Les critiques d'Hugues Dayez avec The Founder, la passionnante histoire de McDonald

1954. Ray Kroc, 52 ans, sillonne les Etats-Unis pour vendre son modèle de mixer qui permet de faire cinq milkshakes simultanément. Un jour, sa secrétaire le prévient qu’un restaurant de Californie lui a commandé six mixers d’un coup. Qui peut tenir un établissement désireux de réaliser trente milkshakes en même temps ? Intrigué, Kroc prend sa voiture, parcourt des centaines de kilomètres sur la route 66 pour arriver à San Bernardino, où il découvre le restaurant des frères Mac et Dick McDonald, les inventeurs d’une organisation de cuisine révolutionnaire, capable de confectionner des savoureux hamburgers à la chaîne. Immédiatement, Ray Kroc a une illumination : il faut franchiser le concept, l’étendre sur tout le territoire américain ! Les frères McDonald sont réticents. Kroc parvient à signer un contrat avec eux ; c’est le début d’une grande aventure…

"The Founder" est bien mieux qu’une success story conventionnelle, c’est une formidable fresque sur le capitalisme made in USA. Ray Kroc, avant Mark Zuckerberg, avant Steve Jobs, est un "voleur d’idées" : ce n’est pas lui qui a inventé le fast food, mais c’est lui a eu l’intuition de le développer à l’échelon mondial. Michael Keaton, déjà grandiose dans "Birdman", est impérial dans le rôle de Kroc, lui apportant une profondeur très envoûtante. En bonus, une excellente bande originale de Carter Burwell (le compositeur attitré des frères Coen) et une réalisation tirée au cordeau de John Lee Hancock.

American Honey

Couronnée par le Prix du Jury à Cannes, la réalisatrice anglaise Andrea Arnold suit une bande de jeunes marginaux sur les routes du Midwest américain. La journée, ils font du porte-à-porte pour vendre des abonnements pour des magazines, le soir, ils font la fête avec beaucoup d’alcool et de joints…

La confrontation entre ces jeunes rebelles pauvres et les petits bourgeois conformistes qu’ils essaient d’arnaquer, au départ, est intéressante. Mais Arnold, tombée amoureuse de ce qu’elle filme, s’est perdue au montage : "American Honey" dure 2H40. C’est long, inutilement long, et Arnold noie son propos dans un récit terriblement répétitif, plongeant le spectateur dans un ennui teinté d’une irritation bien légitime.

Seuls

La bande dessinée "Seuls" de Bruno Gazzotti et Fabien Vehlmann est une des meilleures séries "jeunesse" surgies ces dernières années. Le scénariste, qui avoue volontiers ses influences ("I am Legend" de Matheson, "Sa-Majesté-des-Mouches" de Golding) a imaginé un point de départ intrigant : cinq enfants se réveillent un matin dans leur ville, inexplicablement vidée de ses habitants. Seuls au monde, ils vont tenter de survivre…

Le réalisateur David Moreau, tombé amoureux de la série, tente aujourd’hui d’adapter le premier cycle de cinq albums. Mais il n’a pas les moyens de sa politique : "Seuls", par l’ampleur de l’univers mis en place, nécessite des moyens hollywoodiens pour une transposition réussie au cinéma. Moreau n’a évidemment pas ces moyens, et bricole comme il peut une banlieue de Paris désertique. L’autre point faible de son film, c’est son casting : les enfants de la BD sont devenus des grands adolescents à l’écran – impératif de production, sans doute – et ce vieillissement des protagonistes déforce la tension dramatique. Enfin, dernier problème : comment condenser en une heure et demie une intrigue touffue développée dans cinq albums ? En élaguant, et cette simplification rend "Seuls, le film" assez sommaire et trop elliptique. Bref, c’est une déception, et "Seuls" vient allonger la longue liste maudite des excellentes bandes dessinées qui donnent naissance à des mauvais films.