Les critiques d'Hugues Dayez avec "Rocks", la force du cinéma réaliste anglais

Rocks, de Sarah Gavron
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Rocks, de Sarah Gavron - © DR

Depuis les années 60 et l’émergence du "free cinema", la veine réaliste dans le paysage du cinéma britannique a généré pas mal de grands films. Si Ken Loach reste un des représentants les plus célèbres de cette veine, l’arbre ne doit pas cacher la forêt ; la relève existe, la preuve avec "Rocks" de Sarah Gavron.

Rocks

Le film nous fait découvrir le quotidien de Rocks, une adolescente d’origine africaine qui vit avec sa mère et son petit frère dans la banlieue de Londres. Son père est décédé quand elle était gamine, et sa mère est sujette à des crises de dépression. Un jour, Rocks trouve sur la table de la cuisine un peu d’argent et un mot griffonné par sa mère, lui annonçant son départ pour une durée indéterminée… L’adolescente va faire tout ce qu’elle peut pour cacher sa situation le plus longtemps possible, pour éviter l’intervention des services sociaux.

Le thème de "Rocks" n’est pas particulièrement neuf, mais le traitement qu’en fait Sarah Gavron (à qui l’on devait déjà un drame historique, "Suffragette") est tout en subtilité : pas de misérabilisme dans son regard, mais une caméra qui semble toujours prête à saisir le naturel de ses interprètes. Pas de sensiblerie non plus, mais une écriture juste, pudique, sans la moindre caricature. Et un final de toute beauté.

Lara Jenkins

Lara vit seule, et fête aujourd’hui ses 60 ans. Le soir de son anniversaire, son fils Viktor va donner son premier concert de piano, où il interprétera un concerto de sa composition. Lara a tout sacrifié pour son fils : sa propre carrière de musicienne, son couple, pour devenir son professeur particulier… Mais en ce jour si important, Viktor reste injoignable au téléphone et Lara ne peut s’empêcher de se ronger les sangs : cette soirée sera-t-elle celle d’un triomphe ou d’une désillusion ?

Avec une mise en scène peu démonstrative, axée sur la force des sous-entendus, le réalisateur Jan-Ole Gerster dresse le portrait de cette femme exigeante, dure avec elle-même et avec les autres, et pose des questions fondamentales : faut-il projeter ses propres rêves et ses frustrations dans la carrière de ses enfants ? L’actrice allemande Corinna Harfouch (qui ressemble un peu à Helen Mirren) incarne avec justesse ce personnage a priori peu sympathique, car très fermée sur elle-même, mais dont le profil psychologique est très intéressant.

Les apparences

La musique classique est aussi la toile de fond du film français "Les apparences" de Marc Fitoussi. A Vienne, Eve (Karin Viard) a suivi son mari Henri (Benjamin Biolay), célèbre chef d’orchestre accueilli en résidence à l’Opéra. Ce dernier prépare un concert très important, mais sa femme le trouve étrangement absent, ce qui éveille ses soupçons. Eve ne tarde pas à découvrir qu’Henri la trompe avec l’institutrice de leur petit garçon, au Lycée français de la ville. D’abord désemparée, Eve va multiplier les coups bas envers sa rivale pour organiser la contre-attaque…

Adapté d’un roman scandinave ("Trahie" de Karin Alvtegen), " Les apparences " est bâti sur un scénario qui ménage quelques surprises originales – ce qui n’est pas si fréquent dans les polars français. Le talon d’Achille du film est ailleurs, plus précisément dans son casting.  En effet, si Karin Viard trouve vite ses marques en grande bourgeoise engoncée dans le petit milieu des expatriés français à Vienne, Benjamin Biolay est d’une inexpressivité hallucinante, à un point tel qu’il ruine complètement son personnage. Or celui-ci aurait dû être le pivot de toutes les passions. Au final, son jeu plat ternit le film.

Eléonore

Eléonore se rêve romancière mais, étouffée entre une mère glaciale et une sœur condescendante, elle a l’impression qu’elle passe sa vie à tout rater. Grâce aux réseaux de sa famille, elle décroche un job d’assistante chez un éditeur bourru et, de son propre aveu, peu à l’aise pour travailler avec les femmes…

La comédie d’Amro Hamzawi lorgne clairement vers "Bridget Jones" et ses malheurs racontés à la première personne. Mais il y a un monde de différence entre l’humour d’Helen Fielding, truffé d’autodérision, et cet esprit parisien qui croit que lâcher quelques vannes suffit pour tenir la distance. Le film sert de véhicule à Nora Hamzawi, humoriste et chroniqueuse sur France Inter. Tout n’est pas nul dans "Eléonore", certaines scènes entre l’héroïne et son éditeur – campé par l’excellent André Marcon – sont bien écrites. Mais l’ensemble manque de rythme, de punch, de fantaisie. C’est décidément un genre exigeant, la comédie…

Boutchou

Virginie (Stéfi Celma, vue dans "10%") et Paul (Lannick Gautry, sorte de produit blanc de Pio Marmaï), jeune couple parisien, ont un bébé baptisé Boutchou. Dès sa naissance, il va devenir l’enjeu d’une rivalité féroce entre ses grands-parents maternels et paternels. Les premiers habitent Bayonne et prônent la vie au grand air ; les seconds sont divorcés, et ne jurent que par le Paris chic et snob. Ils vont chacun tout faire pour s’accaparer le bambin…

On pourrait définir "Boutchou" comme un "dommage collatéral" du succès de "Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?" : même idée d’une zizanie au sein d’une famille, mêmes personnages caricaturaux, mêmes rebondissements débiles. Pascal Nzonzi ( le patriarche africain du "Bon Dieu") et Clémentine Célarié d’un côté, Gérard Darmon et Carole Bouquet de l’autre, et c’est parti pour 78 minutes montre en main de pénible cabotinage. Le réalisateur de ce machin s’appelle Adrien Piquet-Gauthier, il a été co-auteur au Jamel Comedy Club. Qu’il y retourne et n’encombre pas les écrans avec ce genre de pantalonnade.