Les critiques d'Hugues Dayez avec "Rogue One", des poussières d'étoile

"Stardust", poussière d’étoile. C’est un nom de code important dans l’intrigue de "Rogue One", et il pourrait résumer le film de Gareth Edwards. Car "Rogue One" est un "spin-off", une série dérivée de "Star Wars", qui doit utiliser l’univers de la saga, sans pour autant faire de l’ombre à la série-mère. Il faut donc faire la même chose sans tout-à-fait faire la même chose ; c’est compliqué.

Histoire de ne pas désarçonner les millions de fans, "Rogue One" utilise, en le maquillant un peu, le même canevas que d’habitude : le portrait d’un destin individuel avec, en toile de fond, le combat du Bien (les rebelles de l’Alliance) contre le Mal (l’Empire totalitaire). Ce destin, c’est celui de Jyn Erso, fille d’un savant qui a participé à l’élaboration d’une arme diabolique (l’Etoile Noire)  pour l’Empire. Jyn, pour être admise parmi les rebelles, va devoir subtiliser les plans de ladite arme… Mission, on s’en doute, truffée d’embûches.

Rien de neuf sous les étoiles, donc, dans ce "Rogue One", qui propose, comme tout "spin-off" qui se respecte, des personnages inédits, et qui prend bien garde de ne pas utiliser les Jedi et leurs sabres-lasers, héros de la série-mère. Signalons quand même une prouesse technique inédite : le film ressuscite l’acteur anglais Peter Cushing, décédé en 1994 et présent au générique du "Star Wars" de 1977, pour réactiver son rôle de méchant général Tarkin. Par quel miracle ? Par la magie des images de synthèse… Ce genre de prodige numérique fait peur, car il ouvre la porte à bien des possibles : avec ce procédé, bientôt un nouvel épisode des "Gendarmes" avec un Louis de Funès numérique ? Allez savoir…

Mademoiselle

La Corée sous l’occupation japonaise dans les années 1930. Une jeune femme est engagée comme dame de compagnie auprès d’une riche héritière qui vit cloîtrée dans un immense manoir. Mais elle doit jouer un double jeu, car elle a été en réalité mandatée par un escroc pour gagner la confiance de Mademoiselle, celui-ci ayant des vues sur sa fortune…

Qui manipule qui ? C’est la question principale de ce film de genre, qui multiplie les rebondissements comme un jeu de poupées russes. Le film a beau être asiatique, les références culturelles de l’époque semblent presque anecdotiques. Et pour cause : "Mademoiselle" est le remake d’une série télévisée britannique adaptée de la romancière Sarah Waters. Le cinéaste coréen Park Chan-Wook ("Old Boy", "Stoker"), grâce à une maestria visuelle, a réussi à en faire une œuvre personnelle, pleine d’érotisme et de suspense. Il aurait mérité un Prix de la mise en scène à Cannes mais…

Personal Shopper

... Mais ce prix de la mise en scène est allé à Olivier Assayas pour "Personal Shopper", allez comprendre ! Dans ce film, Kristen Stewart incarne Maureen, l’assistante d’une star qui va chercher ses tenues de gala dans des boutiques de luxe. La jeune fille dépose ses paquets dans l’appartement de la star, dont elle possède un double des clefs. Mais Maureen est en plein désarroi : elle a perdu récemment son frère jumeau, victime d’une crise cardiaque, et croit recevoir de ce dernier des messages de l’au-delà…

 Où Assayas veut-il en venir ? Avec ce thriller surnaturel sans véritable substance, son seul objectif clair semble être de pouvoir filmer Kristen Stewart sous toutes les coutures. Tant mieux pour lui si ça l’excite, mais il n’est pas nécessaire de convier le spectateur à l’assouvissement de ses fantasmes. Caricature du film d’auteur "made in France", "Personal Shopper" a été hué par la critique à Cannes. C’est tout ce qu’il mérite.

Tour de France

Décidément, Gérard Depardieu – Gros Gégé pour les intimes – aura tout fait dans carrière ! Dans "Tour de France", il incarne un vieux Français réac qui part jouer au peintre paysagiste dans des coins de province qu’il affectionne. Il est conduit dans son périple par un jeune rappeur de banlieue, qui a besoin de se mettre au vert… Les intentions du réalisateur Rachid Djaïdani sont claires : à travers ce road movie et ce choc des cultures, il prône le dialogue entre les générations. Le problème, c’est qu’il hurle son message au mégaphone pendant tout son film : les dialogues sont surlignés, artificiels en diable. Le jeune rappeur Sadek joue mal, et Gros Gégé s’amuse à chanter des ersatz de rap. Pathétique.