Les critiques d'Hugues Dayez avec "Parasite", une grande Palme d'Or

L'affiche de Parasite
L'affiche de Parasite - © DR

Le 25 mai dernier, le jury présidé par Alejandro Inarritu a décerné à l’unanimité la Palme d’Or du 72ème Festival de Cannes au film "Parasite" du cinéaste sud-coréen Bong Joon Ho. Le film a également suscité un engouement général de la critique internationale. Belle revanche pour le réalisateur dont le film précédent, "Okja", produit par Netflix, avait été snobé dans la compétition cannoise il y a deux ans.

Parasite

Dans la famille Ki-taek, on tire le diable par la queue, et c’est le règne de la débrouille, pas forcément dans les limites de la légalité. Un jour, le fils de la famille, Ki-woo, reçoit un tuyau d’un copain : la richissime famille Park recherche un professeur de cours particuliers d’anglais pour leur fille. Ki-woo arrive à bricoler un faux diplôme d’Oxford et ainsi à se faire engager chez les Park. Il découvre une fabuleuse villa-bunker, équipée de toute la domotique de pointe… Et entend bien en faire profiter sa propre famille.

Le réalisateur Bong Joon Ho a enjoint les journalistes à ne pas déflorer trop l’intrigue de "Parasite" (comme Alfred Hitchcock le fit, en son temps, pour "Psychose"), histoire de ne pas gâcher le plaisir du spectateur. On respecte bien volontiers son souhait, tant l’intrigue de son film réserve d’innombrables et de délicieuses surprises. Le scénario alterne suspense et humour, terreur et émotion avec un brio incontestable. Mais encore fallait-il être capable de porter à l’écran tout le potentiel de ce scénario. Et Bong Joon Ho fait preuve d’une maestria impressionnante. Le décor devient plus qu’un décor : la maison des Park, théâtre d’un huis-clos cruel, permet au cinéaste une mise en scène à la fois fluide et intrigante, qui fait preuve d’un sens parfait de l’espace et du rythme. En toile de fond, il réussit aussi une réflexion politique sur le fossé indécent qui se creuse entre les riches et les pauvres. Bref, voilà un grand film, un très grand film.

Fourmi

Théo, 12 ans, surnommé "Fourmi" à cause de sa petite taille, est une graine de champion de foot. Ses parents ont divorcé, et il a honte de son père, Laurent, qui a perdu son boulot et s’est réfugié dans l’alcool. Lorsqu’un sélectionneur pour le club d’Arsenal vient voir son jeu, Théo va faire croire à son père qu’il a été choisi pour être entraîné en Angleterre. Par ce mensonge, il espère lui redonner un peu d’espoir… Le subterfuge va porter ses fruits, mais jusqu’à quand ce mensonge est-il tenable ?

On avait quitté François Damiens sur le succès de son film "Mon ket", on le retrouve en père à la dérive dans " Fourmi ". C’est un rôle en or pour lui, qui lui permet de composer un personnage tantôt fanfaron, tantôt faible et sensible. Face à lui, le jeune Maleaume Paquin ne démérite pas et joue juste. Evidemment, le scénario de "Fourmi" est gentiment prévisible, mais l’essentiel est ailleurs, dans la description sensible de cette relation père-fils à reconstruire. Bien sûr, on est plus proche du téléfilm que du 7ème art, mais c’est à recommander pour les amateurs de divertissement familial attachant.

Deux moi

"Deux moi", c’est le portrait croisé de deux solitudes : Rémy et Mélanie vivent en voisin dans le même quartier de Paris sans se connaître. Jeunes trentenaires, ils traversent chacun une mauvaise passe. Lui cherche un travail qui le motiverait, elle, suite à une rupture amoureuse, essaie des rendez-vous sur Internet… Qu’est-ce qui va pouvoir les faire sortir de la grisaille de leur quotidien ?

Avec "Le péril jeune" et "L’auberge espagnole", Cédric Klapisch avait su capter l’air du temps et réussi des chroniques sensibles sur les aspirations de la jeune génération. Aujourd’hui, Klapisch approche de la soixantaine mais il veut visiblement continuer à rester jeune et à observer le mode de vie des jeunes aujourd’hui, avec la complicité de ses deux héros, campés par François Civil et Ana Girardot. Il enfonce gentiment des portes ouvertes en dénonçant la dictature des réseaux sociaux et en plaidant pour les rencontres dans la "vraie vie". Il filme le Paris populaire et ses petites épiceries de quartier… Tout cela fleure bon le bio-bobo-cool ; "Deux moi" est un film sympathique, bien joué, mais au final, quel en est l’enjeu ? Dénoncer la solitude des grandes villes ? En réalité, Klapisch ressasse ses vieilles marottes et son cinéma n’invente plus depuis longtemps, hélas.

Fisherman’s friends

En Angleterre au début des années 2000, un groupe de marins d’un village de Cornouailles a réussi à signer avec une major un contrat discographique pour enregistrer leurs chants traditionnels. L’album fut une véritable surprise au hit-parade… Partant de cette anecdote véridique, le réalisateur Chris Foggin a construit une gentille comédie de romance, dans laquelle un imprésario londonien tombe sous le charme du patelin de Port Isaac, va défendre le talent de ses marins et va tomber amoureux de la fille de l’un d’entre eux…

On dénonce régulièrement le côté "téléfilm" de 90% des comédies françaises, mais force est de reconnaître que ce syndrome "qualité petit écran" peut aussi frapper les productions britanniques : la preuve avec ce "Fisherman’s friends", collection folklorique d’aimables clichés sur le clash entre le citadin et les provinciaux qui se termine en heureuse fête de village. Tout cela est bien charmant, mais pas vraiment indispensable.

The Hummingbird Project

Vincent (Jesse Eisenberg, vu dans "The social network") et son frère Anton (Alexander Skarsgard, vu dans "Little big lies") ont un projet en commun. Vincent, trader à Wall Street, sait que la course de vitesse pour obtenir une information boursière est cruciale. Pour gagner quelques poussières de secondes sur ses concurrents, il imagine, avec son frère génie mathématique, d’installer sous terre, sur des centaines de kilomètres, une ligne à fibre optique entre le centre qui recueille les informations au cœur des USA et les bureaux de Wall Street. Ce projet fou réclame des fonds… Et de l’audace: comment persuader des dizaines de propriétaires terriens d’accepter qu’on creuse sur leur terrain pour un projet pareil?

"The Hummingbird project" a le mérite de développer ce scénario original, à mi-chemin entre le film d’aventure et le thriller financier. Esthétiquement, le film a le cachet d’un film américain indépendant, alors qu’il s’agit en réalité d’une coproduction belgo-canadienne (!). Seul talon d’Achille : les protagonistes, enfermés dans leur plan titanesque, ne suscitent pas de véritable empathie chez le spectateur, qui regardera ces péripéties sans ennui, mais sans ressentir d’émotion pour le destin des deux frères.