Les critiques d'Hugues Dayez avec "Sully", le portrait d'un héros contemporain signé Clint Eastwood

Sully
Sully - © DR

Le 15 janvier 2009, le commandant Chesley Sullenberger, " Sully " pour les intimes, doit faire face à la panne de deux réacteurs du Boeing du vol 1549 d’US Airways, et prend une décision audacieuse : faire amerrir l’appareil sur les eaux glacées du fleuve Hudson. Optant pour ce geste, il a sauvé la vie des 155 passagers à bord, immédiatement recueillis par les services de secours de New York. Dans la presse, on parle du "miracle de l’Hudson", et Sully devient un héros national. Mais ce que le grand public ignore, c’est que ce pilote expérimenté a ensuite été mis sur la sellette par une commission d’enquête menée par le National Transportation Safety Board, le Conseil National de la Sécurité des Transports. But de l’enquête : voir si l’avion – d’une valeur de 150 millions de dollars – aurait pu être épargné par un atterrissage en urgence sur une piste avoisinante…

C’est cette enquête, la "face cachée du miracle", qui intéresse Clint Eastwood. Bien sûr, il prend soin de reconstituer l’accident spectaculaire et les 208 secondes fatidiques pendant lesquelles le pilote a exécuté sa manœuvre qui allait le rendre célèbre. Mais grâce à une construction scénaristique qui mélange habilement passé et présent, il dresse le portrait d’un honnête homme plongé dans une situation paradoxale : d’un côté, célébré par les media et l’opinion publique, et de l’autre mis en question par une enquête qui risque de ruiner sa réputation et ses 40 ans de professionnalisme. Tom Hanks se glisse dans la peau de cet homme avec aisance, et Eastwood remplit à merveille, et sans temps mort (le film dure 1H35) son double objectif : réussir à la fois du grand spectacle et un film intimiste.

King of the Belgians

Nicolas III, roi des Belges, est un monarque engoncé dans un protocole qui l’étouffe. Pour moderniser son image, la reine engage un documentariste britannique chargé de dresser son portrait. Le réalisateur le suit, avec sa garde rapprochée, lors d’un voyage diplomatique à Istanbul. C’est là que le Roi apprend la nouvelle : la Wallonie a décidé de faire sécession, la Belgique est en danger (c’est l’idée de l’émission "Bye bye Belgium " de la RTBF, mais à l’envers). Nicolas III veut rentrer dare-dare au pays, mais des problèmes climatiques interdisent tout avion de décoller du sol turc. Qu’à cela ne tienne, le Roi décide de rentrer par la route des Balkans. Ce faisant, il va vivre des rencontres pittoresques qui vont l’aider à se décoincer un peu…

Le film de Peter Brosens et Jessica Woodworth n’est pas une satire politique, c’est un vagabondage teinté d’humour et de poésie avec, en toile de fond, une question : qu’est-ce que cela signifie d’être monarque dans un pays qui se délite ? Malgré un rythme un peu indolent, le film ne manque pas de charme, et l’acteur flamand Peter Van den Begin campe un Nicolas III lunaire et décalé à souhait.

 

En amont du fleuve

Deux demi-frères, qui se connaissent à peine, louent un vieux rafiot pour remonter un fleuve en Croatie dans l’espoir d’atteindre un vieux monastère niché dans la montagne. Car c’est là que leur père, qu’ils n’ont plus vu depuis des lustres, est décédé dans des conditions mystérieuses… Pendant ce long trajet, les deux hommes apprendront à se connaître…

C’est tout ? Oui, c’est tout. Pour tromper leur ennui, Sergi Lopez et Olivier Gourmet boivent au goulot des tonnes de canettes sur le rafiot, et l’un des deux se tord la cheville dans la montagne – c’est sans doute la scène d’action du film…

La réalisatrice Marion Hänsel, qui semble ignorer l’évolution de la production audiovisuelle d’aujourd’hui, raconte moins dans son film d’une heure et demie que dans un quelconque épisode d’une série télé, qui ramasserait le propos d’"En amont du fleuve" en, grosso modo, un quart d’heure… En d’autres termes, on a le sentiment désagréable d’assister au prologue d’un film, mais le vrai suspense psychologique, le vrai film dense et prenant, lui, n’arrive jamais.

Vaiana

Cap pour les Studios Disney vers la Polynésie ! Contre l’avis de son père, une audacieuse jeune fille, Vaiana, quitte son village du Pacifique pour partir en mer à la recherche d’une île aux vertus miraculeuses. Sur son chemin, elle va s’allier la complicité d’un demi-dieu, Maui…

La nouvelle production Disney souffre de deux gros défauts. Sur le plan visuel, si l’animation est fluide et enlevée, l’esthétique verse souvent dans la vulgarité et les couleurs criardes. En ce qui concerne le scénario, cette "quête initiatique" est truffée de poncifs et de chansons peu inspirées, et souffre de l’absence d’un vrai "grand méchant" qui ajouterait un peu de sel à l’ensemble. Les réalisateurs Ron Clements et John Musker ("La Petite Sirène") ont oublié le célèbre adage d’Alfred Hitchcock – chéri également par Walt Disney - : " Plus réussi est le méchant, meilleur est le film ".