Les critiques d'Hugues Dayez : mercredi 19 août 2015

La belle saison, de Catherine Corsini
La belle saison, de Catherine Corsini - © DR

A l'affiche, cette semaine, un film de femmes, "La belle saison" où l'on retrouve une Cécile de France dans un rôle qui la fait vibrer.

Ce film nous plonge dans la France de Georges Pompidou, le début des années 70 : Izia Higelin, qui est pour rappel, chanteuse, qui est la fille de Jacques Higelin, et qui est aussi actrice, joue Delphine, une fille de paysans qui décide de monter à Paris pour respirer un peu parce qu’elle étouffe dans son milieu d’origine.

Et là, elle tombe passionnément amoureuse de Carole, jouée par Cécile de France, qui elle est étudiante, intellectuelle et milite au sein d’une association féministe. En fait, ce sont les débuts balbutiants du MLF avec le débat pour la liberté de l’avortement, etc.

Les deux jeunes filles vivent une relation passionnée, mais hélas, le père de Delphine, agriculteur, est victime d’un AVC, et la voilà obligée d’aller reprendre la ferme familiale et de revenir en quelque sorte à la case départ.

Sa compagne, Carole, veut la suivre à la campagne mais comment vivre cet amour, dans la France des années 70, qui plus est dans un coin de la France profonde. Voilà la question que pose le film.

Alors, évidemment, avec cette histoire d’amour homosexuelle, on pense au célèbre " La vie d’Adèle " d’Abdellatif Kechiche, mais là où Kechiche se concentrait exclusivement sur l’histoire d’amour, ici la réalisatrice Catherine Corsini a un point de vue plus intéressant, plus riche, parce qu‘il y a bien sûr cette histoire passionnée entre deux femmes qui se découvrent, mais il y a aussi le portrait d’une époque.

Il y a justement les conventions d’une époque, cette France un peu assoupie du début des années 70, qui est engoncée dans son confort mais aussi dans ses préjugés. Et à partir du moment où le film joue sur les deux tableaux, il apparaît beaucoup riche. Qui plus est, le film est très bien joué : Izia Higelin, qu’on avait déjà vue dans la comédie Samba, prouve qu’elle n’est pas seulement chanteuse mais qu’elle est une excellente actrice, et Cécile de France retrouve un rôle vraiment à sa mesure, parce que ces derniers temps, ce n’était pas très convaincant, et là on la retrouve très vibrante dans ce film " La Belle saison ".

"Une famille à louer"

Autre film français avec deux têtes d’affiche belges, Benoît Poelvoorde et Virginie Efira, face à face dans " Une famille à louer ", de Jean-Pierre Améris.

Benoît Poelvoorde y incarne un milliardaire solitaire, et dépressif, qui découvre un jour à la télévision, le destin d’une jeune mère de famille, Virginie Efira, qui vole dans les supermarchés pour nourrir ses deux enfants. Il est ému par le sort de cette jeune femme, et il décide de lui proposer un curieux marché : il l’entretient financièrement à condition de pouvoir partager sa vie de famille parce qu’il n’a jamais connu, lui, de vie de famille. D’où le titre du film, " Une famille à louer ".

On sent que le réalisateur, Améris, est quelque part amoureux des comédies de Frank Capra de la grande époque, où il y a cette espèce de confrontation entre un milliardaire, un homme très riche, qui découvre un autre milieu, le milieu des gens simples. On sent que cela aurait pu être aussi une comédie à l’italienne des années 70, mais ici curieusement, l’alchimie ne fonctionne pas.

C’est lié à deux raisons : d’abord Virginie Efira n’est pas le rôle, c’est-à-dire que si on veut jouer sur le contraste façon " La vie est un long fleuve tranquille " entre le milieu très populaire quasi quart-monde, et le milieu extrêmement policé, il faut aller très fort dans les contrastes. Or, Virginie Efira, en mère courage limite quart-monde, on n’y croit pas deux secondes.

Et l’autre raison, pour laquelle le film ne fonctionne pas, c’est parce que le scénario est cousu de fil blanc. Sans révéler la fin, on devine très vite vers où on va.

Quant à Benoît Poelvoorde, il rejoue un rôle de personnage incapable d’exprimer ses sentiments comme il l’avait fait dans les " Emotifs anonymes ", autre film de Jean-Pierre Améris qu’il avait adoré.

"Agents très spéciaux"

Dans les années 60, il y avait un feuilleton qui s’appelait " Agents très spéciaux ", avec un espion américain qui s’appelait Napoléon Solo, et un espion russe Ilia Kouriakine, et ils étaient obligés de travailler ensemble. Ce feuilleton a été rediffusé à peu près comme " Mission impossible ", " Max la menace ", ..

Et donc, Hollywood continue d’explorer la veine des remake avec cette nouvelle version des " Agents très spéciaux ". Guy Ritchie qui est un Anglais d’origine et qui avait déjà revitalisé Sherlock Holmes, a eu envie de revenir dans cette veine vintage.

Au niveau de la reconstitution des années de la Guerre Froide, c’est très bien fait, très joli, très beau, mais le film ne retrouve pas le charme et l’innocence de la série originelle, comme c’est souvent le cas, hélas.