Les critiques d'Hugues Dayez avec "Us" de Jordan Peele, le nouveau maître de l'horreur

L'affiche de "Us" de Jordan Peele
L'affiche de "Us" de Jordan Peele - © DR

Il y a deux ans, le réalisateur Jordan Peele réussissait un coup de maître avec son premier long-métrage, "Get out", énorme succès critique et public couronné par l’Oscar du meilleur scénario original. Le cinéaste afro-américain est de retour aujourd’hui avec "Us".

Us

Le prologue du film est intrigant. Dans les années 70, une fillette s’éloigne un moment de ses parents dans un parc d’attraction sur la plage de Vera Cruz, pénètre dans un mystérieux palais des glaces et se retrouve face à son parfait sosie... Lorsque ses parents la récupèrent, elle se réfugie dans le mutisme et refuse de raconter ce qu’elle a vécu.

On retrouve ensuite la fillette trente ans plus tard ; devenue mère de famille. Adélaïde Wilson (Lupita Nyong’o, vue dans "Twelve years a slave") part en vacances avec son mari et ses deux enfants rejoindre leur seconde résidence, un vieux chalet au bord d’un lac. La première journée se déroule sans anicroche, mais le soir, les Wilson sont très surpris de découvrir, à l’entrée de leur maison, un quatuor d’individus qui leur ressemblent comme deux gouttes d’eau...

De son propre aveu, en abordant ce deuxième long-métrage, Peele avait envie d’apporter sa contribution au Panthéon des films qui ont exploré le thème du "Doppelganger" (le double d’une personne vivante, dans la mythologie germanique).  Sa mise en scène conserve les qualités louées dans "Get out" : un sens du tempo, un mélange de suspense et d’humour, un don pour créer le mystère et l’étrangeté. Par contre, en ce qui concerne le scénario, le cinéaste ne parvient pas à recréer un effet de surprise aussi fabuleux que dans son premier film à succès. C’était à peu près inévitable : comment rééditer ce genre de coup de génie ? Peele franchit donc le cap du deuxième film sans démériter, même si "Us" déçoit un peu.

Arctic

Le "film de survie" est un genre cinématographique en soi. Le début d’"Arctic" pose d’emblée, sans dialogue ni voix off, l’enjeu: un homme, seul dans un désert de glace, gratte énergiquement la neige sur le sol pour terminer de dessiner un gigantesque "S.O.S". Plus loin, on découvre la carcasse de son petit avion de tourisme, qui lui sert de refuge...

On n’en saura jamais plus sur l’identité et le passé de cet homme, incarné par Mads Mikkeksen. Ce qui intéresse Joe Penna, réalisateur brésilien qui signe ici son premier long-métrage, c’est de réussir un film sensoriel, viscéral. Faire éprouver au spectateur le froid, l’isolement, la fatigue, les espoirs déçus de son personnage, guette par le découragement. Le scénario d’ "Arctic" comporte quelques surprenants rebondissements, qu’il serait mesquin de révéler ici. D’autres scènes sont plus convenues, mais l’ensemble reste efficace. Avec un minimum de dialogues, Mikkelsen parvient à faire exister son personnage - une question de charisme, sans doute...

Dernier amour

Au XVIIIème siècle, l’aventurier Giacomo Casanova, chassé de Venise, se réfugie en Angleterre. Le séducteur invétéré tombe sous le charme d’une courtisane, la Charpillon. Mais la jeune fille résiste malicieusement aux avances de Casanova, qui ne va pas tarder à être obsédée par elle...

Après deux remakes inutiles (celui du "Journal d’une femme de chambre" de Luis Bunuel et d’"Eva" de Joseph Losey), Benoit Jacquot s’inspire d’un segment des "mémoires de Casanova" pour ce nouveau film. "Dernier amour" souffre de deux handicaps majeurs. Primo, le casting. Vincent Lindon, qui s’est principalement illustré dans des drames réalistes ces dernières années (l’excellent "Welcome" de Philippe Loiret, "La loi du marché" et "En guerre" de Stéphane Brizé) ne convainc guère en Casanova, apparaissant comme gêné par son costume et sa perruque. Quant à Stacy Martin, elle semble prendre la relève de Sylvia Kristel, et choisir des rôles invariablement dénudés (cfr "Nymphomaniac" de Lars von Trier et "Le redoutable", le biopic de Godard par Hazanavicius).  Or, jusqu’à nouvel ordre, montrer son joli popotin n’est pas une irréfutable preuve de talent d’actrice. Second handicap : Jacquot, cinéaste froid et cérébral, n’insuffle aucune passion dans le récit de cet amour tardif. "Dernier amour" n’émeut jamais, par contre il ennuie souvent.

Yao

Dans un petit village au fin fond du Sénégal, Yao, treize ans, rêve de rencontrer son idole, l’acteur français d’origine sénégalaise Seydou Tall. Lorsqu’il apprend que celui-ci vient faire la promo de son livre de souvenirs à Dakar, Yao fait une fugue et réussit un périple de près de 400 kilomètres pour se rendre dans la capitale sénégalaise. Sur place, Seydou est ému par le petit garçon et décide de l’aider à regagner son village… Sur sa route, la star française va découvrir les réalités de son lointain pays d’origine.

"Yao" n’est pas un road movie, c’est une autoroute narrative dont le spectateur devine hélas la moindre des étapes. Dans ce "parcours initiatique", ce "retour aux vraies valeurs", Omar Sy fait la démonstration d’une évidence : il n’a pas le coffre d’un acteur dramatique. Aucune intériorité, aucune intensité dans son jeu. Le projet de "Yao" lui tenait à cœur, mais malgré toutes ses bonnes intentions, l’acteur si cher dans le cœur des Français ne suscite aucune émotion véritable. Dans le registre de la "comédie sympa", Omar Sy peut encore faire illusion… Mais ça s’arrête là, hélas.

High Life

Dans l’espace, loin du système solaire, un cosmonaute (Robert Pattinson) survit dans un vaisseau, avec pour seule compagnie un bébé… Grâce à un long flashback, on découvre qu’il a fait partie d’un contingent de criminels sélectionnés pour accomplir une longue mission spatiale, à la place d’une peine de prison. Au sein de l’équipe, règne une doctoresse (Juliette Binoche), obsédée par la question de la fertilité et de la survie de la race humaine.

Avec "High life", la cinéaste française Claire Denis s’aventure dans un film de science-fiction en anglais. On se doute que cette auteure, régulièrement portée aux nues par une frange de la critique parisienne branchée, s’intéresse plus à la SF métaphysique façon "2001 Odyssée de l’Espace" qu’à la saga intergalactique du style "Star Trek". Mais Claire Denis n’est pas Stanley Kubrick, loin s’en faut, et même si son film comporte quelques idées, elle se complaît dans un rythme inutilement lent pour rendre toutes ses images bien "signifiantes". Quant à Robert Pattinson, il essaie une nouvelle fois de casser son image de beau gosse de "Twilight"… Hélas pour lui, ce n’est pas ce "High Life" soporifique qui va pouvoir le ramener dans le peloton de tête des jeunes acteurs qui comptent.