Les critiques d'Hugues Dayez avec "The Mule", le retour à l'écran de l'infatigable Clint

The Mule
The Mule - © DR

Dix ans après son premier rôle dans "Gran Torino", Clint Eastwood, à 88 ans, repasse devant la caméra dans son nouveau film, "The Mule", librement inspiré d’une histoire vraie et écrit par le scénariste de "Gran Torino" Nick Schenk.

The Mule

Dans "La mule", Eastwood incarne Earl Stone, un vieil horticulteur au bord de la faillite. Se vantant, lors d’une conversation, d’être un conducteur modèle qui n’a jamais reçu la moindre contravention dans toute sa carrière, Earl est engagé par de mystérieux commanditaires pour transporter dans son pick-up des grosses sacoches vers le Mexique… En réalité, le vétéran est en train de devenir une "mule", un convoyeur de drogue pour un puissant cartel.

Après une trilogie inégale sur les "héros américains d’aujourd’hui" ("American Sniper", "Sully" et le désolant "Le 15 :17 pour Paris" sur les militaires ayant déjoué un attentat dans le Thalys), Clint revient à ce qu’il sait faire : soit un film qui, sous des allures de polar, dresse le portrait d’un homme ordinaire plongé dans une situation extraordinaire, et qui fait le bilan de sa vie. Il y a forcément une dimension émouvante à voir cet acteur mythique vieillir à l’écran, promener à 88 ans sa silhouette émaciée pour un nouveau (et dernier ?) tour de piste. "La mule" n’est sans doute pas un grand titre dans sa filmographie, mais il est plus romanesque et, de ce fait, plus attachant que ses trois films précédents.

The hate U give

Starr, adolescente afro-américaine, vit avec sa famille dans une banlieue "ghetto", où les rackets et le trafic de drogue sont monnaie courante. Ses parents, qui souhaitent lui préparer un bel avenir, l’ont inscrite dans une école huppée de la ville, un établissement fréquenté majoritairement par des Blancs. Starr parvient petit à petit à s’y faire une place. Mais un soir, elle retrouve Khalil, un ami d’enfance afro-américain. A la fin de la soirée, elle partage la voiture de son ami, qui est victime d’un contrôle de police. Le contrôle tourne mal, et Khalil est abattu sans sommation. Le film dépeint alors le dilemme de Starr : elle veut honorer la mémoire de son ami et témoigner contre ce crime raciste, mais elle a peur de devenir paria dans son lycée auprès de la communauté blanche.

"The hate you give" - le titre est emprunté au défunt rappeur Tupak Shakur et le film est basé sur un best-seller d’Angie Thomas – a plusieurs mérites. Celui d’aborder un problème récurrent aux Etats- Unis, les "bavures policières" envers la communauté noire, par le regard d’une adolescente. Et celui d’éviter le manichéisme, en prenant soin de dépeindre toute une galerie de personnages, qui fonctionnent chacun selon une logique différente. Certains d’entre eux sont un peu artificiels – comme le petit ami blanc de Starr -, d’autres nettement plus intéressants. Bien sûr, on reste dans les limites d’une production de studio hollywoodien, c’est du cinéma plus consensuel qu’un film américain indépendant sur le même sujet, mais "The hate you give" reste une chronique bien racontée sur le racisme ordinaire aujourd’hui aux USA.

L’ordre des médecins

Simon est pneumologue dans un grand hôpital parisien. Confronté quotidiennement à la mort, il cadenasse depuis des années ses émotions et pratique son métier avec un grand professionnalisme mais sans affect. Il limite le dialogue avec ses patients au strict minimum. Mais un jour, sa propre mère (Marthe Keller, magnifique) est admise dans un autre service de son hôpital ; elle est atteinte d’un cancer en phase critique. Confronté à la maladie de sa maman, Simon voit toutes ses certitudes s’effondrer : obsédé par l’objectif de guérison, le jeune homme va devoir apprendre à mieux accompagner les patients…

Le réalisateur David Roux, qui a grandi dans une famille de médecins, dresse un portrait sensible d’un médecin à la croisée des chemins. Avoir choisi Jérémie Renier pour l’incarner est une bonne idée de casting : Simon n’est ni chaleureux ni empathique, il est, de prime abord, froid et réservé. Et Renier est plus à l’aise dans des rôles comme ceux-là que dans des personnages extravertis. En choisissant de se concentrer sur le cheminement spirituel de ce jeune docteur, Roux ne se perd pas en cours de route, son film atteint son ambition.

Doubles vies

Au cœur de cette comédie très parisienne du très parisien Olivier Assayas, il y a la relation tumultueuse entre un écrivain nombriliste – Vincent Macaigne, qui verse déjà dans l’autoparodie – et son éditeur infidèle – Guillaume Canet, qui essaie d’aller vers un cinéma d’auteur qui lui était étranger -. Assayas plante une caméra paresseuse pour filmer des bobos qui pérorent à perte de vue sur leurs peines de cœurs et le futur du monde de l’édition… En passant, il plagie un film de Woody Allen - "Deconstructing Harry (Harry dans tous ses états)". La grande différence, c’est qu’Assayas n’a ni l’humour ni le talent de l’auteur de "Annie Hall". En revanche, il a un bon carnet d’adresses, et arrive toujours à trouver des alliés dans la presse et dans les festivals pour promouvoir ses pénibles films…

Border (Grens)

C’est l’OVNI de la semaine : un film suédois tourné par un Iranien, Ali Abbasi, et qui a remporté le prix de la sélection "Un certain regard" au dernier festival de Cannes. Soit l’histoire de Tina, douanière au physique ingrat mais dotée d’un flair hors du commun pour repérer les voyageurs coupables d’un trafic quelconque. Mais lorsqu’elle rencontre Vore, un passager aussi étrange qu’elle, Tina perd tous ses repères…

Drame réaliste, conte fantastique, allégorie sur la différence ? "Border" est tout ça à la fois. Mais au lieu d’être dommageable pour la cohérence du film, ce mélange de genres lui confère une originalité véritable. "Border" ne ressemble à rien d’autre, et c’est tant mieux.