Les critiques d'Hugues Dayez avec "Stan et Ollie", Laurel et Hardy émouvants comme jamais

L'affiche de Stan et Ollie
L'affiche de Stan et Ollie - © DR

Stan Laurel et Oliver Hardy. Sans doute le duo comique le plus célèbre de tous les temps. On croyait les connaître, tant ils font partie de l’imaginaire collectif, on les redécouvre sous un jour inédit dans "Stan et Ollie" de Jon S. Baird.

Stan and Ollie

En 1953, Laurel et Hardy partent pour une tournée des music-halls en Grande-Bretagne. Vieillissants, leur étoile a pâli depuis la guerre, et ils n’ont plus les faveurs de Hollywood. Mais "the show must go on", et le duo multiplie les dates dans les salles de province avant de monter à Londres. Travailleur infatigable, Laurel peaufine un scénario pour un nouveau long-métrage. Viveur impénitent, Hardy dépense tous ses cachets dans des paris dans des courses hippiques. Sur scène, le tandem fonctionne au quart de tour. En coulisses, le dialogue devient plus difficile, d’autant plus que les épouses respectives de Stanley et Oliver s’en mêlent.

"Stan et Ollie" est une éblouissante réussite. Il y a d’abord le scénario de Jeff Pope (à qui l’on devait déjà le magnifique "Philomena" de Stephen Frears) qui explore avec subtilité les tempéraments différents des deux comédiens. Il y a la réalisation fluide et élégante de Jon Baird, qui restitue avec un vrai brio esthétique l’ambiance des music-halls des fifties. Il y a, enfin et surtout, l’ interprétation éblouissante de Steve Coogan et de John C. Reilly. Ces deux acteurs de composition sont des Stradivarius ; en quelques minutes, on ne les voit plus, eux, on croit voir Laurel et Hardy revivre sous nos yeux.

Reste une question : faut-il connaître à fond la filmographie du tandem pour apprécier "Stan et Ollie" ? Pas du tout, car le film, on l’aura compris, n’est pas un "biopic" traditionnel, c’est un regard interrogateur sur ce qui fait l’alchimie d’un duo, sur les raisons qui poussent deux artistes si dissemblables à malgré tout travailler ensemble. Le film restitue la magie comique de Laurel et Hardy, mais charrie surtout une émotion indicible en rendant hommage à cette alchimie. Indispensable.

Leto

L’action de ce film russe se déroule à Léningrad au début des années 80. A la veille de la Perestroïka, des jeunes musiciens férus de rock occidental s’échangent sous le manteau des LP importés de David Bowie ou de Lou Reed. Mike et sa femme Natacha rencontrent Viktor Tsoï. Ensemble, quels que soient les risques encourus, ils vont se produire sur des scènes clandestines, imposer le rock dans une Union Soviétique frileuse et prompte à la censure…

"Leto" avait fait sensation au début du dernier Festival de Cannes, d’autant plus que son réalisateur, le metteur en scène Kirill Serebrennikov, assigné à résidence à Moscou (pour une affaire fallacieuse de détournement de fonds), n’avait pas pu faire le déplacement sur la Croisette. Au final, malgré l’engouement suscité, le film ne s’est pas retrouvé au palmarès. Oubli curieux de la part du jury, car "Leto" regorge de qualités ; la mise en scène dynamique et inventive de Serebrennikov restitue l’énergie d’une époque et d’une génération d’artistes. Certes, le film souffre de quelques longueurs, mais il est original et attachant. Et pour le spectateur européen, le voyage au cœur de ce rock’n roll soviétique est une vraie découverte.

The aftermath

Hambourg, 1946. Rachel (Keira Knightley) arrive dans la ville dévastée par les bombardements pour rejoindre son mari Lewis (Jason Clarke), officier britannique dont la mission est de réorganiser l’aide à la population. Le couple s’apprête à être logé dans une belle villa réquisitionnée pour l’occasion. Son propriétaire, Herr Lubert (Alexander Skarsgård), un architecte allemand veuf qui y vit avec sa fille adolescente, est autorisé par Lewis à occuper les combles de la grande demeure. Cette cohabitation avec l’ennemi vaincu met Rachel profondément mal à l’aise. Mais bientôt, elle découvre en Lubert un homme sensible et attentionné, alors que son mari, accaparé par sa mission en ville, brille par son absence…

Le contexte qu’explore "The Aftermath" - l’immédiat après-guerre, l’Allemagne en ruines, la difficulté de la reconstruction – est rarement exploité dans le cinéma anglo-saxon ; c’est un aspect intéressant du film, et la reconstitution d’époque est convaincante. Ce qui est nettement plus attendu et conventionnel par contre, c’est le triangle sentimental qui se crée dans la maison Lubert. Keira Knightley apporte son élégance naturelle au personnage de Rachel mais, à force d’être abonnée aux films d’époque, elle semble se répéter. Porté par l’habituelle "qualité anglaise", "The aftermath" se regarde sans déplaisir, mais aussi sans surprise.

Destroyer

Dans ce polar, Nicole Kidman incarne une femme-flic alcoolique et paumée qui, à la découverte d’un cadavre anonyme dans la banlieue de Los Angeles, va devoir enquêter dans son propre passé, lorsqu’elle était un agent infiltré dans une bande de malfrats. Cette plongée ne va pas la laisser indemne…

Le film est un véhicule pour Kidman – et pour sa maquilleuse, dont on n’ose imaginer les heures de travail chaque jour de tournage pour la rendre méconnaissable en femme à la dérive. Malgré les clichés qu’il charrie, le scénario se révèle en définitive assez astucieux. "Destroyer" s’inscrit nettement dans la mouvance des "polars d’ambiance", façon "True detective" ; c’est sa force et en même temps sa faiblesse, car ce film de cinéma ne se démarque pas assez d’une bonne série télévisée.

Mon bébé

Héloïse (Sandrine Kiberlain), quinquagénaire divorcée, est une maman-poule et voit arriver avec angoisse le départ de sa fille cadette, qui va poursuivre ses études au Canada. Héloïse se veut "cool" et enthousiaste, mais elle cache mal sa difficulté à vivre cette séparation…

Liza Azuelos avait connu un énorme succès commercial avec "LOL". Après un pénible biopic sur Dalida, elle revient à ce qu’elle aime : parler d’elle, de sa vie de bourgeoise parisienne. Avant elle, Danielle Thompson faisait aussi des comédies bourgeoises comme "La gifle" ou "La boum", mais la fille de Gérard Oury composait des galeries de personnages attachants ou pittoresques. Chez Azuelos, les personnages sont horripilants, leur aisance matérielle les déconnecte complètement de la réalité du plus grand nombre. Comment ressentir la moindre empathie pour Héloïse, qui joue à la femme libérée dans son somptueux appartement parisien et dans son charmant restaurant ? Comment éprouver autre chose que de l’agacement pour sa fille Jade, insupportable enfant gâtée ?

Bien sûr, réaliser une comédie sur la classe aisée française n’est pas interdit. Encore faut-il le faire avec un certain recul, un point de vue, une distance amusée. Rien de tel chez Azuelos, qui se regarde le nombril sans le moindre complexe dans "Mon bébé". On est désolé de voir la talentueuse Sandrine Kiberlain s’égarer dans ce genre d’entreprise nauséabonde.