Les critiques d’Hugues Dayez en VOD : "Swallow", l’envoûtante chronique d’une déviance

Les cinémas sont fermés, mais les distributeurs s’organisent. Après avoir mis sur différentes plateformes de vidéo à la demande certains films de février et de mars qui ont vu leur carrière en salles brutalement interrompue, ils proposent aujourd’hui des titres inédits. Sélection.

Swallow

Hunter (Haley Bennett, vue dans "La fille du train") est jeune, blonde, timide et docile. Elle est mariée à Richie Conrad, fils-à-papa qui s’apprête à reprendre la direction de l’entreprise familiale. Hunter est totalement sous la coupe de sa richissime belle-famille, et lorsqu’elle tombe enceinte, elle devient l’objet de toutes les attentions car elle porte en son sein l’héritier des Conrad. Seule dans sa somptueuse villa, pendant que son mari travaille, Hunter s’invente un passe-temps bizarre : elle avale des objets. D’abord, une petite bille en verre. Puis une punaise… Et ensuite des objets de plus en plus tranchants et dangereux. Mais si cette lubie cachait un traumatisme plus ancien ?

"Swallow", film américain indépendant de Carlo Mirabella-Davis, a remporté le Prix Spécial du 45e Festival de Deauville. Avec un sens très vif de l’image et une économie de dialogues, le réalisateur, à travers le portrait de Hunter, montre le malaise d’une jeune femme prisonnière de son mariage, écrasée par l’amabilité onctueuse de ses beaux-parents. Malgré sa déviance, le spectateur éprouve une véritable empathie pour elle, et a envie de l’accompagner dans son parcours – sans doute grâce à l’excellente prestation d’Haley Bennett, qui compose une Hunter à la fois lisse et mystérieuse, douce et complexe. Mirabella-Davis a réussi, en un film bref de 85 minutes à peine, à créer un personnage féminin dont le souvenir nous accompagne longtemps, bien après le générique de fin… C’est toujours très bon signe.

Disponible sur UniversCiné, VOO, Proximus Prickx, Lumière Ciné chez vous

The Beast

L’action se déroule de nos jours, à Séoul. Le corps d’une étudiante de 17 ans est retrouvé, amputé de ses membres, dans une décharge. Le commissaire met en concurrence deux de ses équipes, dirigées chacune par des inspecteurs au tempérament opposé : Han-Su est un flic impulsif, peu à cheval sur la légalité et l’éthique de son métier, tandis que Min-Tae est méthodique, prudent et réglo. Lorsque Han-Su arrête un suspect en un temps record, Min-Tae a des réserves sur sa culpabilité… Les deux flics rivaux vont multiplier les manœuvres " en solo " pour à la fois tenter de résoudre l’enquête et se mettre mutuellement des bâtons dans les roues.

Ce polar de Jeong-Ho Lee est rythmé, nerveux, efficace, mais souffre pourtant d’un petit air de "déjà-vu". Pas étonnant : le générique de fin mentionne "d’après le film 36 Quai des Orfèvres". Ce polar, sans doute le film le plus réussi d’Olivier Marchal, mettait en scène deux flics rivaux incarnés par Daniel Auteuil et Gérard Depardieu… Comment ce film français de 2004 a-t-il fini par inspirer un remake par un réalisateur coréen ? Lui seul connaît la réponse.

Disponible sur UniversCiné, VOO, Proximus Prickx, Lumière Ciné chez vous

Un vrai bonhomme

Tom, adolescent timide et introverti, est emmené par son frère aîné Léo, dix-huit ans, à une soirée. Mais le tandem est victime d’un accident de voiture, et seul Tom en réchappe. On le retrouve deux ans plus tard ; il s’apprête à rentrer dans un nouveau lycée. Toujours aussi mal dans sa peau, Tom peut compter sur le fantôme de Léo, qui l’accompagne dans tous les moments difficiles. Mais si ce grand frère peut lui servir de bon génie, il lui conseille parfois des attitudes "cool" qui ne correspondent pas à sa vraie personnalité… Comment Tom va-t-il arriver à s’émanciper de cet encombrant fantôme ?

Pour son premier long-métrage, Benjamin Parent s’empare d’une thématique – l’adolescence et ses traumatismes – plus souvent explorée (voire exploitée) par le cinéma américain que par le cinéma français. Mais son film parvient à trouver un équilibre entre drame intimiste et comédie fantastique. Et surtout, il réussit à ne négliger aucun de ses personnages. Ainsi, face à Tom et Léo (très bien joués par Thomas Guy et Benjamin Voisin), les parents sont très bien dessinés : Isabelle Carré campe une mère qui, pour surmonter son deuil, regarde le futur et est enceinte d’un nouvel enfant, tandis que Laurent Lucas incarne un père presque mutique, en manque de Léo, ce champion de basket qu’il admirait tant. En montrant un deuil vécu différemment par les trois membres survivants de la famille, Benjamin Parent enrichit le propos de son film, et déjoue pas mal de clichés. Une très jolie surprise.

Disponible sur Proximus Pickx, Voo et Univers Ciné

The Occupant (Chez moi)

Javier, ancien publicitaire en vogue, a son avenir professionnel derrière lui. Jugé désormais ringard, il n’arrive pas à rebondir et à trouver un nouveau job. Privé de ses revenus, il doit se résoudre à abandonner son magnifique appartement dans un immeuble chic de Barcelone, et doit déménager avec sa femme et son fils dans un petit flat lugubre d’un quartier populaire. Mais Javier a réussi à conserver en cachette une clé de son ancien logement et lorsque les nouveaux occupants s’absentent, il en profite pour s’y glisser et se renseigner sur leurs profils. De fil en aiguille, il va s’arranger pour faire la connaissance de Tomas, ce jeune homme qui occupe avec sa femme et sa fille l’appartement tant regretté…

Le cinéma espagnol actuel produit, à intervalle régulier, des films fantastiques originaux et des polars de haut vol. Dernier en date, ce "The Occupant", signé par deux frères, David et Alex Pastor, qui distille un malaise insidieusement grandissant. Tout en prenant garde de rester plausible et réaliste, le film raconte l’escalade de son personnage principal, Javier, avec un sens aigu du suspense. Résultat, on ne s’ennuie pas une minute. C’est une des bonnes nouveautés de ce printemps sur Netflix.