Les critiques d’Hugues Dayez avec "Police", Virginie Efira femme flic

La cinéaste Anne Fontaine a l’inspiration éclectique, allant de l’adaptation de roman graphique ("Gemma Bovery") au drame religieux ("Les innocentes"). Aujourd’hui elle adapte un roman publié par Hugo Boris en 2016, "Police".

Police

La première partie dresse les portraits croisés de trois policiers à Paris : Virginie, Erik et Aristide. Le spectateur les découvre dans leur travail au quotidien, mais aussi dans quelques scènes elliptiques de leur vie privée. Une fois le trio posé, Anne Fontaine entre dans le vif du sujet : un soir, après une journée harassante de boulot, les trois flics acceptent une mission supplémentaire, qui leur est confiée à cause d’un manque d’effectif. Il s’agit pour eux de conduire un sans-papier à l’aéroport, pour que ce dernier soit ramené dans son pays d’origine. Lorsque Virginie découvre que l’individu est en danger de mort, son sens du devoir vacille… Mais ses deux collègues ont un autre point de vue sur la question.

Paradoxalement, "Police" n’est pas un "film policier" mais plutôt un huis clos psychologique. Dans l’intimité d’une voiture la nuit, Fontaine scrute au scalpel les doutes, les angoisses, les réflexions de ses trois protagonistes. Avec un sens de l’économie dans les dialogues – jamais verbeux, toujours justes, elle filme les visages, le poids des non-dits. Pour que ce parti pris fonctionne, il fallait le casting adéquat. Virginie Efira trouve l’émotion sans tomber dans le pathos, Omar Sy joue la sobriété, et Grégory Gadebois s’affirme, une fois de plus, comme un des plus grands acteurs de composition du cinéma actuel. "Police" est une épure, un film sans effets de manche inutile, qui permet à Anne Fontaine d’effectuer un retour réussi après quelques déceptions.

Plus d’infos sur le roman d’Hugo Boris

Hope Gap

Le splendide film de William Nicholson est déjà sorti cette année, mais malheureusement, c’était le 11 mars, et il n’aura connu que deux jours en salles avant le confinement. Il ressort cette semaine, et il mérite d’être vu, pour la manière dont il traite le thème du divorce.

"Hope gap" est un lieu-dit, une crique au pied d’une falaise de craie à Seaford, petite ville côtière du sud de l’Angleterre. C’est un des endroits de promenade favoris de Jamie (Josh O’Connor, vu dans "The Crown") quand il était petit garçon. Aujourd’hui, Jamie est adulte, et revient épisodiquement rendre visite à ses parents, Grace (Annette Bening) et Edward (Bill Nighy). Lors d’une de ces visites, un week-end, son père lui fait une confidence : après bientôt 29 ans de mariage, il s’apprête à quitter sa mère. Pourquoi ? Parce qu’il n’en peut plus de faire semblant d’être heureux dans une union qu’il a toujours considérée comme une erreur. Cette décision va plonger la mère de Jamie dans un profond désarroi…

"Hope gap" parle donc du divorce d’un couple d’âge mûr, et comment l’enfant du couple va être pris en tenaille dans un conflit de loyauté. Jusqu’à ce qu’éclate l’orage, il y a peu de disputes au sein du couple. Parce qu’Andrew est Britannique jusqu’au bout des ongles : introverti, flegmatique, il a horreur du conflit et souffre en silence. Grace est tout l’inverse : volubile, enthousiaste, elle croit qu’il suffit de vouloir pour pouvoir, que l’harmonie d’un couple se construit tous les jours.

Scénariste aguerri, qui s’est frotté à tous les genres de script (de "Gladiator" à "Mandela"), William Nicholson livre aujourd’hui son œuvre la plus intime. Et le résultat est magnifique, car ses dialogues ciselés sont servis par des acteurs au sommet de leur art : Bill Nighy est parfait pour jouer la fausse impassibilité, et Annette Bening est d’une justesse absolue pour incarner la colère et la douleur de cette femme blessée. Entre ces deux géants, Josh O’Connor tire son épingle du jeu et montre qu’il faudra compter avec lui dans les années qui viennent… "Hope gap" est une délicatesse et d’une humanité bouleversantes.

La séquence JT