Les critiques d'Hugues Dayez - mercredi 24 février

Avec Brooklyn, Les premiers les derniers, et The Assassin.

Brooklyn

Faute de stars au générique, "Brooklyn" a failli ne pas sortir sur les écrans belges. Mais trois nominations aux Oscars ont changé la donne : couronné meilleure production britannique de l’année aux Baftas (les Oscars britanniques), "Brooklyn" concourt pour les Oscars du meilleur film, de la meilleure adaptation d’un roman et de la meilleure actrice…

Dans un petit village d’Irlande, au début des années 50, Ellis (lumineuse Saoirse Ronan) étouffe et rêve d’un ailleurs… Grâce à l’aide d’un dynamique prêtre irlandais installé aux Etats-Unis, Ellis franchit le pas et embarque dans un paquebot à destination de New York. Là, elle trouve un emploi de vendeuse dans un grand magasin et souffre du mal du pays, jusqu’au jour où un brave ouvrier italien tombe amoureux d’elle. L’avenir d’Ellis semble cette fois tout tracé, mais un décès dans sa famille la ramène au pays. De retour dans son patelin, Ellis s’interroge : doit-elle vraiment renoncer à ses racines ?

"Brooklyn" est bien plus qu’une bluette à l’eau de rose. C’est un délicat portrait d’une jeune fille à la croisée des chemins, avec en toile de fond des questions complexes : le choc des cultures entre l’ancien et le nouveau Monde, la difficulté de l’exil. La reconstitution du climat des fifties est superbe, le casting impeccable, et l’adaptation du roman de Colm Toibin par l’écrivain Nick Hornby tout en subtilité. Bref, c’est une merveille.

Les premiers les derniers

Dans un paysage désolé, deux hommes de main (Bouli Lanners et Albert Dupontel) sont mandatés pour retrouver un GSM compromettant. Or le téléphone est tombé dans les mains d’un jeune couple en cavale, effrayé par la possibilité de la fin du monde…

Avec "Les Premiers les Derniers", Bouli joue avec les codes du western pour livrer une fable métaphysique sur les angoisses d’aujourd’hui et les espoirs de demain. Soyons clairs : au fil des ans, Lanners s’est imposé comme un des acteurs les plus charismatiques de notre cinéma. Mais au fil de ses longs-métrages derrière la caméra – il s’agit ici de son 4ème – l’artiste belge s’affirme plus comme un créateur d’images que comme un raconteur d’histoires : " Les Premiers les Derniers " souffre d’un rythme lent et contemplatif, qui le rend difficile d’accès. Il y a des touches d’humour, des guest-stars prestigieuses (Max Von Sydow, Michael Lonsdale), mais toutes les intentions symboliques de Bouli ne font pas forcément un récit passionnant. Néanmoins, le film a ses adeptes ; précédé d’une critique enthousiaste en France, il a remporté deux prix dans une section parallèle au récent Festival de Berlin.

The Assassin

Difficile de résumer l’intrigue de "The Assassin", grande fresque du maître taïwanais Hou Hsiao Hsien qui dépeint des rivalités entre clans dans la Chine médiévale… Au Festival de Cannes (où le film a remporté le Prix de la mise en scène), le public était à la fois déconcerté et subjugué : le récit de "The Assassin" est opaque pour le spectateur occidental, mais la beauté des images est époustouflante. Alors ? Est-ce toujours indispensable de tout comprendre, quand l’esthétique s’avère si envoûtante ? La question demeure…