Les critiques d'Hugues Dayez avec « Tremblements » et «Les crevettes pailletées », un drame et une comédie sur l’homophobie

L'affiche de "Tremblements"
L'affiche de "Tremblements" - © DR

Tremblores (Tremblements)

Au Guatemala, de nos jours. L’heure est grave : Pablo, la quarantaine, est confronté à un grand conseil de famille. On apprend alors que ce bourgeois  catholique pratiquant, père de deux enfants, vient de quitter sa femme pour un homme, qui travaille dans un salon de massage en ville. Sa famille va tout faire pour le remettre « dans le droit chemin » …

« Tremblements » est un titre à double sens : il est question du cataclysme provoqué par Pablo dans ce milieu bienpensant, mais aussi des secousses sismiques qui ébranlent régulièrement le pays. Le film de Jayro Bustamante (à qui l’on devait déjà « Ixcanul », destin original d’une jeune Maya cherchant à fuir un mariage arrangé), à travers le portrait d’un homme écartelé entre son désir d’une nouvelle vie et son remords d’abandonner ses enfants, réussit à montrer le poids insidieux de la religion sur le destin de Pablo. Bien plus qu’un drame sentimental au premier degré, « Temblores » est une radiographie au scalpel d’une société pugnacement rétrograde.

Les crevettes pailletées

A l’issue d’une compétition ratée, énervé, Mathias Le Goff, champion de natation, lance à un journaliste de télévision : «  lâche-moi, pédé ! »… Pris en flagrant délit d’homophobie, le sportif est obligé par sa fédération, pour tenter de redorer son image, d’entraîner une équipe homosexuelle de water-polo, avec un objectif précis, une qualification aux « Gay Games » qui se déroulent en Croatie.

Basé sur une véritable expérience au sein de l’équipe des « Shining Shrimps », Cédric Le Gallo a réalisé cette comédie avec Maxime Govare. Les influences du duo sont évidentes : la comédie anglaise « Pride » pour le choc de deux mondes, l’Australienne « Priscilla Queen of the Desert » pour le road-movie exubérant, et « Little Miss Sunshine » pour le parfum provocant du final. La critique française évoque, quant à elle, « Le Grand Bain » - dont le sujet a également inspiré une comédie anglaise, « Swimming with men », restée hélas inédite chez nous.

Avec toutes ces influences, l’intrigue des « Crevettes pailletées » ne suinte pas l’originalité, et se révèle cousue de fil blanc. Si le film garde malgré tout la tête hors de l’eau, c’est parce que la galerie des personnages est assez bien dessinée et se révèle, in fine, attachante. Et parce que, au vu de ses influences, le film lorgne plus vers l’humour désenchanté anglo-saxon que vers la grosse gaudriole franchouillarde.

La miséricorde de la jungle

L’action du film se déroule en 1998 dans la région du Kivu, à la frontière entre le Congo et le Rwanda. Tandis que la guerre civile fait rage au Congo, le sergent rwandais Xavier, accompagné d’une jeune recrue, Faustin, perdent la trace de leur bataillon. Isolés, sans ressources, les deux militaires vont tenter de traverser la jungle pour rejoindre leurs camarades… Dans cette région instable, où différentes milices s’affrontent, le périple s’avère éprouvant et Xavier, en proie à la fièvre, est assailli par ses souvenirs du génocide au Rwanda.

Le réalisateur rwandais Joel Karekezi avait huit ans lors du génocide ; il a vu des familles décimées au bord du lac Kivu, il a lui-même perdu son père, il a fui avec sa sœur au Congo. Ces évènements dramatiques ont nourri chez lui une aversion viscérale pour la violence. Son projet « La miséricorde de la jungle » est inspiré par un périple vécu par un de ses cousins militaires. Même si son scénario fait penser de prime abord à celui d’un film d’aventures, il s’agit ici de tout autre chose. A travers les tribulations du duo, Karekezi s’interroge sur l’absurdité de ces conflits entre ethnies, dont les populations civiles sont les premières et innocentes victimes. L’acteur belge Marc Zinga (« Les rayures du zèbre ») incarne Xavier, cet officier qui ne comprend plus ni son rôle ni sa place dans ce pays devenu chaotique.

Contemplatif, métaphysique, « La miséricorde de la jungle » souffre parfois de problèmes de rythme et de fluidité dans le récit. Mais la généreuse sincérité de son auteur impose le respect : Karekezi ne prend jamais la pose, et sait, hélas, de quoi il parle.

La dernière folie de Claire Darling

Claire Darling, bourgeoise vieillissante, croit sa dernière heure venue. Sur un coup de tête, elle décide de liquider tout ce qu’elle possède et improvise, dans la cour de sa grande demeure campagnarde, un vide-grenier pour vendre aux villageois meubles, bibelots, souvenirs de son passé. Alertée par une ancienne amie qui assiste à cette vente-surprise, la fille de Claire débarque chez sa mère pour tenter de la ramener à la raison. Mais le dialogue est difficile car la fille et la mère sont traumatisées par un drame du passé…

La cinéaste Julie Bertuccelli, à qui l’on doit quelques belles réussites – la fiction « Depuis qu’Otar est parti », le documentaire « La Cour de Babel » - orchestre cette rencontre, qui marque aussi les retrouvailles à l’écran de Catherine Deneuve et de sa fille Chiara  Mastroianni (qui avaient déjà partagé l’affiche de « Ma saison préférée » d’André Téchiné). Le talent des deux actrices n’est pas en cause, mais cette « Dernière folie », où la réalisatrice met en scène un va-et-vient constant entre passé et présent, semble bien fade et bien convenue. C’est bien simple : on se croirait revenu au temps des « dramatiques » télévisées, qui exploraient paresseusement des secrets de famille. A qui ce genre de cinéma français, compassé et sans surprise, s’adresse-t-il encore en 2019 ? Mystère.