Les critiques d'Hugues Dayez avec "Scandale", le film de l’après-Weinstein

Quelle que soit l’issue du procès d’Harvey Weinstein , un constat s’impose : il y aura un avant et un après Weinstein à Hollywood. Le mouvement Me too est né, la parole s’est libérée, et les stars produisent des films engagés. La preuve avec "Scandale" ("Bombshell") de Jay Roach.

Scandale (Bombshell)

Le décor : la rédaction de Fox News, pendant la campagne électorale de Donald Trump. La chaîne télévisée, propriété du magnat Rupert Murdoch, défend ouvertement le candidat républicain. Et pour cause, Fox News est une chaîne farouchement réactionnaire, avec une seule devise : l’audience à tout prix. Alors, quand une journaliste vedette de Fox, Megyn Kelly (Charlize Theron, méconnaissable) ose mener des interviews critiques avec Trump, elle devient la cible de toute une frange sexiste des spectateurs de la chaîne, jusqu’à être harcelée chez elle. Une de ses consoeurs, Gretchen Carlson, jugée "ennuyeuse" par le directeur de la chaîne, Roger Ailes, est priée de prendre la porte. Loin de se laisser faire, elle décide de contre-attaquer et de révéler au grand jour le comportement peu élégant – c’est un euphémisme – d’Ailes avec le personnel féminin de sa chaîne. Un comportement que découvre une jeune recrue, Kayla (Margot Robbie) qui découvre avec effarement que la "promotion canapé" est une coutume courante dans la boîte…

L’ "affaire Ailes" a fait moins de bruit en Europe qu’aux USA, où le septuagénaire était une véritable institution des média. Le fait que des stars du calibre de Kidman, Theron et Robbie s’associent pour coproduire "Scandale" en dit long sur le sentiment de nausée des actrices américaines face au sexisme en vigueur dans le monde du show business. Derrière la caméra, Jay Roach ( réalisateur de l’excellent biopic sur Dalton Trumbo) et Charles Randolph ( scénariste de " The big short " sur la crise des subprimes) font un travail rythmé, intelligent, efficace. Après le formidable " Vice " sur le vice-président Dick Cheney l’an dernier, voici un nouveau pamphlet qui prouve que le cinéma politique américain, quand la société est en crise, retrouve sa forme des grands jours.

Le voyage du Dr Dolittle

Ceux qui ont grandi dans les années 60 gardent un souvenir ému du docteur Dolittle, médecin qui possédait le don de parler aux animaux, campé par le charismatique Rex Harrison ("My fair lady"). Par contre, la génération des années 90 fait la grimace en se remémorant le pitoyable remake avec Eddie Murphy. Avec cette nouvelle version signée Stephen Gaghan ("Syriana"), on revient aux origines : le fameux docteur évolue dans l’ère victorienne, tel que dans les romans de son créateur, l’écrivain britannique Hugh Lofting, qui l’imagina dans les années 1920.

Dans ce nouveau film, Dolittle (Robert Downey Jr, qui peut enfin sortir de son armure d’Iron Man) doit, avec tous ses amis animaux, entreprendre un voyage dans une île lointaine pour retrouver un antidote capable de guérir la Reine d’Angleterre, victime d’un empoisonnement.

En un mot comme en cent, ce divertissement familial est un enchantement. L’animation infographique des animaux est presque digne de celle de "Paddington" (une perfection en la matière), les voix anglaises (Emma Thompson, Rami Malek, Ralph Fiennes) sont savoureuses, le scénario regorge de gags et de trouvailles, Downey apporte l’excentricité nécessaire au rôle principal… Le cinéma retrouve, avec ce genre de production, sa dimension magique. "Dolittle" émerveillera les enfants, et son humour ravira les parents. Un régal !

Le lion

Romain, psychiatre (Philippe Katerine) a parmi ses patients Milan (Dany Boon), qui se fait appeler "Le lion" et qui se prétend agent secret interné par erreur. Lorsque la fiancée de Romain se fait mystérieusement enlever, le psychiatre, désemparé, choisit de croire aux talents d’espion de Milan et l’aide à s’échapper de l’asile… Commence alors une course-poursuite échevelée sur la piste des ravisseurs de sa fiancée.

Ecrite par le tandem Matt Alexander, auteurs du "Boulet", "Le Lion" exploite la (très) vieille recette de la comédie de duo (le genre remonte à Gérard Oury – "La grande vadrouille", "La carapate" - et passe par Francis Veber – "L’emmerdeur", "La chèvre"…). Bref, rien de neuf sous le soleil. Sauf, bien sûr, le casting, avec le face-à-face inédit entre Dany Boon et Katerine. Comme du temps de Belmondo ("Le Guignolo"), les deux ont exécuté la plupart des cascades eux-mêmes…

Qu’ajouter de plus ? Que "Le lion" s’adresse prioritairement à un public populaire, avide de ce genre de péripéties. Qu’on est heureusement loin de la vulgarité franchouillarde des "Tuche" ou de "Camping". Néanmoins, les amateurs de comédies françaises plus subtiles attendront devront plutôt attendre le nouveau film de Toledano et Nakache ou de Nicolas Bedos…

Jojo Rabbit

Au début de la seconde guerre mondiale, Jojo est un petit garçon très fier d’être enrôlé dans les Jeunesses Hitlériennes. D’ailleurs, il s’est inventé un ami imaginaire, Adolf Hitler lui-même, qui lui donne des conseils pour devenir un parfait petit Nazi… Mais les certitudes nationalistes de Jojo vont vaciller lorsqu’il découvre que sa maman cache dans son grenier une émouvante adolescente, dont les origines juives ne font aucun doute…

Etrange et inclassable comédie que ce "Jojo Rabbit", réalisé par Taika Waikiki, acteur et réalisateur néo-zélandais d’origine maori à qui l’on doit "Thor : Ragnarok". Le film démarre comme une parodie trash, qui rappelle l’humour irrévérencieux des Monty Python, sombre ensuite dans le mauvais goût – Waikiki en Hitler d’opérette est assez pénible- pour enfin prendre un virage plus dramatique et plus sentimental. Mais le réalisateur peine à marier les différences de ton de "Jojo Rabbit", où le meilleur charrie le pire – et inversement…

La séquence "L'incontournable" sur La Première