Les critiques d'Hugues Dayez avec "Ready Player One", Spielberg s'amuse comme un gosse

Ready Player One
Ready Player One - © DR

Moins de trois mois après avoir sorti son film politique "The Post" ("Pentagon Papers"), Steven Spielberg revient avec un blockbuster, "Ready Player One", l’adaptation du roman-culte des gamers signé Ernest Cline.

Ready Player One

Le film nous plonge en 2045. Comme dans 90% de scénarios d’anticipation, le futur est apocalyptique, les métropoles sont devenues invivables, dominées par la surpopulation et la pollution. Wade, comme beaucoup d’adolescents de son âge, fuit la grisaille du quotidien en se réfugiant dans un monde de réalité virtuelle, l’Oasis. Or, le créateur de ce monde – sorte de Steve Jobs de la réalité virtuelle – a laissé un testament vidéo : il a caché dans l’Oasis un easter egg, un "œuf de Pâques". Pour le trouver, les joueurs doivent dénicher trois indices, trois clefs stratégiques. Wade se lance à la recherche de l’œuf, mais il n’est pas le seul : une multinationale entend bien s’en emparer pour prendre le contrôle absolu de l’Oasis et faire du fric.

Ne cherchez pas un grand message philosophique dans "Ready Player One", il tient à peu près en une ligne : "attention, ne vous laissez pas happer par la réalité virtuelle, la vraie vie vaut aussi la peine d’être vécue." Pour le reste, le film est un grand jeu vidéo, parfois spectaculaire, souvent hideux, truffé des poncifs graphiques du genre. Mais Spielberg semble s’y amuser comme un gamin, et truffe l’Oasis de références à la pop culture des années 80. Le passage qui distraira les cinéphiles est une longue séquence où Wade et ses copains se baladent dans les décors du "Shining" de Kubrick. Pour le reste, le film se résume à une grande chasse au trésor comme si, derrière le déluge d’effets spéciaux, Spielberg revisitait en mode SF "Indiana Jones" ou "Les Goonies".

Hostiles

A la veille de prendre sa retraite, un officier qui a passé toute sa carrière à combattre les Peaux-Rouges se voit confier une dernière mission : accompagner un vieux chef Cheyenne mourant jusqu’à la terre de ses ancêtres. Le militaire, contraint et forcé, obtempère de mauvaise grâce et, flanqué d’une maigre escorte, se lance dans un voyage qui ne sera pas de tour repos.

Scott Cooper revisite un thème éternel du western et, pour ce faire, ne manque pas d’atout : un casting très solide (Christian Bale, l’Amérindien Wes Studi et la très émouvante Rosamund Pike), un sens de l’espace et de l’épique, et l’envie de dresser des portraits psychologiques plus de que filmer des scènes d’action pétaradantes… Crépusculaire et méditatif, "Hostiles" est un vrai beau western.

Bitter Flowers

Dans une province chinoise, Lina rêve d’un avenir meilleur. Pour vivre avec plus de confort avec son mari et son petit garçon, elle décide de partir provisoirement s’installer à Paris, qu’elle imagine comme un Eldorado, où les nounous sont payées des milliers d’euros… Une fois arrivée dans la Ville Lumière, elle doit vite déchanter : les gardiennes d’enfant ne roulent pas sur l’or. Orgueilleuse – et endettée par le voyage -, Lina veut malgré tout ramener de l’argent au pays. Elle croise alors la route de compatriotes qui ont basculé dans une autre réalité : elles font le trottoir… Lina entre alors, elle aussi, dans le monde de la prostitution, avec la volonté farouche de cacher sa nouvelle vie à son mari resté en Chine avec son fils…

Le réalisateur belge Olivier Meys raconte la descente aux enfers de Lina. Le climat du film est réaliste, et l’actrice Xi Qi ne démérite pas. Et pourtant, le film ne passionne guère. D’abord parce que son scénario est linéaire et très prévisible. Ensuite, parce que, par pudeur sans doute, Meys semble avoir peur de son sujet : l’enfer de la prostitution n’est évoqué que de façon très allusive, et le réalisateur s’intéresse plus à la solidarité qui naît entre ces Chinoises exilées qu’aux épreuves qu’elles traversent. Il fallait sans doute oser aborder plus frontalement les rendez-vous de Lina avec ses clients pour que la cruauté de son parcours soit, cinématographiquement parlant, plus flagrante. Dernière faiblesse : le film cherche péniblement sa fin…

La finale

Jean-Baptiste, adolescent survolté, n’a qu’une idée en tête : devenir champion de basket, quitter Lyon et rejoindre au plus vite son équipe pour aller disputer une finale décisive à Paris… Seulement voilà, son grand-père Roland (Thierry Lhermitte), hébergé dans la maison familiale, est atteint de la maladie d’Alzheimer. Et ce jour-là, à part JB, il n’y a personne pour s’occuper de lui… Alors le garçon décide d’emmener vaille que vaille ce pépé-boulet avec lui à Paris. Mais le périple, on le devine, va être semé d’embûches.

Faire une comédie sur la maladie d’Alzheimer ? Le réalisateur Robin Sykes a décidé de relever le défi. Il évite la vulgarité et le mauvais goût -  ça mérite d’être souligné – mais pas les poncifs : beaucoup de rebondissements de ce road movie sont, hélas, terriblement prévisibles. Reste quelques situations amusantes avec un Thierry Lhermitte forcément incontrôlable. C’est peu, mais cela a suffi pour que "La finale" remporte le Grand prix du Festival de Comédie de l’Alpe d’Huez (le jury, après quelques pistes de ski, avait peut-être abusé des petits remontants…)

Peter Rabbit (Pierre Lapin)

Après l’ours Paddington, un autre joyau de la littérature enfantine anglaise, Pierre Lapin de Béatrix Potter, débarque sur les grands écrans. Mais si Paddington avait pu compter sur le regard avisé du producteur de "Harry Potter" David Heymann, Pierre Lapin doit subir une adaptation concoctée par une équipe américaine. Le réalisateur Will Gluck (qui avait signé une piteuse version de la comédie musicale "Annie" avec Cameron Diaz) accumule les clichés sur la culture british – les jolis cottages, une incursion chez Harrod’s… - sans jamais retrouver la poésie originelle de Béatrix Potter. Le scénario est indigent – Pierre Lapin et ses amis doit échapper à la vindicte d’un jeune citadin émigré à la campagne (surjoué par Domhnall Gleeson) – et la bande originale, est truffée de chansonnettes de variétés américaines. Reste, heureusement, une jolie animation enjouée de Pierre Lapin et de ses comparses pour rendre le film (un tout petit peu) fréquentable.