Les critiques d'Hugues Dayez avec "Pour Sama", un documentaire inoubliable sur la guerre en Syrie

L'affiche de "Pour Sama"
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L'affiche de "Pour Sama" - © DR

Malgré la fermeture des cinémas à Bruxelles et, depuis hier soir, en Flandre, plusieurs distributeurs ont malgré tout choisi de sortir leurs films ce mercredi en Wallonie. C’est le cas de "Pour Sama", une autre vision de la guerre en Syrie.

Pour Sama

Enfin ! Enfin ce documentaire sorti dans d’autres pays en 2019 et salué par une manne de prix – dont le Bafta du meilleur documentaire – sort chez nous. Le film démarre en 2011. Waad-al-Kateab, jeune étudiante syrienne, filme le soulèvement populaire dans sa ville d’Alep contre le régime dictatorial de Bachar El-Assad. Sa caméra saisit l’enthousiasme des débuts du mouvement, porté par les manifestations étudiantes… Et très vite la descente aux enfers, avec la riposte du pouvoir en place, les bombardements sur la ville menés par les alliés russes. Son film raconte sa vie au quotidien : son mariage avec Hamza, médecin qui va tenter, contre vents et marées, de maintenir un hôpital en place pour soigner les innombrables victimes innocentes, femmes, enfants, de ces bombardements. Dans ce contexte atroce, Waad tombe enceinte et va accoucher d’une petite fille, Sama, à qui elle dédie son film. "Pourquoi t’ai-je mise au monde dans ce pays en guerre ? En avais-je le droit ?" est une interrogation qui traverse son film.

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Avec l’aide du documentariste britannique Edward Watts, Waad-al-Kateab a fait un tri dans les cinq cents heures d’images qu’elle a filmées entre 2011 et 2016, pendant le siège d’Alep. Le résultat est saisissant et prend à la gorge. Alors que le conflit en Syrie, à travers les images diffusées aux journaux télévisés, finit par se perdre dans le flot des images internationales, "Pour Sama " apporte un témoignage intime, vu de l’intérieur, de l’horreur au quotidien des victimes. C’est un documentaire avec un grand D, dans ce qu’il a de plus indispensable.

Ondine

Ondine est guide à Berlin dans le centre sur l’histoire de la ville. Son fiancé Johannes la quitte abruptement, la laissant dévastée. La jeune femme va alors rencontrer Christoph, un scaphandrier subjugué par ses conférences… Ondine va avec lui découvrir la poésie du monde sous-marin et vivre une incandescente histoire d’amour.

Filmé avec sobriété dans des décors réalistes, "Ondine " de Christian Petzold est, en filigrane, une variation contemporaine sur l’ancien mythe germanique des ondines, les nymphes des rivières. Petit à petit, le film installe un climat étrange et poétique, servi par l’interprétation de Paula Beer, jeune actrice lumineuse qu’on avait découverte dans "Frantz" de François Ozon et dans "Werk öhne autor" de Florian Henckel. Beer a remporté le prix de la meilleure actrice au dernier Festival de Berlin avec "Ondine" ; nul doute qu’à 25 ans, elle nous réserve encore bien des surprises.

Garçon chiffon

Jérémie, acteur en mal de rôles, vit en couple avec Albert, vétérinaire. Très amoureux de celui-ci, Jérémie bousille sa relation à cause d’un terrible défaut : il est maladivement jaloux, et Albert ne supporte plus d’être surveillé dans le moindre de ses faits et gestes. Albert rompt et Jérémie part panser ses blessures à la campagne, dans sa maison d’enfance que sa mère a transformée en gîte de France… Sa mère qui le surnomme "Chiffon" depuis toujours.

Nicolas Maury, qui réalise et tient le rôle principal de cette comédie dramatique, a trouvé le succès grâce à la série "Dix pour cent" où il tient le rôle de l’assistant homosexuel de l’agent Gabriel. Dans "Garçon chiffon", on retrouve Nathalie Baye – qui faisait partie des guest-stars de la série – et Laure Calamy. Mais si, dans cette excellente série française, Maury vient apporter une tonalité bienvenue au portrait de groupe, il se révèle ici insupportable en solo. Dans "Garçon chiffon", il verse en permanence dans le "self-pity", l’auto-apitoiement, et au lieu de rendre le personnage de Jérémie touchant, il en fait une sorte de Caliméro proprement horripilant. Qui plus est, Maury réalisateur n’a aucun sens du rythme, et son film s’étire péniblement pendant près de deux heures… Un supplice.

Petit Vampire

On ne présente plus aux amateurs de BD Joann Sfar, auteur à la production pléthorique, dont les séries les plus connues sont "Le chat du rabbin" et "Petit Vampire". La première a déjà été adaptée en dessin animé de long-métrage, la seconde avait fait l’objet d’une série télévisée et aujourd’hui débarque au cinéma dans un dessin animé réalisé en grande partie dans un studio bruxellois (L’enclume), et qui reprend les grandes lignes des scénarios des trois premiers albums.

Petit Vampire, depuis qu’il a quitté le monde des vivants, est un éternel enfant de dix ans et ce depuis 300 ans. Alors il s’ennuie dans le grand château dirigé un pirate fantôme. Un soir, il décide de s’évader et son escapade en ville va lui faire rencontrer Michel, un attachant petit garçon. Mais ce faisant, il va attirer l’attention d’un vieil ennemi, Gibbous, qui cherche le sésame pour pénétrer dans le château.

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Sfar a créé sa propre société de production, baptisée – en toute modestie – "Joann Sfar’s magical factory". Dans des déclarations récentes, il milite pour que le cinéma français produise des grandes sagas fantastiques et populaires, capables de rivaliser avec les projets de Tim Burton et de Guillermo Del Toro. Noble intention ou signe d’une naïve mégalomanie ? Sans doute les deux à la fois. "Petit Vampire" n’est pas un film d’animation déshonorant, mais il souffre du défaut principal de Sfar : il est bavard, abominablement bavard. Comme dans tant de dessins animés français, c’est le dialogue qui fait le plus souvent avancer l’action, et l’image doit alors se mettre au diapason du dialogue. Alors que chez les Américains (Disney, Avery, Chuck Jones etc.), c’est l’image qui prime et le dialogue est une valeur ajoutée. Bref, Sfar a encore beaucoup à apprendre s’il veut rivaliser un jour avec la dream factory hollywoodienne.

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