Les critiques d'Hugues Dayez avec Pentagon Papers, un Spielberg passionnant et politique

The Post (Pentagon Papers)
The Post (Pentagon Papers) - © DR

Ce n’est pas la première fois que Steven Spielberg, empereur du blockbuster hollywoodien ("Jaws", "Jurassic Park", "Indiana Jones") signe un film "sérieux" : qu’on se souvienne de "La liste de Schindler" ou de "Munich". Mais avec "The Post" ("Pentagon Paper"), il signe un film engagé, vibrant plaidoyer pour la liberté de la presse.

The Post (Pentagon Papers)

"The Post" nous replonge en 1971 : le "New York Times" publie un dossier militaire top secret qui révèle combien les gouvernements successifs ont menti au peuple américain sur la réalité des pertes pendant la guerre du Vietnam. Le président Nixon intente une action en justice pour interrompre la parution du journal. De son côté, le concurrent "The Washington Post" se procure les mêmes documents, et le rédacteur en chef Ben Bradlee (Tom Hanks) entend bien les publier dans les plus brefs délais.

Ce faisant, il place la patronne du journal, Kay Graham, dans une situation plus que délicate : proche de plusieurs politiciens en place, mise sous pression par les nouveaux partenaires financiers du journal, elle doit prendre LA bonne décision pour la survie de son journal. Qui plus est, Kay est une veuve isolée dans un monde très masculin qui la regarde avec condescendance…

Avec "The Post", Steven Spielberg réalise en quelque sorte un film qui fait écho au grand classique "Les Hommes du Président" d’Alan Pakula : il montre le moment historique où "The Washington Post" est devenu ce grand journal d’investigation qui a pu dénoncer ensuite le scandale du Watergate. Avec le concours de Tom Hanks et de Meryl Streep au sommet de leur talent, il livre un passionnant thriller politique et un des meilleurs films de sa carrière. C’est une prouesse quand on sait qu’entre la lecture du scénario et la sortie du film, ne se sont écoulés que six mois : Spielberg a réalisé ce projet en un temps record, interpellé par les parallèles entre la situation de la presse en 1971 et les attaques qu’elle subit aujourd’hui sous le gouvernement de Trump… "The Post" fait partie des films sélectionnés aux Oscars.

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L’insulte

Autre film politique sélectionné aux Oscars, mais dans la catégorie "meilleur film étranger", "L’insulte" de Ziad Doueiri sort ce mercredi. A Beyrouth, Toni, garagiste, a quitté son village pour s’installer dans un appartement en ville. Rendu nerveux par ce déménagement et la grossesse de sa femme, Toni provoque un ouvrier, Yasser, qui travaille dans sa rue. Celui-ci l’injurie. Toni exige des excuses, qu’il n’obtient pas. Les rapports entre les deux hommes s’enveniment, et Toni porte plainte devant le tribunal, où le conflit va prendre une autre envergure : Toni est chrétien libanais, Yasser réfugié palestinien… Et lors du procès, tous les souvenirs douloureux de la guerre au Liban vont refaire surface…

Avec un sens très sûr de la progression dramatique, le réalisateur libanais Ziad Doueiri orchestre subtilement la manière dont un modeste fait-divers va dégénérer vers un duel à forte charge symbolique. Evidemment, la vision du film est plus confortable si on n’arrive pas complètement vierge sur la guerre qui a traumatisé le Liban entre 1975 et 1990. Vous voilà prévenus…

La surface de réparation

Franck rêvait d’être joueur de foot professionnel, mais il n’avait pas assez de talent. Alors il est devenu homme à tout faire dans un club de province. Il aimerait être entraîneur des jeunes joueurs, mais faute de véritables qualifications, il en est réduit à surveiller les joueurs du club, à les attendre devant les boîtes de nuit pour être certain qu’ils rentrent à bon port et ne font pas trop d’excès... Dans ses pérégrinations nocturnes, Franck croise Salomé, une jeune fille sans scrupules qui couche avec des joueurs dans l’espoir d’une vie plus glamour. Entre ces deux marginaux qui sont passés à côté de leur rêve, une complicité se noue…

A travers ces deux personnages attachants, le réalisateur Christophe Régin signe un premier long-métrage intéressant sur "la face cachée du monde merveilleux du foot", une face peu reluisante avec beaucoup d’espoirs déçus, de laissés-pour-compte et de petites combines…Si l’intrigue est un peu molle, le portrait de cet univers sonne juste, grâce aussi aux interprètes principaux, Franck Gastambide et Alice Isaaz.

Normandie nue

Dans un petit village de Normandie, les agriculteurs, pris à la gorge par les mesures européennes, manifestent mais ne savent plus trop comment se faire entendre. Au même moment, un artiste conceptuel américain découvre la région et tombe amoureux d’un paysage campagnard, le champ Chollet. La spécialité de l’artiste ? Prendre des photos de foules entièrement dénudées dans des sites naturels… Le maire du village (François Cluzet) voit là une formidable opportunité de réaliser un énorme coup de pub : une photo de tous les paysans nus, ce serait hautement symbolique. Reste à convaincre ses administrés, peu enclins à poser dans le plus simple appareil.

L’argument de départ de "Normandie nue" fait penser à des délicieuses comédies anglaises, "The Full Monty" et "Calendar Girls". Mais le réalisateur Philippe Le Guay ( "Alceste à bicyclette") donne l’impression de ne pas trop savoir comment développer cet argument, car il multiplie à l’envi les intrigues parallèles qui se révèlent hélas sans intérêt. Le résultat, c’est une comédie poussive, souvent surjouée (à ce propos, mention spéciale à l’insupportable François-Xavier Demaison) et, sans mauvais jeu de mots, truffée de clichés.

Human Flow

Ai Wei Wei, artiste chinois et personnalité en vue de l’art contemporain, a décidé de réaliser une grande fresque mondiale sur le sort des migrants. Avec ses belles baskets toutes neuves, il se met en scène et prend des selfies dans des camps de réfugiés. Il utilise des drones pour filmer, à la manière de Yann Arthus-Bertrand, "les migrants vus du ciel", tels des insectes qui fourmillent… Ce documentaire, hué par une frange de la critique à la Mostra, est abject. Une scène est particulièrement choquante : quand Wei Wei, sous les caméras, échange son passeport avec celui d’un migrant, histoire de montrer que "nous sommes tous frères"… Quelle hypocrisie ! Quelle indécence ! Interminable clip de deux heures et demie, "Human Flow" ne dit rien sur la misère du monde, c’est un film exclusivement à la gloire de son auteur. Wei Wei ne mérite qu’une chose : du goudron et des plumes.