Les critiques d’Hugues Dayez avec "The Father", Anthony Hopkins au sommet de son art

Après "Nomadland" et "Drunk", les films lauréats des Oscars continuent d’arriver sur nos écrans. Cette semaine, "The Father" qui a valu au dramaturge Florian Zeller – avec son complice anglophone Christopher Hampton – l’Oscar de la meilleure adaptation, et l’Oscar du meilleur acteur pour Anthony Hopkins, le deuxième de sa carrière.

The Father

Dans "The Father", Hopkins incarne Anthony, un ingénieur retraité qui vit depuis des années dans son bel appartement londonien. Ses journées sont rythmées par ses petits rituels et ses regrets que sa fille préférée, qui travaille à l’étranger, ne vienne plus lui rendre visite. En réalité, celle-ci est morte dans un accident depuis des années, mais Anthony ne s’en souvient plus, gagné par la maladie d’Alzheimer. Pour son autre fille, Anne (Olivia Colman, parfaite), c’est le temps des doutes et de la culpabilité : elle veut éviter de placer son vieux papa dans un home spécialisé, mais son compagnon la pousse à entreprendre cette démarche…

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Florian Zeller ne se contente pas de filmer platement une adaptation de sa pièce à succès "Le père" (créée in illo tempore à Paris par feu Robert Hirch). Certes, il conserve l’idée théâtrale d’un huis clos, mais il bouscule parfois la succession des scènes, il fait intervenir subtilement certains acteurs pour placer le spectateur dans la même confusion mentale qu’Anthony. Dans ce rôle d’un vieillard qui perd pied mais qui veut sauver la face, Hopkins fait des étincelles. Cela faisait de longues années – si l’on excepte sa prestation dans "The Two Popes" – que l’acteur britannique semblait se contenter de courir le cachet dans des productions indignes de son talent. Avec "The Father", il revient au sommet, car sa composition, qui doit restituer les sautes d’humeur et les variations de son personnage, évite tout cabotinage et se révèle d’une justesse impressionnante. Florian Zeller voulait tourner son film en anglais pour pouvoir diriger Anthony Hopkins… Il a eu mille fois raison, by Jove !

Villa Caprice

Gilles Fontaine, homme d’affaires à qui rien ne résiste, est dans le viseur de la justice, qui le soupçonne d’avoir acquis sa somptueuse propriété à la Côte d’Azur en soudoyant les autorités locales. Arrogant, sûr de lui, Gilles veut s’offrir les services d’un ténor du barreau, Luc Germon. Mais ce dernier est coriace, et ne se laisse pas facilement acheter… Entre le requin de la finance et l’avocat brillant, commence une subtile partie de bras-de-fer. Qui va réussir à manipuler l’autre ? C’est tout l’enjeu de "Villa Caprice".

Le vieux routier Bernard Stora a écrit le rôle de Germon en pensant à Niels Arestrup. Comme de coutume, l’acteur multicésarisé donne une profondeur et un mystère à son rôle ; en permanence, le spectateur s’interroge : que pense véritablement maître Germon ? Face à lui, Bruel incarne un des personnages les plus antipathiques de sa carrière, ce qui risque de déconcerter ses fans – mais qui prouve qu’il est capable de sortir de sa zone de confort. Néanmoins, il se fait voler la vedette par un autre duo : Michel Bouquet, à 94 ans, joue le père méprisant de Niels Arestrup, et ces joutes entre Germon père et fils, incarnés par deux acteurs d’exception, sont la pépite cachée de "Villa Caprice". A ces moments-là, le film fait penser aux romans de Simenon, cet auteur passé maître pour scruter la vérité des êtres.

Cinquième set

Thomas, 37 ans, a été un des grands espoirs du tennis français, mais, vingt ans plus tôt, il s’est écroulé en demi-finale de Roland-Garros… Et depuis lors, il n’a jamais retrouvé ce niveau d’excellence. Marié et père d’un petit garçon, l’ex-champion alterne cours de tennis dans le club tenu par sa mère (Kristin Scott-Thomas, convaincante), et matchs dans des petits tournois. Mais Thomas caresse toujours le rêve de revenir à l’avant-scène, et casse sa tirelire pour tenter de passer le cap des éliminatoires à Roland-Garros.

"Cinquième set" n’est pas une "success story" hollywoodienne ; ce n’est pas "Rocky sur le court". C’est une exploration de la face cachée du sport de haut niveau, celle qu’on ne montre pas à la télévision : la vie quotidienne de sportifs doués, mais pas assez pour grimper au sommet et qui "ne savent faire que ça". Leu jeunesse a été monopolisée par les entraînements, et ils se révèlent inaptes à affronter la vraie vie. Alex Lutz est très juste dans le rôle de ce tennisman vieillissant et abîmé, têtu comme une mule, accroché à son rêve quitte à se brouiller avec ses proches. Après sa performance de chanteur ringard dans l’émouvant "Guy", Lutz montre ici l’étendue de sa palette dans un film qui évite le pathos et les invraisemblances, données hélas fréquentes dans ce genre de drame.