Les critiques d'Hugues Dayez : "Faute d'amour", un bouleversant film russe

Faute d'amour, l'affiche
Faute d'amour, l'affiche - © DR

En quatre films à peine, Andreï Zvyagintsev s’est imposé comme un des plus grands cinéastes contemporains. Son cinquième long-métrage, "Faute d’amour", a remporté le Prix du Jury au dernier Festival de Cannes et sort ce mercredi en salles.

 

"Faute d’amour" commence comme un banal fait-divers. Boris et Genia sont en train de divorcer et cherchent à vendre au plus vite leur appartement, seul vestige de leur vie en commun. L’un comme l’autre sont en train de refaire leur vie, avec un nouveau partenaire. Boris et Genia ont le regard si fort tourné vers l’avenir qu’ils négligent leur petit garçon de douze ans, Aliocha, témoin impuissant de leurs disputes récurrentes. Or, un matin, Aliocha disparaît…

Malgré son thème, "Faute d’amour" n’est pas un thriller. Car ce qui intéresse Zvyagintsev, bien plus que de détailler l’enquête sur la disparition, c’est observer le comportement des parents, bientôt rattrapés par leur mauvaise conscience : ne fallait-il pas s’intéresser de près à Aliocha avant qu’il ne disparaisse ? L’immense talent du cinéaste réside d’abord dans la maîtrise de sa mise en scène. Il filme ses protagonistes avec un regard qui évite à la fois trop de détachement ou, à l’inverse, trop de pathos. Certaines scènes du film – dont une avec le petit garçon involontairement pris au piège dans une altercation violente de ses parents – sont d’une telle force qu’elles en deviennent inoubliables. En toile de fond de ce drame familial, Zvyagintsev stigmatise l’égoïsme du capitalisme en Russie aujourd’hui, les dérives inévitables de la politique du "chacun pour soi".

Avec des films comme "Le retour" ou "Léviathan", on savait qu’Andreï Zvyagintsev faisait partie des cinéastes importants du XXIème Siècle. Avec "Faute d’amour", il en offre une nouvelle démonstration. Imparable.

Le château de verre

Jeannette Walls fait partie de la jet-set new-yorkaise ; chroniqueuse mondaine, elle prépare son mariage avec un yuppie de Wall Street. Mais quand on interroge la jeune femme sur sa famille, elle élude rapidement le sujet et noie le poisson. Parce que Jeannette a honte de son père, Rex, alcoolique qui squatte un immeuble abandonné des bas-quartiers de Big Apple… On replonge alors dans l’enfance de Jeannette et de ses sœurs, ballotées aux quatre coins de l’Amérique profonde par ce père marginal, qui rejette le système et qui veut inculquer d’autres valeurs à ses enfants. Rex est à la fois attachant et insupportable : il est original mais excessif, rêveur mais inconséquent… Parvenue à l’âge adulte, Jeannette veut s’échapper de ce cocon familial et, par réaction, épouse tout ce que son père déteste.

Inspiré des souvenirs authentiques de Jeannette Walls, "Le château de verre" explore une intéressante relation père-fille. Même si la réalisation de Destin Daniel Cretton est assez sage, les allers-retours entre le passé et le présent de Jeannette sont bien orchestrés, et les interprétations de Brie Larson ("Room") et de Woody Harrelson ("True Detective") sont très convaincantes. Et comme de coutume dans le cinéma anglo-saxon, le casting des enfants est sans faille.

Un beau soleil intérieur

Isabelle, artiste-peintre réputée dans le cénacle des galeries parisiennes, est en plein désarroi sentimental et cherche désespérément l’amour. Elle multiplie les rencontres hasardeuses : avec un banquier cynique (Xavier Beauvois), un acteur de théâtre dépressif (Nicolas Duvauchelle), etc…

Claire Denis filme Juliette Binoche dans tous ses états. Le film accumule tous les défauts les plus horripilants d’un certain cinéma d’auteur français : des dialogues ampoulés signés Christine Angot, un scénario qui vagabonde tellement qu’il verse dans le fossé, et une star en roue libre… Au secours !!!

L’un dans l’autre

Pierre et Pénélope trompent leurs conjoints respectifs pour se retrouver en cachette… Après avoir fait l’amour, ils sont victimes d’un sortilège : Pierre se retrouve dans le corps de Pénélope, et vice-versa. Plusieurs films (dont "Rendez-moi ma peau" de Patrick Schulmann) ont déjà utilisé cet argument, mais le réalisateur Bruno Chiche renouvelle un peu l’intrigue en faisant du duo deux amants qui sont obligés, une fois permutés dans le corps de l’autre, de donner le change dans leurs familles légitimes. Stéphane De Groodt et Louise Bourgoin réussissent à ne pas cabotiner dans des rôles forcément assez risqués… Bref, sans être mémorable, "L’un dans l’autre" parvient à éviter quelques pièges pour devenir une comédie fréquentable.

Le Petit Spirou

Trente ans après sa création, la bande dessinée "Le Petit Spirou" de Tome et Janry devient un long-métrage avec des acteurs en chair et en os. Comment adapter une série de gags avec une esthétique "gros nez" et des personnages "hénaurmes" ? On pouvait craindre un désastre du type "Boule et Bill 1 et 2", mais le réalisateur Nicolas Bary a tenté d’éviter pas mal de pièges. Au lieu de se contenter d’enchaîner des gags "tarte à la crème et crotte de nez", il a opté pour une approche plus poétique. Le pitch ? Le Petit Spirou ne veut pas obéir à la tradition familiale et devenir groom, il veut rester avec ses copains et sa petite amie Suzette. Mais comment le faire comprendre à sa maman et à son pépé ?

L’inconvénient de cette approche, c’est que Bary signe un film plus charmant que drôle. L’accent comique du film n’est pas apporté par les enfants, mais par les seconds rôles. Heureusement, François Damiens en Mr Mégot, le professeur de gymnastique, et Philippe Katerine en abbé Langelusse semblent s’amuser et leur plaisir est communicatif. Bref, "Le Petit Spirou" évite la catastrophe tant redoutée…

Kingsman, le cercle d’or

Il y a trois ans, le film parodique d’espionnage "Kingsman", mélange d’humour british et de scènes d’action chorégraphiées, était une merveilleuse surprise, un véritable enchantement. On attendait donc avec plaisir ce deuxième volet, sachant que c’était le même réalisateur, Matthew Vaughn, qu’on retrouvait aux commandes…

La déception n’en est que plus grande : Vaughn entraîne cette fois ses agents secrets aux USA combattre un magnat de la drogue incarné par Julianne Moore… Mais rien ne fonctionne dans ce scénario inutilement alambiqué : ni les apparitions grotesques d’Elton John, ni le retour en piste tiré par les cheveux de Colin Firth… Trop long, confus, souffrant de chutes de rythme, ce "Kingsman n°2" est un ratage majuscule. What a pity !