Les critiques d'Hugues Dayez : Beauté cachée ou le deuil vu par Hollywood

Collateral Beauty - Beauté cachée
Collateral Beauty - Beauté cachée - © DR

Howard (Will Smith), directeur charismatique d’une agence publicitaire, n’est plus que l’ombre de lui-même : il a perdu sa fille de six ans, emportée par une maladie, et traîne, hagard et mutique, dans l’agence qu’il a fondée. Comme la boîte est au bord de la faillite, ses proches collaborateurs (Edward Norton et Kate Winslet) engagent une détective pour suivre Howard. Celle-ci découvre que leur boss écrit des lettres à l’Amour, à la Mort, au Temps… Pour essayer d’entrer en contact avec lui et de le secouer, ses associés contactent alors trois comédiens d’un théâtre (Keira Knightley, Helen Mirren, Jacob Latimore) pour incarner l’Amour, la Mort et le Temps afin d’interpeller en personne Howard…

Curieux scénario pour ce "Beauté cachée", qui n’entre dans aucune des cases des "standards" hollywoodien : ce n’est ni une drame, ni une comédie, ni un film à suspense, ni un conte de Noël… Mais c’est un peu tout cela à la fois. Le réalisateur David Frankel ("Le diable s’habille en Prada") a bénéficié du soutien massif du studio Warner pour engager une kyrielle de stars pour entourer Will Smith, afin de rendre ce film inclassable plus "sex appeal" pour le grand public. Résultat : grâce à ce casting de haut vol, on ne s’ennuie pas une minute face aux dialogues inattendus entre Howard et la Mort, etc. Mais on aurait aimé que ce mélo, qui ose aborder le thème le plus casse-gueule qui soit, la mort d’un enfant, soit un peu moins roublard sur la fin… Néanmoins, malgré ses faiblesses, "Beauté volée" distille un certain charme.

Baccalauréat

Le cinéaste roumain Cristian Mungiu, lauréat de la Palme d’Or en 2007 avec son drame "4 mois, 3 semaines, 2 jours" était de retour à Cannes en mai dernier avec ce film qui a obtenu le Prix de la Mise en scène.

Dans une petite ville de province, un brave médecin, Romeo, s’est énormément investi pour que sa fille Eliza puisse aller étudier dans une grande université anglaise. Il ne reste plus pour elle qu’une formalité, passer son bac. Mais quelques jours avant l’épreuve, Eliza est agressée dans la rue et en sort traumatisée… Tous les plans de Romeo semblent être réduits à néant ! A moins que ce père dévoué n’aille tenter de soudoyer les organisateurs du bac, qu’il connaît bien… Mais cela signifie aller à l’encontre de son intégrité et de tous les principes qu’il a inculqués à sa fille.

Mungiu a un vrai don pour ausculter au scalpel les drames de la société contemporaine dans son pays : un avortement clandestin dans "4 mois…", l’aveuglement religieux dans "Au-delà des collines "... Dans " Baccalauréat ", il s’attaque au thème de la corruption, des "petits arrangements avec le régime". Le film démarre avec une vraie force dramatique mais, une fois les enjeux posés, Mungiu semble éprouver quelques difficultés à maintenir la tension qu’il a savamment installée, et le film cherche sa fin. Résultat, le film déçoit un peu en regard à ses films précédents.

Tous en scène (Sing)

Dans une ville entièrement peuplée d’animaux (une influence de "Zootopie" de Disney ?), le koala Buster est à la tête d’un music-hall au bord de la faillite. Pour sauver son théâtre, il a l’idée d’organiser un grand concours de chant. Suite à une bévue de sa secrétaire, l’affiche annonce une prime de 100.000 dollars au gagnant, ce qui a pour effet de créer une véritable émeute, les candidats affluent…

Le scénario de "Tous en scène" ne brille pas par son originalité, et se révèle très prévisible. Mais la saveur de ce film d’animation des Studios Illumination (créateur des Minions) est ailleurs : elle réside dans les numéros chantés, dans la reprise de tubes par un bestiaire inattendu. Voir par exemple un gorille chanter "I’m still  standing" d’Elton John procure un plaisir certain… Voilà donc un film entraînant qui pourra distraire toute la famille.