Les critiques d'Hugues Dayez : Guillaume Canet est "Rock'n Roll"

Guillaume Canet
Guillaume Canet - © GEOFFROY VAN DER HASSELT - AFP

Dans sa carrière, il a déjà connu le paradis et l’enfer. Le paradis avec les triomphes de "Ne le dis à personne" et "Les petits mouchoirs" ; l’enfer avec le flop critique et public de son film américain "Blood ties"… Aujourd’hui, Guillaume Canet revient avec une comédie, "Rock’n Roll" dans laquelle il joue… Guillaume Canet.

A 43 ans, Guillaume Canet a accepté de jouer le rôle d’un jeune pasteur, père d’une adolescente. Entre deux scènes, il accepte l’interview d’une journaliste qui lui fait comprendre, par le ton de ses questions, qu’il est dépassé par la jeune génération – Gaspard Ulliel, Pierre Niney -, bref, qu’il est devenu ringard. Déprimé, Guillaume veut casser son image de gendre idéal" et va tout faire pour devenir "rock’n roll" ! Hélas, sa crise de la quarantaine n’est guère comprise par sa compagne Marion Cotillard, en train de travailler avec application son accent québecois en vue d’un prochain rôle…

L’origine du scénario est authentique : en pleine déprime après l’échec de "Blood ties", Canet a vécu une interview proche de celle qu’il a reconstituée dans son film. Interview qui a soulevé plein de questions : quelle image un acteur renvoie-t-il au public ? Cette image lui correspond-elle ? Comment vivre aujourd’hui une vie privée sereine quand la presse "people" a tous les droits ? Et comment continuer sa carrière face à la tyrannie du jeunisme ? Toutes ces questions, il a choisi de les aborder par le biais d’une comédie, d’une "autofiction". Et dans "Rock’n roll", autofiction rime avec autodérision. Canet se met délibérément dans des situations ridicules, hénaurmes, avec la complicité de vraies célébrités qui jouent leur propre rôle : Cotillard, surprenante, Gilles Lellouche, Yvan Attal, et un très savoureux Johnny Hallyday (c’est de loin sa meilleure prestation au cinéma). Seul point faible : emporté par son sujet, fourmillant d’idées, Guillaume Canet livre une dernière partie étonnante mais beaucoup trop longue… Résultat : le film fait deux heures, et on rêve de le voir raccourci de vingt minutes pour être pleinement efficace. Néanmoins, il tranche très nettement avec la plupart des comédies françaises affligeantes d’aujourd’hui.

Lion

On connaît l’adage : la réalité dépasse parfois la fiction. "Lion" s’inspire d’une incroyable histoire vraie. Saroo, petit Indien de cinq ans, vit dans un petit village avec sa mère et son grand frère. La famille vit d’expédient, et un soir, Saroo accompagne son frère dans un petit boulot. En attendant ce dernier, le petit garçon se réfugie sur la banquette d’un train à l’arrêt. Il s’endort et, à son réveil, découvre que le train a roulé des centaines de kilomètres… Le voilà qui débarque à Calcutta ! Après plusieurs semaines dans la jungle de la métropole, Saroo est recueilli dans un orphelinat qui lui trouve une famille d’adoption en Australie. Vingt ans plus tard, le petit Indien est devenu un jeune anglophone épanoui mais, lors d’un repas entre amis, un plat indien réveille sa mémoire olfactive et des flashs de son enfance lui reviennent à l’esprit. Qu’est devenue sa famille d’origine ? Comment la retrouver ? Dans quelle direction chercher ? Saroo va devenir obsédé par cette quête a priori irréalisable…

Le réalisateur Garth Davis trouve le ton juste pour raconter cette quête. Les deux parties de son film sont forcément très différentes, mais l’interaction entre le passé et le présent est très bien articulée, Dev Patel ("Slumdog Millionaire", "Indian Palace") est aussi convaincant qu’attachant… "Lion" est un drame prenant ; difficile de ne pas avoir les yeux baignés de larmes à la fin…

Split

Il y a longtemps, très longtemps, M. Night Shyamalan remportait un énorme succès critique et public avec "Le 6ème sens". Très vite, le cinéaste américain d’origine indienne a attrapé la grosse tête, livrant des thrillers fantastiques de plus en plus grotesques… Aujourd’hui, il tente de revenir à l’avant-plan avec "Split", un thriller teinté de psychanalyse. Soit l’histoire de trois adolescentes enlevées et séquestrées par Kevin, un psychopathe qui présente la particularité d’avoir enfoui en lui vingt-trois personnalités différentes…

La figure du psychopathe schizophrène est devenue un grand classique – souvenons-nous de "Psychose" d’Hitchcock- et Shyamalan, malgré ses effets de manche, ne la renouvelle guère dans "Split". Thriller qui plairait au BIFFF, ce petit film de genre tient surtout grâce à la prestation de James McAvoy dans un rôle protéiforme.

Dernières nouvelles du cosmos

La documentariste Julie Bertuccelli dresse le portrait d’Hélène, une autiste de trente ans qui vit avec sa mère. Hélène ne parle pas, n’a jamais pu suivre une scolarité ; elle ne sait pas écrire. Par contre, à l’aide d’une "boîte à lettres" - une boîte avec toutes les lettres de l’alphabet reproduites sur des petits carrés comme au Scrabble, Hélène compose des mots et des phrases étonnantes. Ainsi, quand Bertuccelli l’interroge : "Est-ce que la présence de ma caméra te dérange ?", Hélène répond : "L’œil goguenard de la caméra me sourit, mon amour du fantastique adore" (Sic).

Les textes d’Hélène, qui se surnomme elle-même "Babouillec" ont été publiés dans un recueil. Ces textes, un homme de théâtre a eu envie d’en faire un spectacle. L’élaboration de ce spectacle fournit un fil conducteur pour la cinéaste, mais il se révèle agaçant : la récupération par des théâtreux du monde intérieur de la jeune autiste finit par prendre autant d’importance que le portrait de la jeune femme… Reste malgré tout une personnalité fascinante à découvrir, qui suscite bien des questions sur le mystère opaque de l’autisme.