Les critiques d’Hugues Dayez avec "The good liar", le duel au sommet Helen Mirren/Ian Mc Kellen

Elle – Helen Mirren - a remporté l’Oscar de la meilleure actrice grâce à son incarnation de la Reine Elizabeth dans "The Queen" de Stephen Frears. Lui – Ian McKellen - a acquis une célébrité mondiale avec le rôle du magicien  Gandalf dans "Le Seigneur des Anneaux" de Peter Jackson. Ils avaient déjà joué ensemble sur les planches, mais jamais à l’écran. Ils sont réunis dans "The good liar" de Bill Condon.

The Good Liar

Roy (McKellen) est un vieil escroc professionnel. Sa nouvelle proie ? Betty (Mirren), riche veuve esseulée qui vit dans un pavillon de banlieue. Une proie qu’il attire via un site de rencontre, qui entraîne un premier tête-à-tête au restaurant. Avec son complice Vincent (Jim Carter, l’inoubliable majordome Carson de "Downton Abbey"), Roy pense que dépouiller sa nouvelle victime sera un jeu d’enfant. Mais la partie sera semée de quelques obstacles inattendus…

"The good liar" est ce qu’il est convenu d’appeler un "film à twist". A l’heure où quatre films sur cinq se contentent de mettre en images des scénarios ultra-prévisibles, celui-ci, signé Jeffrey Hatcher d’après un roman de Nicholas Searle, a le mérite de receler quelques jolies surprises, qui tiennent en haleine le spectateur de bout en bout. Ces surprises ne sont pas gratuites ; elles permettent un changement progressif de tonalité du film, qui démarre comme une désinvolte comédie policière, et qui se mue en un récit plus pervers et plus sombre.

Pour réussir ce changement de ton, Bill Condon (à qui l’on devait un magnifique " Mr Holmes " avec, déjà, Ian McKellen) a pu s’appuyer sur deux véritables Stradivarius de l’art dramatique. Dans ce vertigineux jeu de faux-semblants, Helen Mirren et Ian McKellen sont étourdissants. Grâce à la subtilité de leur jeu, ce "Good Liar" est un vrai plaisir de cinéphile.

La Reine des Neiges 2

Il y a six ans, à la surprise générale, le film d’animation "La Reine des Neiges", inspiré d’un conte d’Andersen, devenait un des plus gros succès commerciaux de toute l’histoire des Studios Disney. Un tel carton appelait évidemment une suite, qui s’est pourtant un peu fait attendre. Le tandem des réalisateurs du numéro 1, Chris Buck et Jennifer Lee, est toujours à la barre pour ce n°2, où l’on retrouve les deux sœurs du royaume d’Arundel, Elsa et Anna. Une nuit, Elsa entend une voix qui, tel le chant des sirènes pour Ulysse, va l’attirer à se lancer dans un périple pour découvrir l’origine de son pouvoir de changer tout ce qu’elle touche en glace… Bien sûr, sa sœur Anna, son fiancé et le bonhomme de neige Olaf vont l’accompagner dans sa quête.

Structuré comme une comédie musicale – chaque personnage a, tour à tour, sa chanson en solo pour rythmer le récit -, "La Reine des Neiges 2" lorgne plus vers l’heroïc fantasy et l’épopée à la "Games of Thrones" que vers le conte de fée girly, qui était la caractéristique du numéro 1. Le climat est donc nettement moins mièvre, même si le film contient encore son lot de séquence kitsch. Sur le plan technique, certaines séquences sont, en termes d’animation, réellement spectaculaires. Bien sûr, on reste dans un univers au premier degré ( rien à voir avec l’humour ironique de "Le Monde de Ralph 2.0"), mais le résultat est efficace.

Les Misérables

C’est l’été, la canicule est là, et la France exulte : elle est championne du monde de foot. Le film de Ladj Ly s’ouvre avec ces images d’allégresse, où français de souche et immigrés font la fête sur les Champs-Elysées main dans la main. Mais très vite, "Les Misérables" nous entraîne dans une autre réalité, moins idyllique, celle des banlieues en Seine-St-Denis. A Montfermeil, un policier venu de Cherbourg, Stéphane, intègre la brigade anti-criminalité et découvre les méthodes peu orthodoxes de ses deux collègues pour se faire respecter. C’est alors qu’une peccadille commise par un des enfants du quartier va alors avoir des conséquences insoupçonnables…

Le réalisateur Ladj Ly sait de quoi il parle ; il a grandi à Montefermeil, il y a filmé une bavure policière il y a plusieurs années, qui a été à l’origine de son court-métrage "Les Misérables", couronné d’un César. Il a longuement mûri le passage du court au long, et cela se sent. Son film est bien construit ; il prend le temps de plonger le spectateur dans l’univers complexe et cosmopolite de cette banlieue parisienne, de présenter les différents protagonistes pour opérer ensuite une formidable montée en puissance. Il écarte pas mal de clichés véhiculés si souvent dans les films de banlieue, et écarte tout manichéisme : dans ce drame réaliste, chacun, qu’il soit flic, dealer ou chef de bande, a ses raisons d’agir comme il agit…

Le film, récompensé du Prix du Jury, a secoué la Croisette. Vu son succès au Festival, il sort aujourd’hui sur 500 copies en France (un chiffre d’habitude réservé aux grosses comédies familiales) ; il va dès lors être intéressant de voir quel sera son impact sur le monde socio-politique de l’Hexagone.

Les Eblouis

Camille, adolescente, aînée d’une famille nombreuse, vit à Angoulême et suit avec passion les cours d’une école du cirque. Sa mère, mal dans sa peau, décide de renouer avec sa foi chrétienne et se laisse embrigader dans une communauté charismatique. Très vite, son père est gagné par le même engouement. Bientôt, Camille et ses petits frères ne reconnaissent plus leurs parents, qui obéissent au doigt et à l’œil au prêtre leader de la communauté ; et voilà Camille entraînée dans un mode de vie qui bouleverse complètement ses envies et son cheminement d’adolescente.

Visiblement inspirée par des souvenirs personnels, la réalisatrice Sarah Suco (qui dédie son film à ses frères et sœurs) signe un portrait-charge de certaines communautés catholiques dont les méthodes flirtent dangereusement avec celles des sectes. Si elle peut s’appuyer sur un excellent casting (Camille Cottin, Eric Caravaca, Jean-Pierre Darroussin et la jeune Céleste Brunnquell, très juste), elle filme un scénario hélas maladroitement construit. Ainsi, le basculement des parents dans la communauté est raconté en une succession d’ellipses qui le rendent très précipité et assez inexplicable. Après un quart d’heure, la partie semble jouée, et Sarah Suco multiplie alors artificiellement les rebondissements pour maintenir la tension dramatique de son récit. Un thème aussi grave que celui abordé par "Les éblouis" méritait sans doute une écriture plus subtile et moins chaotique.

Joyeuse retraite !

L’heure de la retraite a sonné pour Philippe (Thierry Lhermitte) et Marilou (Michèle Laroque), couple de bourgeois de province. Ils ont un projet : vendre leur maison et construire une villa au Portugal – projet qu’ils préparent en catimini, à l’insu de leurs enfants et petits-enfants… Mais cette cachotterie va leur valoir quelques déboires.

Après le calamiteux "Tanguy 2" d’Etienne Chatiliez, "Joyeuse retraite" explore la même veine : des vieux bourgeois essayent par tous les moyens de ne pas devoir s’occuper de leurs enfants et leurs petits-enfants. Le résultat à l’écran est pitoyable, et parfois même dégueulasse (la séquence où Philippe et Marilou font mine de travailler au Restos du Cœur est ignoble). Les dialogues sont poussifs, la mise en scène inexistante, et l’interprétation est lamentable : Michèle Laroque multiplie les sourires crispés, Thierry Lhermitte semble comme égaré dans l’aventure, et tout le reste est à l’avenant… "Joyeuse retraite" ? Si seulement cela pouvait être vrai ! Si le spectateur pouvait être définitivement débarrassé de ces "comédies françaises" mal fagotées qui polluent les écrans...

La séquence JT