Les critiques d'Hugues Dayez avec un chef d'oeuvre, La La Land

Quatorze nominations aux Oscars ! "La La Land" rejoint ainsi le record atteint par "Titanic" en 1997 et par "All about Eve" en 1950. Et à 32 ans à peine, le jeune cinéaste Damien Chazelle devient d’ores et déjà le nouveau roi de Hollywood, après avoir déjà remporté 7 Golden Globes pour sa comédie musicale.

"La La Land" raconte a priori une histoire toute simple : la rencontre à Los Angeles entre Mia (Emma Stone), qui rêve d’être actrice, et Sebastian (Ryan Gosling), qui rêve d’ouvrir son club de jazz. Mais en attendant de réaliser leurs rêves, ils se heurtent à la cruelle réalité : Mia, serveuse au snack des Studios Warner, court les castings sans succès, et Sebastian enchaîne les cachets comme pianiste de bar… Mia et Sebastian vont tomber amoureux, et tenter, tant bien que mal, de s’épauler l’un l’autre dans la poursuite de leur fantasme.

Le film de Chazelle regorge d’idées formidables. La première, c’est d’avoir fait de ses deux personnages des artistes qui sont "mal dans leur époque" : Sebastian voue un culte à Charlie Parker et autres géants disparus du jazz, tandis que Mia a un poster géant d’Ingrid Bergman au-dessus de son lit. Et c’est parce que ces jeunes gens sont nourris par la nostalgie que leurs rêves prennent la forme de numéros musicaux comme tout droit sortis de l’âge d’or de Hollywood.

Le recours à la forme de la comédie musicale n’est donc pas un caprice gratuit de Damien Chazelle : par ces numéros, il instaure un dialogue entre rêve et réalité, il confronte un Los Angeles féerique du passé à un Los Angeles vulgaire du présent, où les bars à nachos ont remplacé les clubs de jazz… Et pourtant, sa nostalgie n’est pas amère, elle génère au contraire une poésie mélancolique tout au long du film.

Si "La La Land" est une totale réussite, c’est parce que ce cinéaste surdoué réussit une harmonie parfaite entre le fond et la forme. Esthétiquement, le film jouit d’une mise en scène virtuose – la scène d’ouverture, réalisée en un seul plan-séquence, est à couper le souffle – et d’une partition inventive de Justin Hurwitz, digne héritier de George Gershwin et de Cole Porter. Et sur le fond, le film pose des questions viscéralement existentielles – en gros, " ça signifie quoi, réussir sa vie ? " -  générant une émotion qui accompagne le spectateur longtemps, très longtemps après le mot "fin". Magnifique et bouleversant, "La La Land" est un chef-d’œuvre, et Damien Chazelle prouve, après le très réussi "Whiplash", la richesse de son univers.

Manchester by the sea

Lee (Casey Affleck), concierge taciturne dans un immeuble, voit sa morne existence troublée par un coup de fil : son frère, malade du cœur, est décédé inopinément dans la ville où ils ont grandi. Lee revient alors dans ce patelin où une surprise l’attend ; lors de la lecture du testament, le notaire apprend à Lee que son frère, divorcé depuis longtemps, l’a choisi comme tuteur pour son fils. Cette décision contrarie fortement le quadragénaire qui, même s’il a de l’affection pour son neveu, n’a aucune envie de revenir dans cette ville qu’il a fui pour effacer les drames du passé…

Le cinéaste et scénariste Kenneth Lonergan trouve le ton juste pour raconter ce difficile retour au pays natal ; son écriture est subtile, il dresse le portrait impressionniste de cet homme qui tente de survivre au jour le jour après avoir traversé une tragédie. Casey Affleck, le frère cadet de Ben, est magnifique d’émotion contenue ; déjà lauréat du Golden Globe de meilleur acteur dans un drame, il est nommé aux Oscars… Face à Ryan Gosling ! Décidément, 2017 est une année riche pour les Oscars.

Angle mort

À Anvers, Jan Verbeeck, commissaire de la Brigade des Stup, est connu pour ses méthodes choc sa philosophie de "tolérance zéro". Très populaire, l’homme s’apprête à rejoindre un parti flamand d’extrême-droite, pour la plus grande joie de ses dirigeants qui voient déjà son potentiel électoral. Mais le soir de son dernier jour comme commissaire, Verbeeck se laisse entraîner dans une dernière opération commando pour démanteler un trafic de drogue à Charleroi. Hélas pour lui, l’opération est un échec, et il doit au plus vite effacer les traces de cette bavure s’il ne veut pas compromettre sa carrière politique…

Le parcours de Johan Demol, commissaire de Schaerbeek passé en politique dans les années 2000 ; les excès du "Vlaams Belang" : on voit bien où Nabil Ben Yadir est allé chercher son inspiration. Après sa comédie à succès "Les Barons", après le drame "La marche" sur les prémices de "SOS Racisme", le réalisateur bruxellois s’essaie au polar avec un casting de talents flamands. Si sa mise en scène ne manque pas de punch, si le film démarre bien, son scénario ne tarde hélas pas à accumuler les invraisemblances qui grèvent son souci de réalisme. Dommage, car "Angle mort" était un essai sincère pour réussir un bon film de genre made in Belgium.

Un sac de billes

Inutile remake d’une adaptation du best-seller de Joseph Joffo (Jacques Doillon s’y était déjà frotté dans les années 70), le film raconte le périple authentique de deux enfants juifs pour survivre dans la tourmente de la France sous l’Occupation. Si le thème reste évidemment important aujourd’hui, le traitement lourdingue que lui réserve le réalisateur Christian Duguay ne lui rend guère justice. Et le casting, truffé de comiques en contre-emploi (Kev Adams en résistant, Christian Clavier en médecin compatissant) et de stars surcotées (Patrick Bruel, Elsa Zylberstein) n’arrange rien…