Les critiques d’Hugues Dayez avec "Présidents", une facétieuse comédie politique d’Anne Fontaine

Après "Police", huis clos porté par Virginie Efira, Anne Fontaine retrouve une tonalité plus légère dans " Présidents ", un face-à-face entre Jean Dujardin et Grégory Gadebois.

Présidents

Paris, de nos jours. Nicolas, ancien président de droite, s’ennuie. Alors lui vient une idée : avec son garde du corps, il descend dans un petit village rendre visite à son ancien rival de gauche François, président déchu comme lui. Il veut le convaincre de créer un nouveau parti d’union nationale pour, à deux, lors de l’élection de 2022, vaincre à la fois Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Mais entre ces deux "has been" de la politique française, l’entente est-elle possible ? Et le come-back envisageable ?

Anne Fontaine s’amuse dans ce scénario de politique-fiction à brouiller les cartes : ici, Nicolas n’est plus avec Carla mais avec une cantatrice (Doria Tillier), et François vit avec une vétérinaire de campagne (Pascale Arbillot). Jean Dujardin n’a pas cherché à ressembler trait pour trait à Sarkozy, mais il en restitue la nervosité et les tics. Grégory Gadebois a plutôt travaillé la dégaine bonhomme de Hollande, son look de " pharmacien de province " (dixit Nicolas).

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Les deux excellents acteurs sont servis par des dialogues souvent savoureux, qui multiplient les petits coups de griffe. C’est à la fois l’atout principal de "Présidents" et son talon d’Achille : Anne Fontaine se contente un peu paresseusement de filmer ces spirituelles joutes verbales ; la mise en scène est quasi inexistante, comme si le film aérait dans la campagne corrézienne une pièce de théâtre. En ce sens, et pas seulement par son sujet, "Présidents" est terriblement français : le plaisir est d’abord verbal, l’aspect visuel est presque accessoire. Mais si les soubresauts de la politique française vous amusent, ce film est fait pour vous.

Minari

L’Arkansas dans les années 80. Une famille sud-coréenne a tout quitté pour tenter de grappiller une parcelle du Rêve américain. Le père, Jacob, travaille temporairement en usine, mais espère bien s’établir dans un avenir proche comme fermier indépendant. Sa femme et ses deux jeunes enfants sont embarqués dans son projet, bientôt rejoint par sa belle-mère, vieille dame pleine de tempérament…

Produit par la société de Brad Pitt, Plan B, "Minari" décrit ce choc des cultures sans multiplier les rebondissements spectaculaires, mais plutôt par petites touches délicates et sensibles. Très remarqué aux Golden Globes et aux Oscars, le film a valu à l’actrice coréenne Yuh-Jung Youn (la grand-mère fantasque) l’Oscar du meilleur second rôle féminin. Il est vrai qu’elle impose un personnage très attachant dans un film qui ne l’est pas moins.

Sœurs

Qu’est-il exactement arrivé à Isabelle Adjani ? Comment cette star souveraine du cinéma français dans les années 70 et 80 a-t-elle réussi à faire pâlir son étoile, au point de devenir sa propre caricature dans des films tantôt bancals, tantôt indignes de son charisme ? Et ce n’est pas le psychodrame familial "Sœurs" qui va pouvoir changer la donne.

Elle y incarne l’aînée de trois sœurs d’origine algérienne, émigrées en France, qui essaye de monter une pièce de théâtre pour exorciser le drame de leur enfance : leur petit frère a été confisqué par leur père, retourné vivre au pays natal.

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Les questions de l’identité, de l’héritage familial, du déracinement sont au cœur de ce film dans lequel on sent bien que Yamina Benguigui a mis beaucoup d’elle-même. Mais sincérité n’est pas synonyme de talent : la réalisatrice surligne en permanence ses messages, jusqu’à l’outrance. Adjani, comme Maiwenn et Rachida Brakni, se débattent avec des personnages qui ne sont que des porte-parole des intentions de la cinéaste. "Sœurs " voulait dire des choses importantes, mais le film les éructe avec un porte-voix. Et c’est pénible.