Les critiques d'Hugues Dayez avec "The Painted Bird", le film choc de la Mostra 2019

L'affiche de "The Painted Bird"
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L'affiche de "The Painted Bird" - © DR

Régulièrement reporté à cause de la pandémie, "The Painted Bird", présenté en compétition au Lido de Venise il y a un an, arrive enfin sur nos écrans. Le distributeur belge ne voulait pas proposer le film en VOD, le réservant au grand écran. Il a eu raison : ce drame est une expérience émotionnelle et sensorielle qui réclame une vaste salle obscure…

The Painted Bird

A l’origine, "The Painted Pird", (littéralement "L’oiseau peint") est un roman culte du romancier américain d’origine polonaise Jerzy Kosinski. Décédé à New York en 1991, Kosinski est surtout connu pour avoir signé le scénario de "Bienvenue Mr Chance" ("Being there" de Hal Ashby) qui offrit un rôle magnifique à Peter Sellers peu avant sa disparition.

"The Painted Bird" raconte l’odyssée d’un petit garçon juif en Pologne pendant la Seconde guerre mondiale. L’enfant est réfugié dans une ferme avec sa tante, mais quand la vieille femme meurt, il provoque accidentellement l’incendie du logis et se retrouve livré à lui-même. Il va alors faire tout un périple émaillé de rencontres surprenantes… Ce bouquin est réputé inadaptable parce que c’est à la fois un drame de guerre, un conte fantastique, un récit initiatique ; bref, il mélange allègrement les genres.

Aujourd’hui, le cinéaste tchèque Vaclav Marhoul a relevé le défi en réalisant un film incroyablement culotté. "The Painted Bird" est filmé dans un magnifique noir et blanc, dure près de trois heures, est très avare de dialogues mais nous propose des images inoubliables, tantôt poétiques, tantôt cruelles… Une frange des festivaliers à Venise n’a pas supporté le cortège de malheurs, l’escalade dans la violence avec l’odyssée de ce petit garçon.

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Les partisans du film (dont je suis) considèrent au contraire que Marhoul a eu le courage de ne pas édulcorer le roman de Kosinski, et l’esthétique en noir et blanc du film le fait glisser vers la symbolique du conte de fées – or tout conte de fées comporte sa part d’effroi et de cruauté avec ses ogres et ses sorcières… Certaines scènes, visuellement inouïes, s’impriment de façon indélébile dans la mémoire. A voir impérativement sur grand écran, tant le travail du son et de l’image est envoûtant.

 

Antoinette dans les Cévennes

Institutrice dévouée, Antoinette, 45 ans, est tombée amoureuse du père d’une de ses élèves. La fin de l’année arrive, et elle espère bien pouvoir partir une semaine en vacances avec lui. Patatras, celui-ci lui annonce qu’il n’est pas libre, et qu’il part en randonnée avec sa femme et sa fille dans les Cévennes… Sur un coup de tête, Antoinette décide, elle aussi, de réserver un gîte et un ticket pour le "chemin Stevenson" – pèlerinage décrit par le romancier Robert Louis Stevenson, l’auteur de "L’île au trésor" dans son récit autobiographique "Voyage avec un âne dans les Cévennes". Seulement voilà : Antoinette n’a aucune expérience en la matière, et l’âne qu’on lui confie, Patrick, refuse régulièrement d’avancer…

Dans le genre "parcours initiatique avec un animal", Fernandel était passé maître (de "La vache et le prisonnier" à "Heureux qui comme Ulysse"). La réalisatrice Caroline Vignal renouvelle le genre avec la complicité d’une actrice épatante, Laure Calamy, révélée par l’excellente série "10%". C’est la première fois que Calamy joue dans un film qui repose (presque) entièrement sur ses épaules, et elle emporte la mise : tantôt drôle, tantôt émouvante, elle fait d’Antoinette un personnage très attachant, dont on a envie de suivre les mésaventures dans les sentiers escarpés des Cévennes. Jamais vulgaire ni caricatural, cette comédie de Caroline Vignal est attendrissante.

Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait

Dans le paysage du cinéma français actuel, Emmanuel Mouret est un singulier personnage. Ce réalisateur discret – et acteur occasionnel – est encore plus anachronique que ne le fût Eric Rohmer en son temps. Scénariste de ses films, Mouret ne cesse d’explorer la Carte du Tendre (l’expression est devenue désuète, mais son cinéma l’est aussi), les méandres des sentiments, les tourments du cœur, avec des dialogues très ciselés, ne cédant en rien aux modes du moment.

Or donc, dans son nouvel opus, on fait la connaissance de Maxime. Celui-ci est invité par son cousin François en vacances à la campagne. Mais comme François est retenu à Paris par son travail, le jeune homme est accueilli par la compagne de François, Daphné, enceinte de trois mois. Se retrouvant à deux dans cette maison d’été, François et Daphné vont se raconter mutuellement leurs sinueuses histoires d’amour…

De film en film, Mouret revient avec les mêmes questions : le conflit entre désir sexuel et amour véritable, les valeurs de la fidélité et de la sincérité qui peuvent parfois s’entrechoquer… Au casting, on retrouve Niels Schneider ("Les amours imaginaires" de Dolan), Camélia Jordana (révélée par "Le brio" face à Daniel Auteuil) et Vincent Macaigne (plus sobre dans son jeu que de coutume). C’est délicat, c’est parfois charmant, mais c’est aussi terriblement bavard. Si vous êtes allergique aux films français où le réalisateur filme exclusivement des gens qui causent, le cinéma d’Emmanuel Mouret n’est pas fait pour vous…

La séquence d'Entrez sans frapper