Les critiques d'Hugues Dayez - mercredi 11 mai

Le phénomène des frappes aériennes opérées par des drones inspire de plus en plus le cinéma contemporain : après "Good Kill" d’Andrew Niccol avec Ethan Hawke, voici "Eye in the sky" de Gavin Hood, un thriller implacable sur la guerre moderne avec Helen Mirren.

Dans ce drame, Mirren incarne le colonel Katherine Powell, officier britannique du service d’espionnage qui croit enfin toucher au but: après plusieurs années de traque, elle et son équipe ont enfin localisé une ressortissante britannique qui a rejoint un groupe terroriste à Nairobi. Cette militaire de choc veut anéantir le groupe à l’aide de drones, avant que celui-ci ne commette un nouvel attentat meurtrier. Les drones sont pilotés par des militaires américains, à partir de la base installée dans le désert de Las Vegas, tandis que le feu vert pour toute l’opération doit être donné par le supérieur hiérarchique de Powell, le général Benson (Alan Rickman, dont c’est le dernier rôle) qui est entouré de responsables politiques dans un bureau à Londres... Mais alors que les terroristes préparent leurs ceintures d’explosifs dans leur planque, une fillette s’installe dans la rue adjacente pour vendre quelques pains. Une question cruciale se pose alors : peut-on donner le feu vert à une opération qui risque de faire une victime innocente ?

Sur le plan strictement cinématographique, "Eye in the sky" est minimaliste, constitué d’une succession de scènes où des hauts gradés communiquent par téléphone en regardant des images par satellite… Et pourtant, le film génère un suspense extraordinaire, tout en dressant un tableau saisissant de la guerre moderne, montrant plusieurs logiques qui s’affrontent : la logique militaire et stratégique face à la logique diplomatique et politique. C’est passionnant de bout en bout.

Merci Patron

François Ruffin, le rédacteur du journal satirique "Fakir", s’intéresse aux victimes du milliardaire français Bernard Arnault. Le PDG de LVMH, l’empereur des produits de luxe a fermé des usines dans le Nord de la France, et mis au chômage des modestes travailleurs… Parmi ces victimes, deux pauvres ch’tis, Jocelyne et Serge Klur. Par des méthodes peu avouables, Ruffin va tenter d’obtenir un dédommagement conséquent pour la famille Klur en essayant de trouver la faille dans la forteresse LVMH…

Ce combat de David contre Goliath fait un peu penser aux documentaires de Michael Moore : même humour, même mauvaise foi, mêmes méthodes de persuasion (caméra cachée, canulars divers)… Mais pour Ruffin, la fin justifie visiblement les moyens : face au "plan com" a priori inattaquable d’Arnault et de ses sbires, tous les coups sont permis. " Merci Patron " est en train de devenir un énorme succès surprise avec plus de 400.000 spectateurs en France. Pas mal pour un film réalisé avec trois francs cinquante, qui dénonce avec un humour ravageur les cruelles dérives de l’ultralibéralisme.