Les critiques d'Hugues Dayez avec "Ready or not", l'horreur et l'humour

L'affiche de "Wedding Nightmare"
L'affiche de "Wedding Nightmare" - © DR

A intervalle régulier, le cinéma américain accouche d’un film d’horreur de série B qui parvient à surprendre. Après "Get out" de Jordan Peele, voici "Ready or not" (titre sur le marché francophone : "Wedding nightmare").

Ready or not (ou "Wedding nightmare")

Bienvenue chez les Le Domas, richissime famille de WASP, qui accueille en son sein la jeune Grace qui s’apprête à épouser un des deux fils de la tribu. La jeune fiancée est blonde et charmante mais les Le Domas la traitent avec des sourires mi-hypocrites, mi-condescendants, persuadés que la donzelle n’en veut qu’à leur argent. Or Grace, pauvre enfant qui a grandi dans des foyers, est authentiquement amoureuse et toute réjouie d’entrer dans la famille.

Après la cérémonie, la mariée espère pouvoir profiter tranquillement de sa nuit de noces, mais sur le coup de minuit, elle est conviée dans le salon de musique de la vaste demeure. Comme ces grands bourgeois ont bâti leur fortune sur des jeux de société, il est de coutume que les nouveaux membres de la famille tirent au sort un jeu le soir de leur union. Grace tire la carte "cache-cache". Ce qu’elle ignore, c’est que tandis qu’elle va chercher une bonne cachette dans le manoir, tous les membres de sa belle-famille s’arment, qui d’une arbalète, qui d’une hache, qui d’une vieille pétoire… Le macabre jeu du chat et de la souris peut commencer.

"Ready ot not" explore un thème mille fois exploré, celui de la chasse à l’homme dans un huis-clos, avec dans le rôle de l’innocente victime, une belle jeune fille en robe de mariée – tenue ô combien peu commode pour une partie de cache-cache. Mais le tandem de réalisateurs Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett va s’amuser à secouer les codes du genre et les truffer d’un humour ravageur, n’hésitant pas à tourner en ridicule la cruauté imbécile de la famille bourgeoise. Le film parvient donc à allier scènes de suspense haletant et ironie mordante. "Ready or not" est une série B sans prétention, mais des séries B de ce calibre, on en redemande !

Patrick

Patrick, quadragénaire mutique et mal dégrossi, est le fils d’un couple flamand qui tient un camping naturiste dans un coin de forêt ardennaise. Lorsque son père meurt, et que plusieurs vieux clients vont se livrer à une guerre d’influence pour reprendre l’affaire, Patrick semble étrangement ailleurs. Fait-il difficilement le deuil de son papa ? Non, le garçon, obsédé par ses bricolages dans son atelier, est obnubilé par une seule question : un de ses précieux marteaux a disparu, qui est coupable de ce vol ?

Pour son premier long-métrage, Tim Mielants réalise un curieux croisement entre les scénarios minimalistes d’un Quentin Dupieux et le rythme lent et "décalé" d’un Jim Jarmusch. A aucun moment, le choix du décor – pourquoi donc un camping naturiste ? – n’est légitimé par l’intrigue. Il faut donc subir un étalage de corps adipeux et de sexes fatigués pendant que Patrick cherche son marteau… Le problème, c’est qu’il est difficile d’éprouver la moindre empathie pour ce personnage mou et inexpressif. Au nord du pays, la critique salue la naissance d’un nouvel auteur en la personne de Tim Mielants. Il est permis de ne pas partager aveuglément cet enthousiasme.

La vie scolaire

Samia (Zita Hanrot, vue dans le Césarisé "Fatima") quitte sa province pour Paris, histoire de se rapprocher de son homme, un voyou emprisonné qu’elle va visiter au parloir. La jeune femme dégote un boulot de vice-proviseur dans un collège de Saint-Denis. Pleine de foi en son métier, elle ne veut pas baisser les bras comme certains confrères face à des adolescents proches du décrochage scolaire. Mais son idéalisme va souvent se heurter à la réalité des faits : beaucoup de ces jeunes, dans une situation sociale précaire, préfèrent la rue aux quatre murs d’une classe…

Depuis la Palme d’Or pour "Entre les murs", les films scolaires de banlieue se sont multipliés dans le cinéma français. Pour son deuxième long-métrage derrière la caméra, Grand Corps Malade (avec Mehdi Idir) – après un joli premier film, "Patient(s)"- s’attaque donc à une chronique réaliste de la jeunesse de Saint-Denis. Réaliste ? Pas tout à fait. "La vie scolaire", certes généreux et sympathique, souffre d’un certain angélisme : tout le monde il est beau tout le monde il est gentil dans ce collège. Les éducateurs sont sympathiques et pleins de bonne volonté, les ados, derrière leurs comportements parfois bagarreurs et anarchiques, ont un si bon fond ! Cette vision avec des lunettes roses d’une réalité que chacun sait complexe et difficile rend "La vie scolaire" décidément trop joli pour convaincre.