Les critiques d'Hugues Dayez - mercredi 14 octobre

The Walk

On lui doit quelques grands succès du cinéma hollywoodien : "Retour vers le futur", "Seul au monde", "Forrest Gump"… Le réalisateur Robert Zemeckis est de retour avec l’adaptation d’une histoire vraie spectaculaire, "The Walk".

En été 1974, le funambule français Philippe Petit n’a que 24 ans et s’attaque à un projet fou : marcher sur une corde tendue entre les pointes des deux tours du World Trade Center. A l’époque, les "Twin Towers" sont en cours de finition, et le jeune acrobate espère bien se glisser incognito au sein des équipes d’ouvriers pour repérer les lieux et y installer son matériel, en toute illégalité…

L’exploit hallucinant de Petit avait déjà inspiré un documentaire, "Man on wire", lauréat de l’Oscar dans sa catégorie en 2009. Mais la démarche de Robert Zemeckis, même s’il s’inspire du livre publié par Philippe Petit et s’il a travaillé de près avec lui, est différente. Il s’agit, dans "The Walk" de restituer minutieusement le "coup" du funambule. Le film, s’il contient un paroxysme spectaculaire – avec "Gravity" d’Alfonso Cuaron, "The Walk" est sans doute un des rares films à voir obligatoirement en 3D -, ne se réduit pas à ce "climax" : Zemeckis a eu l’intelligence de construire un vrai suspense, rythmé comme un film de hold-up. Il prend le temps de bien dessiner la personnalité complexe de Petit, à la fois aventurier téméraire et artiste narcissique et arrogant, joué avec conviction par Joseph Gordon-Levitt. Technicien hors pair, Zemeckis, qui a réalisé plusieurs films en motion capture, maîtrise à merveille les images de synthèse pour réaliser des scènes époustouflantes, en reconstituant le sommet des tours disparues et le panorama de Manhattan… C’est du Cinéma avec un grand C, du grand spectacle dans le plus noble sens du terme.

Belles Familles

A 83 ans, Jean-Paul Rappeneau revient au cinéma, douze ans après son dernier film "Bon voyage". Rappeneau, c’est un orfèvre de la mise en scène ; on lui doit "Cyrano" avec Depardieu, "Les mariés de l’an 2" avec Belmondo, "La vie de château" avec Deneuve et Noiret…

Dans "Belles familles", il orchestre des chassés croisés entre une foultitude de personnages. Au centre, Jérôme (Mathieu Amalric), trader à Shanghai, de passage brièvement en France, qui revient dans le château familial de son enfance, et qui découvre que feu son père – qu’il détestait – a eu une double vie et a élevé une fillette comme sa propre fille. La fillette a grandi, elle est devenue une sublime jeune femme (Marine Vacht, vue dans "Jeune et jolie" de François Ozon) qui séduit Jérôme…

Rappeneau ne cache pas que le rapport complexe au père dans ce film est fortement autobiographique, ce qui apporte une note assez émouvante à "Belles Familles". Mais si le cinéaste n’a rien perdu de son sens du rythme, montant son film comme une symphonie avec un crescendo, il ne convainc qu’à moitié. Sans doute parce que ce grand cinéaste avait besoin de stars du calibre de Catherine Deneuve ou d’Yves Montand pour que son cinéma fonctionne à plein régime. Ici, si Amalric ne démérite pas, si Marine Vacht est splendide, d’autres acteurs comme Gilles Lellouche ou Guillaume de Tonquédec manquent de charisme…

Much loved

Le film a suscité un scandale dans les pays du Maghreb. Parce que Nabil Ayouch a osé filmer le quotidien de quatre prostituées à Marrakech. Le cinéaste marocain a donc le courage de briser un tabou, de montrer sans fard un aspect de la vie marocaine. OK, bravo pour son courage ! Cela étant, qu’a-t-il à raconter ? Pas grand’ chose.

"Much Loved" alterne avec monotonie les scènes de jour – les quatre filles qui se crêpent le chignon dans leur appartement – et les scènes de nuit – leurs tentatives pour extorquer le maximum de fric à des hommes d’affaires saoudiens… Comme s’il voulait lui-même affirmer son émancipation par rapport à la culture de son pays d’origine, Ayouch force le trait et sombre dans un voyeurisme digne des mauvais documentaristes occidentaux. " Much loved " est un film vulgaire, sans la moindre étincelle de poésie.