Les critiques d’Hugues Dayez avec "Un triomphe", Kad Merad tout en sobriété

Depuis l’immense succès de "Bienvenue chez les Ch’tis", Kad Merad est devenu une valeur "bankable" de la comédie à la française. Mais de temps en temps, ce stakhanoviste des écrans se permet une incursion dans des productions plus "sérieuses" : la série politique "Baron Noir" ou aujourd’hui "Un triomphe".

Un triomphe

Dans ce film inspiré – une nouvelle fois – d’une histoire vraie, Kad Merad incarne Etienne, un comédien qui galère, car son mauvais caractère et la radicalité de ses choix ont fini par l’isoler de pas mal de ses confrères. Comme gagne-pain, Etienne accepte d’animer un atelier de théâtre en prison. Avec son goût pour l’exigence, il se met en tête de monter avec sa petite troupe de détenus rien de moins qu’"En attendant Godot", le chef-d’œuvre de Samuel Beckett. Malgré la réticence de la directrice de la prison (Marina Hands) et de son ami directeur de théâtre (Laurent Stocker), il se lance dans l’aventure…

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A priori, ce genre de scénario semble cousu de fil blanc, avec un parcours semé d’embûches mais "tellement enrichissant" au final. Mais dans "Un triomphe", tout ne se passe pas totalement comme prévu, et c’est dans la seconde partie de son intrigue que le film ménage quelques jolies surprises. Le réalisateur Emmanuel Courcol (scénariste fidèle de Philippe Lioret, et du très beau " Welcome ") s’est inspiré d’une histoire vraie, d’origine scandinave, pour écrire " Un triomphe ", et la réalité, c’est bien connu, dépasse parfois la fiction. Et Kad Merad trouve là un de ses meilleurs rôles.

Des hommes

Dans une petite bourgade française, la salle municipale accueille toute une famille pour fêter un anniversaire. Mais un invité surprise vient jouer les trouble-fêtes, et les vieilles rancœurs familiales remontent à la surface – des rancœurs nées d’un traumatisme mal cicatrisé : en pleine jeunesse, ces hommes de la famille ont dû vivre de près la guerre d’Algérie.

"Des hommes" est le nouveau long-métrage de Lucas Belvaux. Le réalisateur d’origine namuroise, installé à Paris depuis des années, pratique un cinéma souvent très épuré, voire ascétique, pour scruter à la loupe les faiblesses de l’âme humaine : la lâcheté ordinaire dans "38 témoins", la tentation de l’extrême-droite dans "Chez nous"… Cette fois, il s’empare d’un roman de Laurent Mauvignier pour s’interroger sur la notion d’engagement et ses limites.

Belvaux a-t-il été intimidé par ce roman ? Par le casting qu’il a pu réunir (Gérard Depardieu, Jean-Pierre Darroussin, Catherine Frot) ? Toujours est-il qu’il sombre dans une solennité assez indigeste : les dialogues empesés, lourdement "signifiants" déshumanisent ses personnages. Souvent, le cinéma de Belvaux fait salutairement réfléchir ; cette fois hélas, il nous plonge dans le même ennui que provoquerait une élocution d’un premier de classe sur les stigmates de la guerre d’Algérie dans la société française.