Les critiques d'Hugues Dayez - mercredi 27 janvier

La virtuosité d'Inarritu, l'aventure humaine de Joachim Lafosse et les déboires de Sylvie Testud, au programme des sorties en salle cette semaine.

The Revenant

Il remportait l’Oscar l’an dernier avec sa comédie "Birdman". Cette année, il part favori avec "The Revenant", déjà couronné aux Golden Globes : le cinéaste mexicain Alejandro Inarritu est un maître incontesté du cinéma mondial

"The Revenant" nous replonge dans l’Amérique sauvage de 1820, celle des pionniers, des trappeurs et des tribus d’Indiens qui luttent pour leur survie. Le film s’inspire du destin de Hugh Glass (Leonardo Di Caprio), un trappeur attaqué par un grizzly qui survit miraculeusement à ses blessures. Pendant sa pénible convalescence, un seul but le maintient en vie : se venger de ses camarades qui l’ont lâchement abandonné…

Inarritu orchestre ce récit de survie et de vengeance avec une virtuosité inégalée. Il a tout tourné en extérieur dans des paysages inviolés, avec la lumière naturelle, souvent en plans séquences, dans des températures polaires. Ces conditions de tournage âpres se ressentent à l’écran : "The Revenant" est un film dur, viscéral, organique, où l’homme ne fait qu’un avec la nature. Parfois, Inarritu est un peu victime de sa virtuosité ; au montage, il n’évite pas certaines longueurs, emporté par le lyrisme de sa mise en scène. Mais ces imperfections ne doivent pas faire oublier l’essentiel : "The Revenant" comporte des séquences à couper le souffle, et l’attaque du grizzly figure d’ores et déjà au panthéon des scènes inoubliables de l’Histoire du cinéma.

Les Chevaliers Blancs

Pour son nouveau film, le réalisateur belge Joachim Lafosse s’inspire du scandale de l’ "Arche de Zoé", cette ONG qui kidnappait en 2007 des enfants du Tchad pour les amener illégalement en France. Lafosse n’aborde pas le scandale politico-diplomatique que l’affaire généra, mais se focalise sur l’aventure humaine de l’ONG en Afrique. Hélas, le film souffre de deux défauts majeurs. Primo, il échoue à faire naître le moindre suspense, la moindre tension dramatique : d’emblée, le spectateur devine que les membres de l’ONG sont des "bras cassés", qui vont s’enliser dans leur projet humanitaire illusoire. Secundo, Lafosse, cinéaste très doué pour le cinéma intimiste, peine à faire exister tout un groupe de personnages : seul Vincent Lindon, chef de l’ONG, existe à l’écran, étouffant ses partenaires réduits à faire de la figuration, ou presque… Même s’il aborde une problématique intéressante, "Les Chevaliers blancs" ne convainc qu’à moitié, comme si Lafosse n’avait pas trouvé l’angle décisif pour que son film de fiction puisse apporter un éclairage original sur le fiasco réel de "L’arche de Zoé".

Arrête ton cinéma

En 2014, l’actrice Sylvie Testud publiait "C’est le métier qui rentre", inspiré d’une mésaventure personnelle : désirant réaliser son premier long-métrage, elle s’était fait confisquer son scénario par deux producteurs sans scrupules, jusqu’à voir son projet arrêté trois semaines avant le tournage… Aujourd’hui, son amie réalisatrice Diane Kurys adapte le livre avec une jubilation évidente. Dans le rôle de deux productrices manipulatrices et fantasques, Josiane Balasko et Zabou Breitman s’en donnent à cœur joie… "Arrête ton cinéma" joue ouvertement la carte de la caricature, mais c’est bien connu, une caricature réussie recèle toujours un portrait aiguisé, et le film de Kurys stigmatise avec beaucoup d’esprit certains travers du cinéma français actuel.