci ; la subtilité de son jeu est mieux mise en valeur que dans les comédies. " Boomerang ", c’est du cinéma français "commercial ", mais ce n’est pas une raison pour bouder son plaisir…

Vers l’autre rive

 

Jeune veuve, Mizuki voit ressurgir dans son appartement son mari Yusuke, mort trois ans plus tôt. Celui-ci va l’entraîner dans un véritable pèlerinage, à la rencontre de ceux qui ont peuplé sa vie pendant ces trois années…

Avec ce drame teinté de surnaturel, le cinéaste Kiyoshi Kurosawa, auteur de l’excellent polar " Shokuzai ", s’interroge sur le couple, la force du souvenir, le travail du deuil… Mais à moins d’être déjà versé dans la culture japonaise, " Vers l’autre rive " apparaît comme plutôt hermétique, et surtout, terriblement terne et grisâtre… Le cinéma japonais a beau être terriblement à la mode chez les critiques français, difficile de s’émouvoir avec ce nouveau film de Kurosawa.