Les critiques d'Hugues Dayez - mercredi 3 février

"Based upon a true story" : cette mention se retrouve régulièrement au générique des productions américaines. Mais l’authenticité d’une histoire est-elle la garantie d’un bon film ou le signe d’une carence d’imagination des scénaristes ? Vaste débat ! Cette semaine, deux films américains inspirés d’histoires vraies prouvent que la fiction peut apporter une dimension inédite à l’anecdote véridique.

Spotlight

"Spotlight", c’est le nom de la cellule de journalisme d’investigation au sein du quotidien "Boston Globe". En 2001, titillée par leur nouveau rédacteur en chef, cette petite cellule décide de s’attaquer à un dossier épineux : les faits de pédophilie au sein du clergé de Boston…

A la manière des "Hommes du Président" d’Alan Pakula, sur l’affaire du Watergate, le film "Spotligt" de Tom Mc Carthy choisit de suivre exclusivement le point de vue des journalistes. Le spectateur suit pas à pas leur enquête minutieuse : pendant des mois, ils accumulent les rendez-vous, tentent d’obtenir des témoignages, tandis que le responsable de la cellule résiste vaillamment aux pressions de l’establishment, insistantes dans cette ville où l’ancrage catholique est très fort.

Le réalisateur peut s’appuyer sur un casting exceptionnel : de Michael Keaton à Mark Ruffalo en passant par Rachel McAdams et Stanley Tucci, tous les acteurs de "Spotlight" sont terriblement convaincants. La prouesse du film, c’est d’arriver en deux heures à résumer une longue enquête terriblement complexe… C’est un plaidoyer pour le VRAI journalisme, et c’est passionnant.

Steve Jobs

Le film "Steve Jobs" n’est pas un "biopic" classique, c’est une tragédie shakespearienne moderne, un drame en trois actes. Le scénariste Aaron Sorkin ( auteur de "The Social network" et de "Newsroom") articule son portrait autour de trois moments-clés de la carrière de Jobs : 1984, lancement du Macintosh, 1988, présentation du cube noir NeXT, 1998, dévoilement de l’iMac. A quelques minutes de son speech dans une salle archi-comble, Steve subit en coulisses l’irruption de ses collaborateurs et de ses proches, qui viennent régler leurs comptes.

Soutenu par une mise en scène inventive de Danny Boyle, ce scénario condense énormément d’informations sur le gourou d’Apple, et les distille dans des joutes verbales de haut vol. Le portrait de Jobs qui s’en dégage est sans complaisance : on découvre un homme brillant mais dictatorial, pugnace mais ingrat vis-à-vis de ceux qui l’ont soutenu. Sorkin et Boyle ont pu, comme dans "Spotlight", réunir une distribution de ténors : Michael Fassbender, Kate Winslet, Seth Rogen, Jeff Daniels… Ils sont tous éblouissants. Pas besoin d’être versé en informatique pour savourer ce "Steve Jobs", car c’est la tragédie humaine qui prime.

Chocolat

Sollicité par un tandem de producteurs, les frères Altmayer, Roschdy Zem porte à l’écran le destin de Rafaël Padilla, ancien esclave de Cuba qui devient un "bon nègre" dans des cirques miteux avant d’être rebaptisé "Chocolat" et de former un duo de clowns avec George Foottit qui lui apporte gloire et fortune.

Ici, le "biopic" prend une forme plus classique, sur le mode "grandeur et décadence d’un artiste atypique". Mais si le film de Zem est sans surprise, il raconte malgré tout une histoire intéressante du racisme ordinaire dans le Paris de la Belle Epoque. Et le tandem Omar Sy- James Thierrée est formidable : James, petit-fils de Chaplin, est un artiste de cirque de premier ordre, et les numéros qu’il a mis au point avec Omar sont très réussis.