Les critiques d'Hugues Dayez en vidéo - mercredi 28 octobre

"Le fils de Saul", la Shoah comme on ne l’a jamais filmée

C’est le Grand Prix du dernier Festival de Cannes, ç’aurait pu (dû) être la Palme d’Or : "Le fils de Saul", premier long-métrage du réalisateur Laszlo Nemes, affronte de face l’horreur d’Auschwitz avec une puissance d’évocation rarement atteinte.

Octobre 1944, Auschwitz-Birkenau. Saul Ausländer fait partie du Sonderkommando, groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et enrôlé par les Nazis pour les assister dans leur plan d’extermination. Saul, qui travaille dans un des crématoriums, croit un jour reconnaître, dans l’amoncellement des cadavres, la dépouille de son fils. Il n’a alors plus qu’un seul but : lui offrir une sépulture décente…

Comment montrer l’inmontrable ? Comment filmer l’usine de mort que fut Auschwitz ? Le réalisateur Laszlo Nemes s’est posé ces questions essentielles, et y apporte des réponses d’une rare intelligence. En choisissant de s’attacher au parcours d’un homme, Saul, qui ne regarde plus autour de lui, qui exécute ses gestes quotidiens comme un automate pour tenter de survivre dans cet enfer, Nemes réduit délibérément le champ de vision du spectateur. A l’avant-plan, il suit les faits et gestes de Saul ; à l’arrière-plan, il imagine à travers des images fugitives l’horreur des rafles, des exécutions sommaires, des maltraitances infligées aux prisonniers du camp. Nemes a choisi un format d’image presque carré, intime, très loin du spectaculaire Cinémascope. Et il a travaillé les sons de son film avec une minutie extrême, suggérant l’horreur plutôt que la montrant. Résultat : "Le fils de Saul" ressemble à une plongée en apnée dans ce camp de concentration ; le film voulant fonctionner au présent, à la manière d’un reportage, évitant les mises en scènes sentimentales, les "reconstitutions" soignées et académiques. Au final, "Le fils de Saul" est sans doute un des films de fiction les plus bouleversants sur la Shoah. Et un grand film tout court.

 

The Lobster

Couronné par le Prix du jury à Cannes, cette comédie surréaliste du réalisateur grec Yorgos Lanthimos, démarre sur des prémisses originales. L’action se déroule dans un futur proche, dans un pays indéfini. Toute personne célibataire est arrêtée et emmenée dans un hôtel de campagne. Là, elle est sommée de trouver l’âme sœur endéans les 45 jours, faute de quoi, elle sera transformée en animal de son choix. David (Colin Farrell) a choisi d’être transformé en homard (lobster) mais préférerait quand même échapper à cette métamorphose, et cherche à s’échapper de l’hôtel…

Parabole sur la tyrannie des conventions sociales, "The Lobster" démarre fort, avec des séquences empreintes d’un humour à froid très séduisantes. Mais au fil du récit, Lanthimos ne semble plus trop savoir comment se dépêtrer dans l’univers bizarre qu’il a mis en place, et s’enlise dans un récit de plus en plus ésotérique et ennuyeux. Rien de plus domm age qu’un film qui ne tient pas ses promesses.

Lolo

Violette (Julie Delpy), quadra parisienne snob évoluant dans le monde de la mode, tombe amoureuse de Jean-René (Dany Boon), informaticien de province, lors d’un séjour thalasso à Biarritz. Ce pourrait être le bonheur, s’il n’y avait pas Lolo (Vincent Lacoste), le fils de Violette, grand garçon qui s’incruste chez sa maman et qui n’a aucune envie de devoir vivre avec cet éventuel beau-père… Commence alors un infernal ménage à trois au domicile de Violette.

Sous l’apparence d’une comédie française familiale inoffensive, Julie Delpy retrouve avec "Lolo" l’esprit corrosif des premières – et des meilleures – comédies d’Etienne Chatilliez (on pense évidemment à "Tanguy"). Les dialogues sont parfois très crus mais ils sont vifs, et son casting est bien senti : Dany Boon, jouant la carte de la sobriété, a rarement été aussi convaincant. Malgré quelques petites faiblesses de réalisation, on rit souvent, car Delpy tape juste, évoquant les excès des enfants-rois et la culpabilité des parents divorcés… "Lolo" est un cran très au-dessus des comédies françaises récentes.