Les critiques d'Hugues Dayez en vidéo - mercredi 17 juin

" Valley of love ", les retrouvailles Huppert/Depardieu.

Ils n’avaient plus tourné ensemble depuis " Loulou " de Maurice Pialat. Le réalisateur Guillaume Nicloux (" La Religieuse ") les réunit dans " Valley of Love ", qui était un des cinq films français en compétition à Cannes.

Gérard et Isabelle se sont aimés il y a longtemps ; de cet amour est né un garçon, Michael. Ils ne s’étaient plus vus depuis des années ; ils se retrouvent pour un pèlerinage dans la " Vallée de la Mort ", parce qu’ils ont chacun reçu une lettre de leur fils, qui s’est suicidé six mois auparavant et qui leur a fixé rendez-vous dans cet endroit célèbre de Californie. Partagés entre l’incrédulité et le vœu d’honorer la mémoire de leur enfant, Gérard et Isabelle respectent les lieux et les heures de " rencontre " déterminés par les lettres de Michael…

" Valley of love " est né d’un double désir de Guillaume Nicloux. Le premier est né après avoir visité lui-même la Death Valley, un lieu où les étendues désertiques et la chaleur accablante l’ont entraîné dans un voyage quasi métaphysique. Le deuxième, c’est son envie de filmer des personnes plus que des personnages. Voir des acteurs jouer la comédie, de son propre aveu, ne l’intéresse pas prioritairement, Nicloux cherche la vérité des êtres. C’est sans doute pour cela que, dans " Valley of love ", il brouille les cartes : Huppert et Depardieu gardent leur prénoms respectifs, et exercent le métier d’acteur…

A l’écran, à ce " jeu de la vérité ", Depardieu écrase Huppert. Parce que l’actrice se protège depuis des années derrière ses rôles, livrant généralement très peu d’elle-même. Gros Gégé, c’est tout l’inverse : hénaurme, excessif, généreux, vulgaire, sincère, il est " bigger than life ". Le voir le ventre à l’air, en caleçon, dans les motels californiens, n’est pas un spectacle esthétique ou réjouissant. Mais c’est un spectacle vrai : Depardieu ne triche pas, ni avec son physique ni avec ses fêlures… Et c’est lui qui apporte les quelques moments d’émotion du film. Par contre, les mystérieuses envolées surnaturelles voulues par Nicloux ne sont, elles, guère convaincantes. Drôle de film bancal, écartelé entre deux genres, entre des " scènes de la vie conjugale " et un film fantastique…

The Age of Adaline

 

Adaline Bowman, jeune femme de bonne famille, se marie en 1908. Mère d’une petite fille, elle est victime d’un terrible accident de voiture dans les années 30, qui provoque chez elle un phénomène étrange : son corps ne vieillit plus… Condamnée à une étonnante jeunesse éternelle, Adaline devient un paria dans l’Amérique bien-pensante, doit changer de ville et d’identité régulièrement pour éviter d’éveiller les soupçons du voisinage. Après la mort de son mari, elle doit aussi se résoudre à vivre seule, car comment aimer un homme sans pouvoir vieillir à ses côtés ?

L’argument fantastique du film rappelle un peu le " Benjamin Button " de David Fincher, tiré d’une nouvelle de Scott Fitzgerald. Si son début laisse craindre une bluette, il gagne en profondeur dans sa deuxième partie, lorsqu’Adaline croise la route d’un homme vieillissant qu’elle a aimé il y a très longtemps (un rôle qui offre un excellent contre-emploi à Harrison Ford, tandis qu’Adaline est incarnée par Blake Lively, révélée par la série " Gossip Girl "). Bien sûr, il faut admettre le postulat " magique " de départ, sinon tout s’écroule… Un film à réserver donc aux fans des drames romantiques, et pas aux esprits cartésiens.

Kidnapping Mr Heineken

 

En 1983, Freddy Heineken, l’empereur de la bière est enlevé avec son chauffeur à Amsterdam par une bande de jeunes malfrats. Le cinéaste suédois Daniel Alfredson (réalisateur des épisodes 2 et 3 de " Millenium ") retrace les préparatifs de ce kidnapping resté comme un des plus mémorables des années 80 : l’inexpérience des ravisseurs, l’esprit rusé d’Heineken, la partie de bras-de-fer psychologique qui s’engage entre les deux parties… Dans la peau du milliardaire néerlandais, Anthony Hopkins trouve un bon rôle et fait oublier sa pitoyable prestation dans " Hitchcock ". Parmi les malfrats, on retrouve avec plaisir l’excellent Jim Sturgess (" One day "). Ce retentissant fait-divers est relaté avec efficacité, mais sans un point de vue original qui permettrait à ce thriller " based upon a true story " de sortir du lot.

Je suis mort mais j’ai des amis

 

Avant de partir en tournée, un groupe de rock perd son chanteur dans un accident stupide. Passé le premier choc, les trois membres survivants du groupe décident, l’urne des cendres de leur ami dans leurs bagages, de partir malgré tout en tournée… Mais leur chemin vers Los Angeles est truffé de surprises.

Français installés en Belgique, les frères Stéphane et Guillaume Malandrin avaient déjà tourné avec Bouli Lanners leur premier long-métrage, " Où est la main de l’homme sans tête ". Ils retrouvent Bouli et lui adjoignent cette fois le Flamand Wim Willaert (" Quand la mer monte "). " Je suis mort… " a toutes les caractéristiques du "film sympa fait entre copains " : on boit des bières, on s’amuse beaucoup, et on essaie de transmettre toute cette bonne humeur à l’écran. Le problème, c’est que le scénario de cette pantalonnade a de quoi nourrir un court-métrage d’une demi-heure, maximum ! Résultat : " Je suis mort… " s’étire nonchalamment ; ses personnages s’enlisent au Canada, à l’image du film. Et Bouli, malgré tout son talent, ne peut pas boucher les trous du scénario…