Les critiques d'Hugues Dayez : Mary Poppins revient… Et c'est superfragilisticexpialidocious !

Mary Poppins returns
Mary Poppins returns - © DR

En décembre 1964 sortait sur les écrans "Mary Poppins", le dernier film dans lequel Walt Disney s’est investi à 100 % (il est mort d’un cancer en 1966). Ce fut un énorme succès public et critique, couronné par cinq Oscars. Aujourd’hui, 54 ans plus tard, Rob Marshall et les Studios Disney relèvent le défi de donner une suite à ce classique avec "Le retour de Mary Poppins".

Le retour de Mary Poppins

L’intrigue du premier film se situait dans le Londres de 1910. Celle de "Mary Poppins returns" est placée – comme les romans de Pamela Travers – dans les années 30, pendant la Grande Dépression. Les enfants Banks ont grandi, Michael est devenu lui-même père de trois enfants. Jeune veuf, il se débat dans les problèmes d’argent : criblé de dettes, il risque de voir sa maison, déjà hypothéquée, saisie par les huissiers… C’est alors que, débarquant dans les nuages, la mystérieuse Mary Poppins descend sur terre pour venir, une nouvelle fois, à la rescousse de la famille Banks. 

Comment réaliser la suite d’un film ancré dans l’imaginaire collectif depuis plus d’un demi-siècle ? Le réalisateur Rob Marshall, grand maître des comédies musicales – on lui doit l’adaptation au cinéma de "Chicago" -, s’est posé les bonnes questions avant de réaliser "Le retour de Mary Poppins". Car il voulait que son film retrouve intact le charme du film de 1964.

Il a d’abord réussi à imposer au studio Disney de revenir au dessin animé traditionnel, bannissant les images de synthèse. Résultat, dans la première partie de son film, les séquences où Mary et les enfants évoluent avec des animaux dessinés font écho aux scènes-cultes avec Julie Andrews. Il a aussi fait en sorte que les nouvelles chansons originales de son film s’inscrivent dans la droite ligne des délicieuses rengaines composées par les géniaux frères Sherman (auteurs des tubes du " Livre de la Jungle ").

Enfin, son casting est on ne peut plus judicieux : la très talentueuse Emily Blunt succède à Julie Andrews mais elle a l’intelligence de ne pas la copier et propose "sa" version de Mary Poppins, nourrie par la lecture des romans de Travers. A ses côtés, Lin-Manuel Miranda succède à Dick Van Dyke dans le rôle de Jack, un allumeur de réverbère. Ensemble, Blunt et Miranda chantent et dansent à la perfection. A l’arrivée, même si "Le retour de Mary Poppins" a été réalisé avec toutes les techniques de pointe d’aujourd’hui, le film apparaît avant tout comme un somptueux hommage "vintage" aux comédies musicales d’antan. Tous ceux qui ont grandi avec le "Mary Poppins" seront émus par cette œuvre nostalgique, reste à voir si leurs enfants y seront sensibles…

Wildlife (Une saison ardente)

Les Etats-Unis, au début des années 60. Dans un patelin de l’Amérique profonde, Joe, 14 ans, assiste impuissant à l’inexorable dégradation de la relation entre ses parents. Son père Jerry (Jake Gyllenhaal) oblige régulièrement sa famille à déménager de ville en ville car il est incapable de garder un boulot. Lorsqu’il décide, sur un coup de tête, de s’engager comme pompier pour lutter contre les incendies de forêt, sa femme Jeanette (Carey Mulligan), fatiguée de sa vie de femme au foyer, tente de séduire un riche voisin… Sous le regard désolé de son fils Joe.

"Wildlife" est la première réalisation du jeune acteur Paul Dano ("Little Miss Sunshine", "There will be blood"), qui adapte un roman de Richard Ford, et c’est une éclatante réussite. La reconstitution d’époque nous replonge dans une Amérique très loin des " Golden sixties ", où la vie est âpre et les perspectives d’avenir peu nombreuses. La jeune actrice anglaise Carey Mulligan est impressionnante dans ce rôle de "desperate housewife" qui voit ses rêves de jeunesse engloutis par un quotidien décevant. Le film, sobre et pudique, se révèle très émouvant.

L’empereur de Paris

L’Histoire de France regorge de personnages passionnants ; François Vidocq fait partie de ceux-là. Ce bagnard qui parviendra, sous le règne de Napoléon, à devenir un flic de choc sous les ordres de Fouché, a inspiré dans les années 70 une mémorable série télévisée avec un virevoltant Claude Brasseur. En 2000, un certain Pitof réalisait un "Vidocq" avec Gérard Depardieu et Guillaume Canet ; c’ était un gros navet… Aujourd’hui, Jean-François Richet retrouve son acteur de "Mesrine", Vincent Cassel, pour réaliser "L’empereur de Paris" qui raconte la genèse du personnage, son supplice de galérien, son évasion, le début de sa reconversion…

Le film se veut du "grand spectacle à la française". Hélas, rien ne fonctionne. Vincent Cassel tire la gueule et marmonne ses répliques, se révélant inaudible. Le scénario peine à exposer les enjeux de l’histoire. Fabrice Luchini vient cachetonner mollement dans le rôle de Fouché. Olga Kurylenko (ex-James Bond Girl revue dans l’excellent "Death of Stalin") joue les séductrices, mais on ne comprend jamais exactement son rôle… C’est confus, c’est ennuyeux, c’est raté.

Spiderman, new generation

Alors que Peter Parker est un Spiderman célèbre dans le monde entier, Miles, un adolescent afro-américain de Brooklyn, est piqué par une mystérieuse araignée et se réveille, lui aussi, avec des superpouvoirs. Il découvre bien vite qu’il n’est pas le seul et, avec d’autres comparses, va bientôt prendre la relève de Spiderman…

Comment, aujourd’hui, faire du neuf avec du vieux ? Comment réanimer à l’écran cette saga déjà surexploitée ? Les réalisateurs de ce "New generation" ont trouvé la réponse : en revenant aux sources, en retrouvant le délire et l’inventivité des "comic books" grâce aux techniques modernes du cinéma d’animation.

Leur film est un mélange de 2D et de 3D, de dessin animé et d’images de synthèse. Sur l’écran, affleurent les bulles et les onomatopées, les "Bang" et les "Woof" ; le graphisme des personnages est très stylisé, les couleurs parfois saturées ou débordantes des contours… Comme dans les "comics". Plus que par son scénario, relativement attendu, c’est par ses audaces graphiques que "Spiderman New Generation" vaut le détour pour les amateurs du genre.