Les critiques d'Hugues Dayez - mercredi 27 avril

Au menu de cette semaine, deux films américains indépendants à ne pas manquer : "99 homes" de Ramin Bahrani, et "Trumbo" avec Bryan Cranston. Plus 20 secondes sur le film "Tempête", Grand prix, Prix du meilleur acteur au Festival international du film de Namur.

99 Homes

Le cinéma américain a déjà abordé la crise des subprimes de 2008, mais toujours vue du côté des traders ("Margin Call", "The Big Short"). L’originalité du cinéaste Ramin Bahrani est d’envisager ce cataclysme du côté des victimes : les milliers de citoyens américains qui ont perdu leur maison…

Dennis, jeune ouvrier couvreur, vit avec sa mère et son petit garçon dans la même maison familiale en Floride. Leur monde s’écroule quand un agent immobilier, Rick Carver, vient en compagnie de deux policiers saisir sa maison… Désemparé, Dennis émigre dans un motel miteux et va poursuivre une idée fixe : récupérer sa maison. Habile de ses mains, il va accepter des petits boulots que lui propose, ironiquement, Carver. Progressivement, Dennis se rapproche de l’agent immobilier sans scrupule et va changer de camp : du monde des victimes, il bascule dans celui des bourreaux…

La force de " 99 Homes ", c’est de décrire avec réalisme un phénomène social d’une ampleur considérable, mais  par le biais d’un destin personnel passionnant. En travaillant avec Rick, Dennis pactise avec le Diable, ce qui ne va pas sans lui poser des problèmes de conscience. A travers son  récit, Bahrani interroge avec intelligence les perversions du système capitaliste aux USA. "99 Homes", c’est du cinéma américain indépendant à son meilleur niveau.

Trumbo

Dalton Trumbo. Ce nom quasi oublié aujourd’hui est celui d’un des plus brillants scénaristes d’Hollywood. En 1947, il est célébré de tous, mais ses convictions communistes, qu’il affiche sans ambages, vont lui jouer un très mauvais tour : Trumbo va être victime de la "chasse aux sorcières" anti-communiste, il va sombrer dans la tourmente du maccarthysme. Banni des grands studios, cet intellectuel pugnace va continuer à écrire des séries Z pour des producteurs obscurs, mais il va aussi écrire des scénarios plus ambitieux qu’il arrive à placer à Hollywood vue des amis qui lui servent de prête-nom ( "Vacances romaines" avec Audrey Hepburn, récompensé aux Oscars, c’est lui)…

"Trumbo" est mieux qu’un simple "biopic", c’est une fresque très riche sur une des périodes les plus noires de l’Histoire récente de l’Amérique. Jamais pesant ni didactique, le film est porté par Bryan Cranston ( "Breaking Bad"), qui restitue avec brio l’humour malicieux de Trumbo.

Tempête

Dominique Leborne, marin breton, est dans une impasse : après sa séparation, il a obtenu la garde de ses deux enfants, mais ses longs séjours en mer l’empêchent de s’en occuper comme il le voudrait. Frustré, il va essayer de s’établir à son compte et d’acheter son propre bateau de pêche, pour rentrer chaque soir dans le foyer familial.

Dans "Tempête", Dominique Leborne rejoue son propre rôle, avec ses enfants. Son travail lui a valu des prix à la Mostra de Venise et au FIFF de Namur. Si sa belle performance mérite d’être saluée, le travail du réalisateur Samuel Collardey est moins convaincant. Car si "Tempête" a les qualités du cinéma-vérité, son scénario se heurte aux limites de ce style réaliste entre fiction et documentaire. Sur le plan dramaturgique, il est linéaire et sans surprise ; le spectateur  anticipe les déconvenues de Leborne bien avant qu’elles ne surviennent… Dans les grands films réalistes, la fiction vient apporter un supplément d’âme et de tension aux histoires vraies. En "collant" de trop près au réel, Collardey échoue à créer cette tension.