Les critiques d'Hugues Dayez avec "Tanguy, le retour", le come-back raté d'Etienne Chatiliez

L'affiche de "Tanguy, le retour"
L'affiche de "Tanguy, le retour" - © DR

En 2001, Etienne Chatiliez proposait "Tanguy", le portrait d’un jeune trentenaire (Eric Berger), véritable pot-de-colle qui n’arrivait pas à quitter le domicile de ses parents, Edith (Sabine Azéma) et Paul (André Dussollier). Cette comédie a fait florès, à tel point que Tanguy est devenu le surnom de tous les "adulescents" accrochés à papa-maman… Dix-huit ans plus tard, Chatiliez signe une suite intitulée, en toute logique, "Tanguy, le retour" avec le trio d’acteurs originel.

Tanguy, le retour

A 70 ans, Edith et Paul, riches retraités parisiens, coulent des jours heureux entre parties de golf et bonnes bouffes entre amis. Un soir, l’interphone retentit dans leur bel appartement : c’est leur fils Tanguy qui débarque à l’improviste avec sa fille adolescente Zhu. Largué par sa femme, inconsolable, il a quitté Pékin où il était professeur pour revenir à Paris chez ses parents. A priori, il ne restera chez eux que "le temps de se retourner". Mais très vite, ce grand garçon de 44 ans semble retrouver ses bons vieux réflexes de patachon pique-assiette…

Avec "La vie est un long fleuve tranquille", Etienne Chatiliez faisait en 1988 une entrée fracassante dans le monde de la comédie française. Essai transformé l’année suivante avec "Tatie Danielle" et, dans une moindre mesure, avec "Le bonheur est dans le pré" en 1995. Ces trois films étaient scénarisés par Florence Quentin, et l’association Quentin/Chatiliez faisait des étincelles : dialogues ciselés, ironie mordante, casting souvent étonnant et très bien dirigé. Ensuite le réalisateur fit équipe avec Laurent Chouchan pour "Tanguy" ; ce fut son dernier succès. La suite de la filmographie de Chatiliez est nettement moins glorieuse : "La confiance règne" (avec Cécile de France), "Agathe Cléry" (avec Valérie Lemercier ") et "Oncle Charles" (à nouveau écrit par Quentin) sont terriblement poussifs, et se soldent par des échecs commerciaux.

Histoire de se refaire une santé, Chatiliez, à 66 ans, a donc lancé le projet d’une suite à "Tanguy". Et le spectateur découvre, effaré, que le cinéaste a totalement perdu la main. Il n’y a rien à sauver dans ce "Tanguy, le retour" : scénario laborieux, dialogues sans éclat, débités par des acteurs paresseux qui surjouent (voir Azéma et Dussollier cabotiner à ce point est insupportable) et mise en scène inexistante. C’est bien simple : on a l’impression d’assister à du (très mauvais) théâtre de boulevard filmé. Au secours !

Raoul Taburin

A Saint-Céron, petit patelin de la France profonde, Raoul Taburin est le marchand de cycles respecté et aimé de tous. Mais derrière sa connaissance imparable de la mécanique, Raoul cache un terrible secret : depuis son enfance, il a toujours été incapable de rouler à vélo. Et l’arrivée dans le village d’Hervé Figougne, photographe professionnel, va mettre à mal l’existence de ce secret…

Publié en 1995, "Raoul Taburin" est un des rares contes imaginés en solo par Jean-Jacques Sempé. L’immense dessinateur du "Petit Nicolas" et d’une quarantaine de recueils de dessins d’humour, faisait à travers ce récit illustré une déclaration d’amour à la bicyclette, ce moyen de transport qui a toujours symbolisé pour lui la liberté suprême.

En 2009 et en 2014, le réalisateur Laurent Tirard a adapté l’univers du Petit Nicolas dans deux longs-métrages. Les acteurs en chair et en os (Valérie Lemercier, Kad Merad) incarnaient tant bien que mal les savoureux personnages dessinés par Sempé. Le résultat à l’écran parvenait à éviter le désastre complet car Tirard pouvait s’appuyer sur l’écriture et les gags de René Goscinny.

Par contre, adapter "Raoul Taburin" est une entreprise absurde et, dès le départ, vouée à l’échec. Car si, dans une adaptation pour le cinéma, vous vous privez du graphisme de Sempé, tout s’écroule.  C’est son trait tremblé, son sens de la composition avec des petits personnages perdus dans de gigantesques décors qui génèrent la poésie et le charme de son récit. Avec une application inversement proportionnelle à son talent, le jeune réalisateur Pierre Godeau recrée un petit village ensoleillé qui ressemble à la publicité pour la rue Gama (de la lessive du même nom).

Benoît Poelvoorde, inconditionnel de Sempé, incarne Raoul Taburin et Edouard Baer vient lui prêter main-forte dans le rôle d’Hervé Figougne. Malgré tous les efforts du scénariste Guillaume Laurant, les deux acteurs se retrouvent face à une mission impossible : donner de l’épaisseur et de la complexité à des personnages qui n’en ont guère, puisque ce sont juste de figurines nées de la fantaisie de Sempé. Vouloir tirer en longueur, dans un film d’une heure trente, un modeste récit de quelques dizaines de pages, est une autre erreur commise par Godeau et Laurant.  "Raoul Taburin" est un film sans doute réalisé avec les meilleures intentions du monde mais l’on sait, depuis longtemps, que l’enfer est pavé de bonnes intentions.

Blanche comme neige

Claire (Lou de Laâge), séduisante jeune fille, suscite la jalousie de sa belle-mère Maud (Isabelle Huppert), qui se paye les services d’un tueur à gages pour l’éliminer. Mais Claire est sauvée in extremis par un homme qui la recueille dans sa ferme. Plutôt que de prévenir la police, Claire décide de s’installer dans ce village où elle va faire tourner les têtes de sept habitants, aux profils très différents…

Quelle mouche a piqué Anne Fontaine ? La talentueuse cinéaste de "Gemma Bovery" et des "Innocentes" a choisi, avec le scénariste Pascal Bonitzer (auteur du très réussi "Cherchez Hortense"), de revisiter librement le conte "Blanche-Neige et les Sept Nains". Le problème, c’est que le film ne trouve jamais son ton, oscillant entre un onirisme façon sous-Luis Bunuel et un humour parodique peu inspiré. Cette hésitation est fatale : "Blanche comme neige" ressemble à un exercice de style peu inspiré et, en définitive, assez vain.

Les oiseaux de passage

Au début des années 70 en Colombie, de modestes indigènes vont voir leur existence basculer lorsque la marijuana qu’ils cultivent va devenir un véritable produit d’appel pour la jeunesse américaine. L’argent afflue et avec lui, les rivalités, la naissance des clans entre les familles, la perte des traditions, la rupture de l’équilibre…

Le film de Ciro Guerra et Cristina Gallego commence presque comme un documentaire ethnologique sur les rituels des indiens Wayuu et bascule ensuite vers une chronique – plus banale – de guerre des gangs. Le film, qui a ouvert la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes l’an dernier, a le mérite de montrer les origines des cartels de la drogue en Colombie.