Les critiques d'Hugues Dayez avec "Werk ohne Autor", candidat à l'Oscar du meilleur film étranger

L'affiche de "Werk öhne Autor"
L'affiche de "Werk öhne Autor" - © DR

En 2007, le jeune cinéaste allemand Florian Henckel von Donnersmarck remportait l’Oscar du meilleur film étranger avec son formidable "La vie des autres". Après un énorme échec hollywoodien ("The tourist" avec Johnny Depp et Angelina Jolie en 2010), le voilà de retour avec "Werk ohne Autor", à nouveau en lice pour un Oscar.

Werk ohne Autor

A la veille de la Seconde Guerre Mondiale, dans un village allemand, Kurt grandit sous l’œil bienveillant de sa jeune tante qui l’ouvre au monde de l’art et de la poésie. Mais lorsque le conflit éclate, le petit garçon voit la jeune femme embarquée par les soldats nazis… Il ne la reverra plus jamais. Après la guerre, Kurt embrasse une carrière d’artiste-peintre dans l’Allemagne de l’Est. Il tombe amoureux d’Ellie (Paula Beer, vue dans "Frantz" de François Ozon). Ce qu’il ignore, c’est que le père d’Ellie est un ancien médecin nazi qui est responsable de la mort de sa tante…

A travers ce drame familial, où victime et bourreau vont vivre sous le même toit, Florian Henckel dresse une fresque où vont se mêler la petite et la grande Histoire. Car lorsque Kurt décide de passer à l’Ouest, l’"art officiel " qu’il pratiquait de l’autre côté du mur est vilipendé et déconsidéré ; il découvre le choc des nouveaux courants de l’art contemporain. Avec la trajectoire chahutée de cet artiste (librement inspiré de celle du peintre Gerhard Richter), le réalisateur de "La vie des autres" s’intéresse une nouvelle fois au destin des Allemands qui ont dû affronter les fantômes du nazisme et la fracture du mur de Berlin. Si son film utilise parfois quelques ficelles scénaristiques, il a l’immense mérite de tenir le spectateur en haleine pendant trois heures. A une époque où tant de films ne tiennent pas la distance, la performance mérite d’être soulignée.

Une intime conviction

A la fin des années 2000, l’affaire Viguier a défrayé la chronique en France. Il y a la disparition d’une femme de 38 ans, Suzanne Viguier, il y a les soupçons qui se portent sur son mari Jacques, professeur à l’université de Toulouse, il y a un premier procès, où Jacques Viguier est acquitté. Ensuite, il y a un procès en appel, et l’homme se retrouve à nouveau sur le banc des accusés, cerné par les insinuations d’Olivier Durandet, l’amant de sa femme…

L’action d’"Une intime conviction" commence quelques semaines avant ce procès en appel. Nora (Marina Foïs), jurée au premier procès, convaincue de l’innocence de Viguier, persuade un ténor du barreau, Eric Dupond-Moretti, de devenir l’avocat de la défense de ce mari si impopulaire dans l’opinion publique. Un nouveau facteur, non utilisé lors du premier procès, entre en jeu : des heures d’écoutes téléphoniques, entre autres des conversations de Durandet.

Ce premier film signé Antoine Raimbault est une excellente surprise. Car le jeune réalisateur ne se contente pas ici de concocter un numéro inédit de "Faire entrer l’accusé", il réussit un vrai suspense de cinéma, nerveux, enlevé, avec un solide point de vue. Ce qui l’intéresse prioritairement, c’est de montrer le travail de l’avocat pour tenter, en urgence, de se constituer le dossier le plus solide possible. En incarnant Dupond-Moretti, Olivier Gourmet trouve un rôle qui lui va comme un gant – et qui tombe à pic après plusieurs films décevants.

La seule objection qu’on pourra faire à Raimbault, c’est d’avoir pris des libertés avec la vérité historique en inventant le personnage de Nora pour des raisons dramaturgiques (ce protagoniste fictif permettant d’amener efficacement l’élément des écoutes téléphoniques). Mais ce genre de liberté ajoute une efficacité narrative, on ne va donc pas s’en plaindre.

Seule à mon mariage

Pamela, mère rom d’une fillette de deux ans, rêve de quitter son petit village en Roumanie pour un avenir meilleur. Elle s’inscrit à une agence matrimoniale, décroche un rendez-vous par Skype avec Bruno, un célibataire bruxellois… Avec ses maigres économies, Pamela s’envole pour la Belgique, en confiant sa fille à sa grand-mère restée au village. Mais comment commencer une nouvelle vie à Bruxelles sans connaître deux mots de français avec un homme de bonne volonté, certes, mais qui reste un parfait étranger ?

Marta Bergman, issue du documentaire, a trouvé en Alina Serban une interprète idéale pour Pamela ; son visage seul exprime tous les espoirs et tous les doutes de son personnage. Mais la réalisatrice semble tellement subjuguée par son actrice principale qu’elle en oublie de nourrir son scénario et de donner de la consistance aux personnages secondaires. L’acteur flamand Tom Vermeir (vu dans "Belgica"), malgré ses efforts, ne parvient pas à convaincre dans le rôle de Bruno, tant son personnage reste flou et mal défini. "Seule à mon mariage" reste accroché aux rives du réalisme, et souffre de déficit fictionnel, en manquant de souffle romanesque. Résultat, les deux heures du film semblent hélas fort longues.