Les critiques d'Hugues Dayez : Le retour en forme de Tim Burton, avec Miss Peregrine

Avec "Dark Shadows", Tim Burton semblait à court d’inspiration. Avec "Big Eyes", il tentait de se renouveler, mais sans tout à fait convaincre. Avec "Miss Peregrine et les enfants particuliers", adaptation d’un best-seller pour la jeunesse, le réalisateur de "Sleepy Hollow" retrouve enfin un nouveau souffle.

Jake, adolescent très solitaire, est amené par son grand-père mourant à découvrir un mystérieux orphelinat niché dans un coin perdu du Pays de Galles. L’établissement, tenu par une énigmatique gouvernante, Miss Peregrine, recueille des enfants qui ont chacun un don particulier : l’un est invisible, la deuxième est d’une force herculéenne, la troisième est plus légère que l’air… Tous ces enfants vivent à l’abri dans une "boucle temporelle", Miss Peregrine a bloqué leur existence dans une journée précise de 1943, juste avant que les bombes allemandes ne déferlent sur l’orphelinat. Ayant pénétré dans cette boucle, Jake se voit confier une mission : aider Miss Peregrine à lutter contre d’horribles spectres qui veulent détruire ce petit monde…

En adaptant le roman pour la jeunesse de Ransom Riggs, Tim Burton a trouvé un matériau à sa mesure, suffisamment riche pour lui permettre de déployer sa maestria visuelle. Splendide et envoûtant, doté d’un casting magnifique (Eva Green, Asa Butterfierld, Samuel Jackson, Terence Stamp…)  le film est un enchantement constant… Mais il perd hélas un peu de sa poésie dans la dernière partie, lorsque les protagonistes quittent l’orphelinat pour le "pier" de Blackpool, nettement moins magique. Malgré cette petite déception, le film vaut amplement le détour.

Aquarius

"Aquarius", c’est le nom d’un vieil immeuble à appartements sis à front de mer à Recife. Dona Clara, ancienne critique musicale, intellectuelle réputée, a toujours vécu dans cet immeuble, ou presque. Mais elle est la dernière à y habiter : des promoteurs immobiliers sans scrupule, qui veulent raser le bâtiment pour faire du neuf, entendent bien la déloger, d’abord par des moyens légaux – en lui proposant une bonne compensation financière – ensuite en utilisant des ruses nettement moins avouables… Mais Clara, femme de caractère, n’entend pas se laisser faire…

A travers ce combat de David contre Goliath, qui pourrait sembler anecdotique, le réalisateur Kleber Mendonça Filho livre une parabole sur deux conceptions du Brésil qui s’affronte : un Brésil cultivé, fier de ses racines et de sa culture, contre un Brésil capitaliste, affairiste et vulgaire. Mais surtout il dresse un magnifique portrait de femme, riche et complexe, joué à merveille par la grande Sonia Braga qui aurait amplement mérité le Prix d’interprétation au dernier Festival de Cannes.

La danseuse

"La danseuse" est un "biopic" romancé sur une figure oubliée aujourd’hui.

Débarquée de son Far West natal, Loïe Fuller parvint à secouer le monde de la danse dans le Paris de la Belle Epoque. En échafaudant sur son corps un harnachement fait de longues baguettes en bois et de grands voiles, elle réussit à se créer une silhouette mi-ange mi-papillon, éclairé par des spots multicolores… Fuller connaîtra sa période de gloire, mais elle sera éclipsée par une jeune danseuse qui a la grâce : Isadora Duncan.

La réalisatrice Stéphanie Di Giusto semble tellement fascinée par ce personnage qu’elle en oublie de nourrir son scénario : certes, son film évoque bien la rivalité entre Fuller et Duncan, mais il retrace trop hâtivement le contexte artistique de l’époque, et la dimension avant-gardiste de cette danseuse américaine. Face à Soko, Lily-Rose Depp (fille de qui vous savez) tire fameusement son épingle du jeu dans le rôle d’Isadora Duncan.

Genius

New York, fin des années 1920. Max Perkins est éditeur dans une prestigieuse maison new-yorkaise, où il a révélé et accompagné Francis Scott Fitzgerald et Ernest Hemingway. Un jour, il reçoit sur son bureau un très épais manuscrit signé par un inconnu, Thomas Wolfe. Dans le train de banlieue qui le ramène chez lui, auprès de sa femme et de ses nombreuses filles, Perkins commence à lire le pavé… Et ne le lâchera plus. Convaincu qu’il tient là un nouvel auteur d’envergure, l’éditeur annonce à Wolfe la bonne nouvelle : "Nous allons éditer votre roman". Mais ce n’est là que le début d’une longue et houleuse aventure : Max doit suggérer d’innombrables coupes à Thomas pour rendre son œuvre lisible pour le plus grand nombre… Ce premier roman, "Look Homeward, Angel" sera un vrai succès critique.

"Genius" aborde, par le biais d’une histoire vraie, un thème rarement porté à l’écran : la collaboration étroite entre un auteur et un éditeur pour faire naître un livre. La connivence intellectuelle entre Perkins et Wolfe fut intense et fructueuse, alors que tout les opposait : Perkins menait une existence rigoureuse et bien rangée, alors que Wolfe se complaisait dans les excès en tous genres… Colin Firth et Jude Law viennent apporter corps et âmes à leurs personnages, et leur relation en dents de scie est filmée par un réalisateur lui aussi britannique, Michael Grandage, qui essaie de rendre justice à ces deux personnages si dissemblables.