Les critiques d'Hugues Dayez : Le client, Prix du scénario à Cannes

Le client
Le client - © DR

Deux jeunes mariés, Emad et Rana doivent déménager d’urgence ; leur logis est devenu insalubre. Ils s’installent dans un appartement sans savoir que l’ancienne locataire était une prostituée. Un jour, alors qu’Emad est parti faire des courses, Rana est dans la salle de bains et ouvre par mégarde à un homme qui était un client de l’ancienne locataire… Choquée, la femme fait une mauvaise chute. Lorsque le mari rentre, il est choqué lui aussi et ne va plus poursuivre qu’un but : se venger de ce mauvais client qui a, selon lui, déshonoré sa femme.

Après "Une séparation" et "Le passé", le grand cinéaste iranien Asghar Farhadi poursuit sa radioscopie du couple. Il parvient à générer un vrai suspense psychologique en explorant, une nouvelle fois, les tabous imposés par la société iranienne : il y a évidemment beaucoup de non-dits dans "Le client", puisque la prostitution est une réalité dont on ne discute pas. Mais si l’écriture de Farhadi reste d’une grande efficacité, elle ne nous surprend plus : là où "Une séparation" avait constitué une découverte majeure pour le public occidental, "Le client" laisse entrevoir les mécanismes du scénariste Farhadi. Autrement dit, son cinéma a perdu son caractère de nouveauté. Mais il reste hautement fréquentable.

Maman a tort

Anouk, 14 ans, doit dans le cadre de son école, effectuer un stage d’observation en entreprise d’une semaine. Elle finit par aboutir dans la boîte où travaille sa mère, une grande compagnie d’assurances. Après avoir traîné son ennui dans différents services, Anouk est témoin d’une scène inattendue : une jeune mère de famille désemparée fait un esclandre car, depuis des mois, elle réclame un rendez-vous pour obtenir réparation d’un dommage. Bouleversée par cette injustice, Anouk va mener son enquête et découvrir que la société où travaille sa maman en bon petit soldat n’est pas aussi irréprochable qu’elle veut le laisser paraître…

Marc Fitoussi est un bon scénariste ; il développe un vrai sujet, compose des personnages consistants, cisèle ses dialogues, et dirige un magnifique duo : Jeanne Jestin, une vraie révélation, et Emilie Dequenne. Par contre, comme réalisateur, il manque d’imagination et se contente de filmer avec application ses dialogues… Dommage que "Maman a tort" souffre de ce déficit de style, car voilà un film français qui, enfin, sort du lot.

Le petit locataire

A 49 ans, une mère de famille se retrouve inopinément enceinte. C’est une catastrophe, car son mari est chômeur, sa grande fille s’incruste à la maison et sa vieille maman commence à perdre la boule…

Héritage bâtard des premières comédies d’Etienne Chatilliez, "Le petit locataire" exploite le filon des "comédies familiales dysfonctionnelles". Pourquoi pas ? Mais la réalisatrice Nadège Loiseau n’a pas les moyens de sa politique : son scénario tombe très vite dans la caricature, et les comédiens s’agitent dans tous les sens, en pure perte. Karin Viard, en roue libre depuis plusieurs années, verse dans l’autoparodie. Snif !