Les critiques d'Hugues Dayez - mercredi 10 février

45 ans, Les délices de Tokyo, et Tout en haut du monde, sont les trois films qu'Hugues Dayez a pointés dans les sorties de la semaine.

45 ans

Elle est la classe incarnée, elle vient de fêter ses 70 ans. Charlotte Rampling est à l’affiche de "45 years" d’Andrew Haigh, un drame intimiste qui lui vaut d’être nommée pour l’Oscar de la meilleure actrice (après un prix d’interprétation avec son partenaire Tom Courtenay à Berlin).

Un cottage dans la campagne anglaise. Kate (Charlotte Rampling) et Geoff (Tom Courtenay) préparent calmement une fête pour célébrer leurs 45 ans de mariage. C’est alors que Geoff reçoit une lettre qui le bouleverse : les autorités suisses lui apprennent qu’on a retrouvé un corps dans la glace, dans le massif alpin, le corps de Katya, qui fut sa fiancée… Kate s’interroge : pourquoi son mari est-il à ce point remué par cette nouvelle ? Cet homme, avec qui elle vit depuis 45 ans, lui a-t-elle caché des choses ?

A la manière d’Harold Pinter, le réalisateur Andrew Haigh croit à la vertu de l’understatement, de l’implicite dans l’écriture. Avec des dialogues anodins en apparence, il dépeint l’incompréhension qui surgit dans le couple et le malaise qui grandit. Cette écriture subtile est soutenue par le jeu tout en nuances de Rampling et de Courtenay, qui parviennent à exprimer les émotions les plus profondes avec une économie de jeu impressionnante. Less is more, comme le dit l’adage anglo-saxon, "moins c’est plus". Ce drame intimiste en est un brillant exemple.

Les délices de Tokyo

Un quadragénaire dans une modeste gargote cuisine des doriyakis, sortes de pancakes japonais. Il reçoit la visite d’une vieille dame, qui veut à tout prix travailler avec lui. D’abord réticent, il accepte quand il découvre que la femme est un véritable cordon bleu ! Le résultat de cette association ne se fait pas attendre : la gargote commence à refuser du monde. Mais la vieille dame est de santé fragile…

La cinéaste Naomi Kawaze décrit cette association inattendue avec une tendresse certaine. Mais à force d’insister sur la dimension poétique de son histoire, avec force plans sur les cerisiers en fleurs et autres plans de cartes postales, elle verse parfois dans la mièvrerie… On aurait aimé un peu plus d’aigre et moins de doux dans cette jolie recette pour la rendre plus piquante.

Tout en haut du monde

Sasha, adolescente dans la haute aristocratie russe de la fin du XIXème Siècle, veut venger l’honneur perdu de sa famille en retrouvant la trace de son grand-père, aventurier réprouvé par tous. Pour ce faire, elle va arriver à se faire embaucher dans l’équipage d’un navire qui fait route vers le Pôle Nord…

Ce qui frappe de prime abord dans ce film d’animation franco-danois de Rémi Chayé, c’est son parti-pris graphique : tournant le dos aux effets réalistes des images de synthèse et de la 3D, le réalisateur propose des images construites comme des tableaux, où personnages et décors spectaculaires se marient harmonieusement dans des aplats de couleurs. Le spectateur a presque l’impression de voir s’animer des illustrations d’un beau livre, tandis que la tension dramatique de ce récit d’aventure est assurée par une bande-son très soignée, où l’on entend les grincements des cordages et les brisures de la glace… Du beau travail ; dommage que le scénario soit un peu trop prévisible. Mais le film reste un rendez-vous recommandable pour toute la famille.