Les critiques d'Hugues Dayez avec "Vice", et Christian Bale, acteur-caméléon

L'affiche de "Vice"
L'affiche de "Vice" - © DR

Dick Cheney. Pour nous, observateurs européens, ce nom évoque un gars couleur muraille, un technocrate du Parti Républicain. Le film "Vice" d’Adam McKay révèle, au contraire, un habile tacticien qui a, à sa manière, révolutionné la politique américaine

Vice

Le point d’orgue de la carrière de Cheney, c’est son poste de vice-président des Etats-Unis aux côtés de George W Bush. Estimant la fonction beaucoup trop décorative à son goût, Dick parvient à convaincre George de s’occuper de dossiers importants : la sécurité nationale, l’armée… Le président lui laisse les coudées franches. Avec la complicité de Donald Rumsfeld, Dick Cheney va favoriser la guerre en Irak, organiser Guantanamo ; autrement dit, tirer toutes les ficelles du pouvoir et faire de "W" sa marionnette.

Le film "Vice" d’Adam McKay est un feu d’artifice d’intelligence. Il y a d’abord le casting, exceptionnel : Christian Bale ne se contente pas d’une métamorphose physique impressionnante, il a visiblement étudié toutes les facettes de son personnage pour recréer Cheney à l’écran. A ses côtés, Amy Adams (Lynne Cheney), Steve Carell (Rumsfeld), Sam Rockwell (Bush) s’en donnent à coeur joie. Il y a ensuite le montage du film, d’une inventivité sans cesse réjouissante : Mc Kay ne livre pas un biopic classique et conventionnel, il bouscule la chronologie et multiplie les trouvailles pour surprendre le spectateur à tout bout de champ – et le faire rire. Car même si tout est véridique dans "Vice", c’est une satire féroce et caustique sur la manière dont des politiciens sans scrupules ont confisqué le débat démocratique. Brillant.

Mary Queen of Scots

Dans l’Histoire de la Grande-Bretagne, la figure de Mary Stuart reste mythique : au XVIème Siècle, cette jeune fille, mariée au roi de France et veuve à dix-huit ans, qui revient s’emparer du trône d’Ecosse et, ce faisant, s’impose comme rivale de la reine Elizabeth d’Angleterre. La rivalité entre les deux cousines, sur fond de conflit entre catholiques et protestants, a des allures de drame shakespearien. Le cinéma s’en empare régulièrement, et cette nouvelle version, signée par une femme de théâtre, Josie Rourke, allie classicisme narratif et esthétique flamboyante.

Mais ce qu’on retiendra en priorité de cette fresque, c’est l’étendue du talent de Saoirse Ronan : cette jeune actrice de vingt-quatre ans, à la filmographie déjà impressionnante ("Brooklyn", "Lady Bird", "On a Chesil beach"), se montre une fois de plus impeccable dans le rôle de Mary Stuart ; alors que le rôle était menacé de solennité, elle restitue toute la passion juvénile de son personnage.

Jusqu'ici tout va bien

Fred (Gilles Lellouche), patron parisien d’une agence de communication bien installée sur la place de Paris, a trompé le fisc en prétendant avoir installé un siège en banlieue, histoire de toucher des subsides. Les agents du fisc le mettent au pied du mur : s’il veut éviter de devoir payer une amende astronomique, Fred va devoir réellement émigrer en banlieue. Avec tous ses collaborateurs, il déménage ses bureaux de l’autre côté du périphérique, à la Courneuve. Dans cette cité inhospitalière, il va compter sur Samy (Malik Bentalha), un habitant du quartier, pour en assimiler les codes…

Provoquer le choc de deux mondes est un vieux ressort de la comédie. Le réalisateur Mohamed Hamidi s’amuse ici à secouer tous les vieux préjugés, et renvoie les deux communautés dos à dos : il ridiculise autant les parisiens snobs qui visitent la banlieue comme s’ils allaient au zoo de Vincennes que les banlieusards magouilleurs qui entendent bien leur imposer leur loi. Bien sûr, "Jusqu’ici tout va bien" n’est pas du grand cinéma, mais après les nauséabonds "Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu" et "All inclusive", "Jusqu’ici tout va bien" est nettement plus fréquentable (quoique très prévisible).

Instant family

A quarante ans passés, Pete (Mark Walhberg) et Ellie (Rose Byrne), las d’être exclusivement focalisés sur leur travail, décident d’adopter pour fonder une famille. Après moult hésitations, ils jettent leur dévolu sur une adolescente latino très délurée. Mais sur les conseils des assistantes sociales en charge du dossier d’adoption, le couple décide d’adopter dans la foulée le petit frère et la sœur cadette de l’adolescente, histoire de ne pas "séparer la fratrie". Mais entre leur rêve d’une famille idéale et la réalité qu’ils expérimentent au jour le jour, le gouffre est grand…

Librement inspiré d’une histoire vraie, "Instant family" est une comédie familiale qui ne fait pas toujours dans la dentelle, mais qui possède une efficacité narrative indéniable. On ne s’ennuie jamais à suivre les péripéties de Pete et Ellie qui s’improvisent parents du jour au lendemain, et le réalisateur Sean Anders a pris soin d’enrichir son film de personnages secondaires assez savoureux.